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Vie étudiante

Portrait d'Hannah Moindjie

le 18 décembre 2020

Hannah Moindjie, étudiante en Master 2 d’Anglais a remporté le 3e prix lors de la cérémonie du Prix de la Nouvelle 2020. Elle nous parle de son goût pour l'écriture, de sa nouvelle et de son parcours.

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  • Hannah Moindjie, vous avez remporté le 3e prix lors de la cérémonie du Prix de la Nouvelle 2020 organisée par l’université, pourquoi avoir décidé de participer ?

À vrai dire, je disposais de peu de temps, mais le genre littéraire de la nouvelle m’a toujours séduite. La nouvelle est à la littérature ce que le court-métrage est au cinéma. C’est pourquoi j’avais participé avec un peu de succès à des concours lorsque j’étais lycéenne ; et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles mon mémoire de Master 2 porte sur Katherine Mansfield qui est considérée comme pionnière de la Nouvelle moderne anglo-saxonne. La tentation était donc trop forte, et je me suis juste levée un peu plus tôt chaque matin pour écrire.
 
  • Comment vous est venue l’idée du texte de votre nouvelle La fausse Ophélie ?

Je souhaitais choisir un personnage que je n’aime pas ; or il est vrai que je n’aime pas les séducteurs imbus d’eux-mêmes, qui se croient irrésistibles. Bien sûr mon point de vue sur Julien, mon personnage, a évolué. Je reconnais avoir progressivement développé une certaine tendresse pour lui, une affection qui avait commencé par de la compassion. Puis, j’ai construit mon récit en y mettant mon goût pour la poésie et la littérature, ainsi que mon appétence pour les retournements de situation. C’est finalement le personnage secondaire qui a donné le titre à la nouvelle, car l’objet de l’amour de Julien, qu’il concevait comme l’Ophélia de Shakespeare et l’Ophélie de Rimbaud, n’était en réalité nullement ce qu’il avait imaginé. C’était une fausse Ophélie ; et j’ai baigné le tout dans des flots de bulles.
 
  • Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Comme pour tout le monde, mon parcours ne commence pas à l’école mais bien avant. Mes parents ont toujours accordé beaucoup d’importance à mes études, et malgré leurs moyens matériels limités, ils ont toujours mis toute leur énergie à m’encourager et à me donner le goût de la lecture. C’est sûrement pour cette raison que j’ai choisi une série littéraire. Même si je n’ai rien contre les sciences et les mathématiques, ce ne sont pas elles qui m’ont permis d’avancer, mais bien les livres et la lecture. J’ai également un goût pour les langues (je suis en Master 2 d’Anglais). J’ai appris le hindi par mes propres moyens, et je parle une langue bantou ainsi que le Sakalave qui est ma langue maternelle. J’ai obtenu mon baccalauréat en 2016 avec une mention très bien, et si je le précise c’est que dans mon lycée, j’obtenais la seule mention TB sur environ 400 candidat·e·s, et j’étais si heureuse d’apporter cette fierté à mes parents qui le méritaient tant.

J’ai ensuite choisi de suivre un double cursus en Anglais et en Lettres Modernes. L’an dernier j’ai obtenu ma Licence d’Anglais et mon Master 1 de Lettres Modernes. Cette année je suis en Master 2 d’Anglais.
Je saisis l’occasion qui m’est donnée pour dire que je me suis mariée jeune par choix, et qu’un an plus tard c’est également par choix nous avons eu un enfant- une véritable Ophélia, tout à fait merveilleuse ! Je suis parfois choquée d’entendre certaines remarques, ou qu’on me pose certaines questions. Les femmes se sont battues pour pouvoir concilier vie professionnelle et vie familiale ; mais qu’en est-il de la vie d’étudiante et de la vie familiale ? Cela n’est pas facile et je comprends que peu le souhaitent, mais on doit pouvoir choisir d’être à la fois étudiante et maman. Par ailleurs, nous sommes dans une société où les femmes ont leur premier enfant en moyenne vers 30 ans, et c’est un acquis formidable que de pouvoir faire ce choix. Mais on n’est pas anormal si l’on a son premier enfant à 20 ans. Mon parcours montre bien que la maternité et les études peuvent être conciliables.
 
  • D’où vous vient ce goût pour l’écriture ?

Ce sont les livres qui m’ont permis d’avancer. Je viens de Mayotte où on lit très peu. Lorsque j’avais sept ans, un directeur d’école m’avait arraché des mains le livre que je lisais pendant la récréation car il trouvait cette activité inadéquate pour un enfant de mon âge. Mais j’ai persévéré et je peux dire que c’est avant tout la lecture, l’amour des langues et de la littérature qui m’ont donné aussi le goût de l’écriture.
 
  • Avez-vous un ou plusieurs conseils à donner aux étudiant.e.s de la Sorbonne Nouvelle qui souhaiteraient participer au prochain Prix de la Nouvelle ?

Je n’aurais pas la prétention de me croire en position de conseiller des camarades qui souvent sont plus aptes que moi. Je dirais seulement que lorsque j’écris je dois ressentir un immense plaisir. Souvent lorsque j’écris, il me vient des larmes ; parfois je ris aussi. Je ne sais pas si l’on peut considérer cela comme un conseil, mais je trouve que si l’on n’est pas bouleversé par ce qu’on est en train d’écrire, alors on a peu de chances de passionner d’autres personnes.
 
  • Quels sont vos projets à l’issue de votre Master ?
    Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

J’envisage dès l’année prochaine de commencer un doctorat et de préparer au plus vite l’agrégation d’Anglais. J’ai également envie d’écrire, car la littérature et les arts constituent le récit de l’histoire humaine, c’est le témoignage de l’humanité et nous sommes nombreux à devoir apporter notre pierre à cet édifice. J’y mêlerais bien mon grain de sable. Shakespeare écrivait « All the world’s a stage / And all the men and women merely players » (Le monde entier est une scène, /Et tous les hommes et les femmes ne sont que des acteurs). J’ai envie, moi aussi, de jouer un petit rôle sur cette grande scène qu’est le monde.
 

Discours de Hannah Moindjie, le 2 décembre 2020 lors de la cérémonie de la 25e édition du Prix de la Nouvelle :

"Merci aux organisateurs du concours. Merci aux membres du jury.

Lorsque j’ai entendu parler du concours, je préparais ma Licence d’Anglais, je préparais aussi mon Master de Lettres, et puis je m’occupais de ma petite fille âgée de quelques mois. Alors j’ai hésité à y prendre part, parce que j’étais déjà en double cursus, et disons même en triple cursus ! Mais la tentation était trop grande. Lycéenne, j’avais participé avec bonheur à des concours d’écriture. Mais depuis, jamais. Il me faut remercier mon mari, qui a pris à sa charge l’essentiel des tâches domestiques pour me permettre d’avancer. 

Bulle ! Bulle ?

Un ami m’a dit : « si tu ne veux pas trop parler de toi, si tu veux éviter de faire du nombrilisme, choisis un personnage masculin, d’un âge différent du tiens, d’un autre milieu social ; et choisis quelqu’un que tu n’aimes pas ». J’ai suivi ce conseil : Julien, mon personnage, est un homme, bien sûr, la quarantaine, imbus de lui-même, séducteur. Berk !

Mais finalement, j’ai quand même parlé de moi- pas trop quand même. En tout cas, j’y ai mis ce que j’aime : la littérature, les retournements de situation, l’ironie, la dérision- (le sexe).

Et puis j’ai fini par m’attacher à Julien. Je l’aime bien. Un peu par pitié.  C’est un malade.

Bulle. Les bulles. En fait les bulles c’est peut-être nous tous. En un sens, nous sommes des petites bulles, et tant que nous sommes en vie, nous essayons de nous frayer un chemin vers le haut, à travers les déceptions, les peines, la souffrance. Tant que nous sommes vivants, nous avançons en compagnie d’autres bulles qui nous aident, ou nous gênent. Mais nous avançons, encore ; les bulles remontent toujours vers la surface. Jusqu’à ce qu’un jour ... pok !

Mais ça, on verra plus tard."


Type :
Portrait

mise à jour le 2 avril 2021