Accueil >> Université >> Présentation >> Portraits

Vie étudiante, UFR LLD, IHEAL

Rencontre avec Baptiste Mongis, Lauréat du Prix de la Nouvelle 2016

Le 5 octobre dernier, Baptiste a reçu le 2e prix de l'édition 2016 du Prix de la nouvelle avec "D'éclairs et de poudreuse".

Baptiste Mongis.JPG
  • Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?
« Parcours »... - puisqu'il faut bien titiller les termes, quand on s'interroge, dès le premier surgi ! - ce mot m'évoque le saut de haies, la diversité des terrains, les virages. Peut-être parce que j'ai toujours pris goût à le vivre comme ça, en méandres : BAC d'Arts Appliqués à Toulouse, DMA de régisseur lumière pour le spectacle vivant à Nantes, puis Master d’Études théâtrales à Lyon et, l'an dernier, licence de Sciences du langage à la Sorbonne-Nouvelle. Cette année, me voilà plongé dans un Master d’Études Internationales en sociologie de l'Amérique latine à l'IHEAL (restant fidèle à la Sorbonne Nouvelle). L'écriture reste pour moi intimement complémentaire d'autres pratiques : je travaille comme éclairagiste pour des compagnies de théâtre, me suis attaqué plusieurs fois à la mise en scène avec ma propre compagnie et ne me lasse pas de pratiquer la musique, la danse, le théâtre, le dessin. De voyager. De « collaborer » de diverses manières avec de belles personnes. Tout ça se répond, s'enrichit. Tant qu'on ne se prend pas (trop) les pieds dans les haies, que l'on rassemble ses pas... Il faut beaucoup essayer, et faire, comme disait Rilke - et ne rien faire, aussi, parfois ! Le rien est riche, patient - pour voir fleurir les meilleures choses.
 
 
Participer à un concours ne va pas de soi pour moi. Je n'aime pas les idées que cela charrie dans l'arrière-cour... la concurrence... une bêtise très ancrée aujourd'hui, et même si elle ne date pas d'hier, il faut maintenir que c'est une harpie sociale dont on pourrait aisément se défaire si on portait plus d'attention à d'autres valeurs, d'autres intuitions... Ceci étant dit, on ne choisit pas la conjoncture dans laquelle on intervient, comme le disait un de mes professeurs. Alors disons ça : si on concourt et que ça ne marche pas, ça ne signifie pas grand-chose. Et si ça marche, eh bien, ça peut servir... à condition d'approcher, par ce biais, ce que l'on cherche. Dans ce cas, oui, je suis preneur, je joue le jeu. Et suis heureux de participer à cette démarche importante de l'université, qui encourage les étudiants à produire une autre matière en parallèle de leur travail intellectuel... la fiction et le domaine scientifique s'en portent d'autant mieux. Après, pour ce qui est d' « être lauréat »... disons qu'il faut trouver le rapport le plus sain possible vis-à-vis du deal que l'on passe, chaque jour, avec tous ces petits mirages sociétaux. Ce qui nous évitera, peut-être, de devenir comme cette anti-héroïne que j'ai implanté dans mon histoire (car je crois qu'elle sommeille en chacun de nous... avec ses calculs, ses désillusions et sa philo de pacotilles...).
 
 
  •   Avez-vous écrit d'autres textes ? Reçu d'autres distinctions ?
Écrit d'autres textes, oui, beaucoup... par envie toujours, par besoin parfois : recueils de poésie, nouvelles, roman, théâtre... « Distinctions » : encore un mot qui me glace – mais si on n'agrippe pas les questions au moment d'un questionnaire, quand le fera-t-on ? 1984 d'Orwell m'a hérissé, alors je griffe, par réflexe... - se distinguer de quoi, de qui... ça pèse ! Je dirais que la revue Verso fait régulièrement confiance à mes poèmes (j'encourage d'ailleurs à s'y abonner... période difficile pour les éditeurs de poésie), au point que je les signe d'un autre nom, Anéïs Karouëne, qui se trouve être plus proche de moi que moi. J'entretiens également une chaleureuse relation avec le Prix du Jeune Écrivain qui semble apprécier mes nouvelles... la première fois, c'était en 2011 pour L’œil du noir, et la seconde, c'est cette année, pour Bêtes à cendres... publiées aux éditions Buchet Chastel.

 

  • Quels sont vos souvenirs à la Sorbonne Nouvelle ?
Des rencontres, avec certains professeurs, certains étudiants. L'université favorise cette proximité, c'est bienvenue. Au-delà du savoir transmis, reçu, c'est le transfert d'énergies et de sensibilités qui prime. Voilà ce qui vaut le plus, ce qui constitue des souvenirs toujours actifs.

 

  • Avez-vous un conseil à donner aux étudiants de la Sorbonne nouvelle ?
Un conseil... Allez, jouons le jeu : deux. Le premier, pour ceux qui débarquent au port : ne venons pas ici tête baissée, sinon allons ailleurs. Et si l'université marche de travers, c'est à nous tous d'en faire un outil qui enrichisse, esquisse et propulse des choses. Lui prendre beaucoup et lui rendre autant, voire plus, voilà un usage qui en vaille la peine. Obtenir un diplôme, gagner des prix : c'est la partie émergée de l'iceberg ; battons-nous pour qu'il y ait, là-dessous, un immense morceau collectif, car sinon... la « fac » finira comme un bunker de médailles rouillées. Et le deuxième, pour ceux qui s'y engagent au-delà des docks : ne restons pas cloîtrés dans un seul monde. Le « sectarisme universitaire » fait beaucoup de mal... il faut que les intellectuels se décollent de leurs disciplines (sans pour autant les saborder !), côtoient les artistes, aiment le terrain, puissent influer sur le politique, cherchent à atteindre de plus larges lecteurs. Ce n'est pas juste « devenir international » ou « envahir la toile ». C'est vraiment faire en sorte de penser avec la société entière. À quoi bon réfléchir pour nous-mêmes et finir aussi esseulés (et essorés) qu'au départ ? En un mot, transformer l'université de l'intérieur, puisqu'on y est, en se méfiant de certaines tendances dites « modernisatrices »... Je suis l'énième à dire ça, et pas le dernier, et pour autant, il faut toujours en remettre une couche. Beaucoup font déjà un travail formidable, mais c'est sûrement trop peu, et à trop peu, on s'épuise... la période est charnière... ça grince... quelle huile, quel bois, quelle porte, quelle pièce faire apparaître derrière... ne nous laissons pas surprendre, surprenons-nous nous-mêmes...

Type :
Portrait
Contact :
Sous-direction de la Communication

mise à jour le 27 octobre 2016