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Diplômés, UFR LLD

Portrait de Selma Guettaf

le 13 novembre 2018

Selma Guettaf, diplômée du Master Littérature Générale et Comparée, vient de publier son troisième roman.

Photo de Selma Guettaf
  • Quel a été votre parcours à la Sorbonne Nouvelle ?

J’ai un parcours purement littéraire. J’ai suivi des études de Littérature Générale et Comparée à la Sorbonne Nouvelle. Avant cela, j’avais effectué un Master à la Faculté des Lettres, des Langues et des Arts à l’université d’Oran.

Le choix de ce domaine d’études s’est fait un peu par erreur… je voulais m’inscrire à des études cinématographiques en m’installant à Paris, et je ne saurais plus dire comment je me suis retrouvée en Littérature Comparée. Finalement, cette approche, combinant différents types d’art, s’est révélée passionnante. Je suis allée au bout de ce cursus, tout en côtoyant plusieurs étudiants en cinéma…

  • Avez-vous toujours voulu devenir écrivaine ? Comment avez-vous commencé à écrire ?

J’ai toujours su que je voulais devenir écrivaine mais j’ai mis du temps pour me l’avouer, le dire aux autres et en parler ouvertement, même après la publication de mon premier livre J’aime le malheur que tu me causes.

Ma formation dans le journalisme et dans d’autres domaines a participé à l’enrichissement de mon parcours d’écrivain. Le journalisme, par exemple, bien que cela fût pendant une courte période, a été essentiel. Quant à la Littérature Comparée, je crois que c’était plus fort que moi, c’était une envie de garder un lien permanent avec la littérature, de ne pas m’en détacher. C’est intéressant d’avoir à la fois cette sensibilité propre à l’écrivain, et le regard que porte le critique sur l’esthétique du texte.

Difficile pour moi de dire quand est-ce que j’ai commencé à écrire. Ça remonte à l’enfance. L’écriture a toujours été ce que je maîtrisais le mieux. Mais c’était une sorte d’activité secrète dont j’avais honte. Je considérais qu’il y avait un véritable problème chez moi, car je n’étais pas douée en maths. C’est pénible quand on est l’aînée, la fille d’un ancien enseignant de mathématiques et physique, et qu’on est prédestinée en quelque sorte à réussir dans ces domaines-là puisque « c’est un truc de famille ». C’est parce que c’est ce sentiment d’échec qui m’a conduite vers l’écriture que je taisais mes rêves, mon imagination, mon envie d’être écrivain. 

  • Quels thèmes abordez-vous dans vos œuvres ?

J’aime laisser les mots créer des images. Evidemment, il y a des thèmes qui me tiennent à cœur, comme la question de la virilité, le regard porté vers la femme. La marginalité m’interpelle aussi. Je dirais que mon écriture est une exploration subjective des états d’âme. Finalement, ce n’est pas ma perception des choses qui compte, mais ce que vivent les autres et comment ils le ressentent. J’aime mettre en avant la complexité psychologique de l’être. Mon travail se nourrit beaucoup de l’œuvre de Catherine Millot par exemple, écrivain et psychanalyste lacanienne.

Il s’agit aussi pour moi de transformer mes fantasmes et mes hantises en écriture. À la manière de Carson McCullers, j’écris des textes sans savoir vers quoi je me dirige exactement, puisque ce n’est pas l’intrigue qui m’importe. C’est la recherche de quelque chose de brut, de très profond, tout en invoquant la puissance de la rêverie.

  • Comment avez-vous été éditée pour votre premier roman ?

Mon premier livre a été édité par Lazhari Labter, journaliste, poète et éditeur algérien, qui avait remarqué mon manuscrit et qui avait pour ligne éditoriale « les coups de cœur », tout en s’intéressant particulièrement à ce qu’écrit la jeune génération, notamment les jeunes femmes. Sa maison d’édition n’existe plus aujourd’hui, mais grâce à cet éditeur, de jeunes auteurs algériens ont accompli leur entrée en littérature. Il y avait un véritable un travail de promotion et d’investissement de sa part.

  • Vous avez été finaliste du Prix Senghor pour votre second roman, qu’est-ce que cela a représenté pour vous ?

Je considère Les Hommes et toi comme mon premier véritable roman…

Le Prix Senghor, c’est toute une histoire. Il faut savoir que mon livre Les Hommes et toi ne concourait pas initialement à ce prix.

J’ai rencontré Dominique Loubao, la présidente du Prix Senghor, lors d’une table ronde autour de « La femme africaine, source d’inspiration littéraire », à l’occasion de la Journée Mondiale du Livre et du droit d’auteur à l’UNESCO. J’avais eu l’honneur d’être invitée à cet événement, mon livre Les Hommes et toi ayant attiré l’attention, et c’est Dominique Loubao qui animait le débat. J’étais entourée de plumes, de chroniqueurs. J’éprouvais une certaine appréhension… et alors quelle a été ma surprise d’entendre Dominique qualifier le livre de « belle surprise » et de « pépite littéraire ». J’étais profondément secouée. Après ça, elle voulait absolument que mon éditeur envoie l’ouvrage pour le faire découvrir aux membres du jury du Prix Senghor. Ce qu’il a fait !

Finalement, quand je repense à mon parcours, je me rends compte que j’ai vraiment eu de la chance de rencontrer, à des moments de ma vie, des gens qui allaient croire en moi, qui allaient être profondément touchés par mes écrits, et vouloir me lancer. C’est comme un courant qui vous porte. Et on en a besoin de ça pour continuer à écrire.

  • Vous publiez votre troisième roman intitulé Loin d'une romance (aux éditions La P’tite Hélène). Qu’est-ce qui vous a donné envie de traiter de manière fictionnalisée le parcours de Florian Beaume ? 

J’ai été très interpellée par le projet cinématographique de Florian. Et puisque écrire, c’est aussi réinventer des histoires, j’avais envie de réinventer la sienne, à savoir son histoire personnelle, et l’histoire de son projet de réalisation. Je sortais à ce moment-là de la lecture d’un livre Les Vacances de Julie Wolkenstein, où l’un des personnages principaux, Paul, enquête sur les films tournés et introuvables, notamment une œuvre d’Éric Rohmer.

Il s’agissait finalement, à travers l’écriture de Loin d’une romance de retrouver un peu de l’enchantement, la magie que peut provoquer une œuvre au moment de sa conception, avant que démarre l’étape de sa mise en route, avant les contraintes et toutes les difficultés qui peuvent survenir après… Il y a le goût de la rêverie, la fascination pour une époque littéraire, la naissance d’une création avec l’émotion singulière que peut provoquer son évolution, et la question de son achèvement. C’est de ça dont j’ai voulu parler.

  • Vous êtes assez polyvalente (formatrice de FLE, scénariste, documentaliste, animatrice d’ateliers littéraire). Qu’est-ce qui vous pousse à toujours revenir vers le roman ?

Pour moi, c’est d’abord le roman… et puis il y a le reste. C’est tout aussi important, mais ça n’aurait pas de sens sans le roman. Ces expériences viennent compléter mon parcours, et me permettent de vivre, de m’en sortir financièrement ! J’aime aller à la rencontre des autres, que ce soit à travers les ateliers ou les formations, être à leur écoute et recueillir leurs récits de vie. Ce n’est pas évident de posséder les mots, d’en faire ce qu’on veut, de les manier pour engendrer une émotion. Ce n’est pas seulement une simple question de maîtrise de la langue, mais une libération… ne se priver de rien finalement dans la langue pour dire ce qu’on ressent.

J’appartiens à une famille où les femmes meurent jeunes ou luttent contre le cancer, et à une société où les femmes sont souvent dépressives… je crois au fond, que cela m’a irrémédiablement et durablement marquée, que je le veuille ou pas. Avec du recul, je pense que c’est bien la principale raison pour laquelle j’écris. Il y a une frénésie dans mon écriture. Je m’y donne tout entière. Je pourrais écrire n’importe où, même dans une salle de bain. Je ne m’arrête pas, c’est comme ça. Je crois que je m’étais convaincue que je mourrais jeune comme ma mère, alors il me fallait écrire et vite.

  • Avez-vous un conseil à donner aux étudiants de la Sorbonne Nouvelle ?

Oui. Toute ma vie, j’ai été confrontée à des personnes castratrices, alors je peux vous dire qu’il y aura toujours des individus qui voudront limiter vos rêves, les remodeler à leur manière pour qu’ils correspondent davantage à leurs goûts, leur donner une forme, les rendre plus concrets, en prétendant vous donner de véritables conseils, vous ramener à la réalité… ces personnes prétendront vouloir vous sauver. Or il s’agit de leur réalité, pas de la vôtre.

Il ne faudra pas renoncer.

Vous trouverez plus d'informations sur son site internet : https://selmaguettaf.com.


Type :
Portrait
Contact :
Frida Fofana - aide au développement du réseau Alumni en Service Civique

mise à jour le 11 juin 2019