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Diplômés, UFR LLD

Portrait de Timothée Fischer

le 12 mars 2019

Rencontre avec Timothée Fischer, diplômé du Master 2 spécialité 2 Français langue étrangère, langue seconde et interculturalité, et maintenant formateur de français

Photo de Timothée Fischer
  • Quel est votre parcours à la Sorbonne Nouvelle ?

Après une série de voyages sur plusieurs continents, j’ai ressenti le besoin de retrouver du sens et d’être utile à ma société. J’avais envie de rupture avec les relations souvent éphémères propres au voyage nomade tout en gardant une continuité avec mon parcours interculturel. Pour moi, le métier de professeur de français en France pour des personnes pas, peu ou mal scolarisées me permettait de trouver un bon équilibre. J’ai alors intégré le master 2 en Didactique du Français Langue Etrangère de la Sorbonne Nouvelle spécialité Français Langue Etrangère, Français Langue Seconde et Interculturalité. Parallèlement à ma vie d’étudiant, j’ai adhéré à l’association Autremonde, une association de quartier (Paris 20ème) visant à créer du lien avec des personnes en situation d’exclusion et/ou de précarité. Dans le cadre du M2, j’ai également eu l’opportunité de signer un contrat d’apprentissage au sein de l’association LePoleS

 

  • Pouvez-vous nous parler davantage de cette expérience d’apprentissage ?

J’ai effectué mon apprentissage en tant que formateur en français langue étrangère/français langue seconde au sein de LePoleS, une association dont le projet associatif est l’insertion par la voie professionnelle de personnes résidant dans des quartiers populaires en Ile-de-France. L’expérience a été très riche sous plusieurs aspects. Tout d’abord, j’ai pu faire des allers-retours « à chaud » entre la pratique et les connaissances théoriques abordées en formation. C’était une très bonne manière d’utiliser les concepts, de me les approprier voire parfois de m’en distancier en créant le savoir qui convenait à mon contexte d’enseignement. Je pense par exemple à la création de séquences pédagogiques. En théorie, on part d’un point A pour arriver à un point B, mais j’ai dû trouver ma propre méthode car mon contexte d’enseignement était caractérisé par des entrées et des sorties permanentes d’apprenant-e-s au sein du dispositif. Par ailleurs, j’ai bénéficié de temps de réflexion en groupe avec d’autres apprenti-e-s d’une part et avec une enseignante tutrice d’autre part pour prendre du recul sur mon expérience d’apprentissage. Ces moments m’ont permis de verbaliser et de prendre conscience d’un certain nombre de compétences acquises ou en cours d’acquisition. Cette formalisation des compétences m’a aidé à me sentir légitime dans l’exercice de mon métier. J’ai compris aussi que l’insertion dans le monde professionnel ne relevait pas seulement de compétences techniques et organisationnelles, mais aussi de nombreuses compétences relationnelles et stratégiques. J’ai par exemple appris à mettre en valeur mon travail au sein de l’entreprise sans dévaloriser celui de mes collègues. Les temps d’échange ont permis de faire exister des réalités, d’en dédramatiser d’autres et d’avoir des éclairages parfois salvateurs sur des situations problématiques qu’il était urgent de désamorcer. Pas facile de se repérer dans le monde du travail quand c’est la première expérience professionnelle significative ! A la suite de mon apprentissage, j’ai été embauché en CDI au sein de LePoleS et je suis toujours en poste aujourd’hui.

 

  • Quel est votre poste actuel ?

Aujourd’hui, mon poste de formateur de français langue seconde a évolué et intègre l’enseignement des mathématiques et de l’informatique. En tant que formateur, je me considère d’abord comme facilitateur dans ces trois domaines. Ma fonction consiste à accompagner l’apprenant-e pas, peu ou mal scolarisé-e dans l’élaboration de compétences dans le domaine de la lecture/écriture, de l’apprentissage du français (oral/écrit), des mathématiques et de l’informatique. Il s’agit avant tout de contribuer à rendre la personne autonome dans sa vie professionnelle, ce qui implique de développer le vocabulaire professionnel et les modes de communication propres au monde du travail. En pratique, je travaille avec une équipe qui partage les mêmes objectifs d’autonomisation dans d’autres domaines (travail en équipe, travail en autonomie, définition d’un projet professionnel cohérent). Ma fonction consiste aussi à rendre compte de l’avancée des apprenant-e-s au reste de l’équipe lors de temps de réunion.

 

  • Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est le sentiment de travailler avec les apprenant-e-s à quelque chose qui a du sens pour eux/elles et pour la société. J’aime aussi énormément le travail de création de séquences et de séances. Au début, ma bête noire, c’était la gestion de l’hétérogénéité. Je ne savais pas comment faire. Aujourd’hui, je le vois comme un défi stimulant sans cesse renouvelé par le contexte. L’enjeu est de transformer cette difficulté en force pour le groupe en composant, par exemple des sous-groupes de niveau, où des apprenant-e-s plus avancé-e-s dans un domaine pourront épauler les autres. Et puis, c’est un peu cliché, mais la lumière dans les yeux d’un-e apprenant-e qui a franchi un cap, c’est quand même très gratifiant !

 

  • En quoi votre formation vous aide toujours aujourd'hui ? 

Ma formation m’a bien sûr donné un arrière-plan théorique et des grilles d’analyse nécessaires à la compréhension des outils et des situations pédagogiques que je me suis appropriées et que j’utilise encore aujourd’hui. Mais l’apport le plus décisif, c’est la conviction que les moments de réflexivité sont essentiels au bon exercice d’un métier. En formation, on a souvent été amené-e-s à prendre du recul sur notre pratique. Personne ne nous l’impose dans le monde du travail mais je suis convaincu qu’il est important d’intégrer des moments de pause au sein de son emploi du temps pour par exemple, revenir à des questions importantes comme « pourquoi je fais ce métier, pour qui, qu’est-ce qui a marché dans mon intervention pédagogique, qu’est-ce qui n’a pas marché, pourquoi », etc. 

 

  • Vous nous avez parlé d’une expérience de bénévolat au sein de l’association Autremonde. En quoi cette expérience est-elle complémentaire de votre expérience à LePoleS ?

Pendant trois ans, j’ai co-animé des ateliers de français bénévolement pour des apprenant-e-s en situation de précarité et/ou d’isolement, demandeurs-ses d’asile, réfugié-e-s et sans papier. L’objectif était de rendre ces personnes autonomes dans la vie de tous les jours. L’équipe de bénévoles dont je faisais partie s’est rapprochée de l’association Trans’Art Int, une association dont le projet est « d’allumer la parole » de personnes en situation d’exclusion. Ensemble, nous avons cherché un moyen de rassembler un groupe d’apprenant-e-s autour d’un projet qui développe des compétences nécessaires à une interaction efficace dans la vie de tous les jours. Nous avons mis en place une pédagogie de projet artistique, linguistique, culturel et social qui a permis de travailler sur le regard, les gestes, la posture, la voix, l’intonation, le français, le repérage dans l’espace, la gestion du temps, les capacités d’empathie, la gestion du stress et de situations problématiques… Ce projet a donné lieu à une dizaine de représentations dans l’espace publique à Paris, en Mayenne et même en Avignon ! Pour les apprenant-e-s, c’était très important de rencontrer un public français, pour montrer une image d’eux-mêmes, différente de celle véhiculée par les médias. J’ai énormément appris sur les capacités de résilience de ces personnes qui, malgré la violence des parcours de vie, prennent part à un projet comme celui-ci, avec le sourire et l’envie de partager. Enfin, les formateurs-rices bénévoles devenaient artistes au même titre que les apprenant-e-s sur les temps artistiques. Cette configuration a redéfini la relation formateur-rice/apprenant-e où l’expertise des formateurs-rices ne prévalait plus autant.

 

  • Vous avez désormais choisi de voyager à vélo pendant un an. Que vous apporte ce voyage ?

Après ces trois années pour le moins « actives », j’ai ressenti le besoin de changer de rythme, de prendre du temps pour des projets personnels et de prendre du recul sur mon engagement associatif pour mieux y revenir le temps venu. J’ai saisi l’opportunité qui se présentait à LePoleS de demander un congé sans solde d’un an. En juillet 2018, je suis parti à vélo sans planning prédéfini et avec un itinéraire flexible en Normandie, dans les Pays de la Loire, dans la région Centre, en Ile-de-France et je suis aujourd’hui en Bourgogne. Je prends du temps pour moi, je découvre la diversité de la France, je fais la promotion d’un voyage lent et écologique. Je sens que les conclusions que j’en tirerai vont me permettre d’être plus efficace, entre autres, dans mon travail. J’ai déjà l’impression d’être plus organisé et j’essaie d’aller à l’essentiel. Mon défaut est de vouloir tout dire et tout faire tout de suite. Voyager à vélo est un bon exercice pour travailler sur ce point. La place dans les sacoches est limitée. Il faut choisir une route plutôt qu’une autre. C’est un peu pareil dans un cours ou dans une séquence pédagogique. On ne peut pas tout dire en une fois et il faut choisir un angle. Par ailleurs, je comprends mieux l’origine de certains problèmes survenus au sein des associations Autremonde et LePoleS. Au cours de ce voyage, j’ai en effet pris le temps de faire une escale chez mes parents. J’ai compris que, pour moi, l’origine de certains malaises professionnels prenaient racine dans mon passé familial. Je pense au rapport à l’autorité, le rapport au savoir, le besoin de reconnaissance…

 

  • Quels sont vos projets ?

A mon retour de voyage, j’aimerais exporter les compétences que j’ai acquises en tant que bénévole à Autremonde vers LePoleS pour être à nouveau partie prenante d’un projet mêlant langue et culture, ou bien langue et écologie ou encore langue et art, avec des personnes résidant dans des quartiers populaires d’Ile-de-France.

 

  • Avez-vous un conseil à donner aux étudiants de la Sorbonne Nouvelle ?

Le premier conseil que je donnerais, c’est de prendre le temps du recul sur sa pratique. Le deuxième, c’est de faire des choses qui ont du sens pour soi. Le dernier, je l’emprunte à un prof de philo qui m’a un jour dit, alors que j’avais du mal à abandonner une classe préparatoire, que souvent, il n’y avait pas de mauvais choix. Ça m’a aidé à aller vers ce que je voulais vraiment faire et à dédramatiser la situation. A ce propos, je crois qu’on a souvent une petite voix au fond de soi qui nous indique ce qui est bien pour nous. Je conseille aux étudiant-e-s de l’écouter, dans la mesure du possible, même, et surtout, dans leurs choix professionnels.


Type :
Portrait
Contact :
Frida Fofana - aide au développement du réseau Alumni en Service Civique

mise à jour le 13 mars 2019