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Art et utopie-Journée d'études

le 27 février 2013
à partir de 9h15

A Grisha Zabelchanski (1943-2010) Chercheur à l’Institut Art et Culture Université de Moscou (MGOUKI)

affiche ART et UTOPIE.jpg
Dans un essai paru il y a déjà 10 ans, Gérard Conio reposait à partir de l’expérience des avant-gardes russes la question de l’histoire de l’art dans son rapport à la culture de masse. Comment proposer aujourd’hui un dialogue sur des objets diversifiés à partir du socle de départ qu’on été les expérimentations russes dans la littérature, le cinéma et le théâtre pour comprendre certaines des filiations contemporaines articulant l’art à l’utopie ?
Hélène Châtelain et Armand Gatti partagent ces soucis communs devant un héritage russe et soviétique controversé. Tour à tour écrivains, traducteurs, interprètes, éditeurs, réalisateurs ou metteurs en scène, ils ont été et sont toujours les pionniers d’un questionnement sur la création souvent conçue comme moyen de résistance face à des systèmes de domination totalitaire où une modernité artistique ne se conjugue pas forcément avec une modernité sociale (du théâtre et des films d’intervention sociale au site de la Parole Errante et à l’édition).
De quelles façons peut-on s’efforcer aujourd’hui de concilier l’art et l’utopie autour d’une réflexion sur les formes et processus de la création contemporaine pour en montrer aussi les décalages ? Comment évaluer certaines filiations qui ont pu sur la durée s’inscrire entre art et utopie pour réinterroger les frontières entre esthétique et politique ? Comment mesurer les passages entre culture de masse et culte de l’auteur à la lumière d’expériences créatives récentes ? Comment reconsidérer des créations en marge qui deviennent centrales ? Ces préoccupations sont également au cœur de certaines recherches menées en France par des jeunes chercheurs qui souhaitent ici confronter leurs thèses en relation avec un travail ou un processus de création.
Cette journée d’étude se propose de faire un état des lieux de leurs recherches en écho aux travaux et questionnements de nos invités pour en dresser des perspectives dans une dimension interdisciplinaire.

Programme :

  • 9 h 15 : Accueil des participants
  • 9h 45 : Présentation, Laurent Creton directeur de l’IRCAV (Sorbonne Nouvelle Paris 3)
  • 10h : Table-Ronde « Penser l’utopie ? »

  • Valery Kislov, Modérateur, traducteur à Saint-Pétersbourg
  • Léonid Heller , Professeur Université de Lausanne

«Discours utopique de l'art versus langages artistiques de l'utopie»

L'examen des visions utopiques pose naturellement la question de leurs différents supports artistiques. Dès lors, il est légitime de se demander dans quelle mesure la création artistique impulse ou dessert l'imaginaire utopique.
 
  • Clara Darmon,  Doctorante, Sorbonne Nouvelle Paris 3 et Institut de recherche sur la culture (Moscou)

«  Crise du "film scientifique" et fin de l'utopie: la Zone dans Stalker d'Andréï Tarkovski »
La Zone, apparent reflet de l'utopie khrouchtchévienne, s'avère être, non un lieu, mais une expérience sur l'homme, dont l'échec marque la crise du film scientifique fondé sur la foi dans le progrès.
 
  • Gabrielle Chomentowski,  Docteure en Science Politique (IEP/Paris)
« Est-il possible de repenser l’histoire du cinéma soviétique (1917-1941) ? »
Après une brève présentation d’un bilan historiographique du cinéma soviétique des années 1920 et 1930, cette contribution présente différentes pistes pour renouveler l’histoire du cinéma soviétique.
 
  • 11h15 :  Table-Ronde « L’art contre les masses ? »
  • Philippe Ivernel,  Modérateur , Professeur Université Paris 8
  • Gérard Conio, Professeur Université de Nancy 2

« Utopie et art du projet en Russie après 1920 »
L’esthétique du projet est au cœur de toutes les expériences artistiques des années 1920, celles suprématiste et constructiviste. Rétrospectivement, elles peuvent aujourd'hui être considérées comme utopiques en raison des régressions culturelles intervenues, bien que les artistes aient continué majoritairement à pactiser avec le Diable.

  • Massimo Olivero, Doctorant Université Sorbonne Nouvelle Paris 3

« L'extase d'Eisenstein et  l'utopie de l'avant-garde russe »
À partir des écrits de Gérard Conio « Le mur dans l'avant-garde russe : vecteur et limite de l'utopie », il s'agira de vérifier les continuités mais aussi les transformations apportées par la théorie de l'extase d'Eisenstein aux problématiques de la représentation artistique.
 
  • Antonio Somaini,  Professeur Université Sorbonne Nouvelle Paris 3

« Socialisme, utopie, œuvre d'art totale dans la théorie du cinéma et l'art d’Eisenstein »
Le thème du cinéma comme synthèse des arts et œuvre d'art totale traverse tous les écrits d’Eisenstein à partir de la deuxième moitié des années 1930 : Montaž (1937) et Metod (1932-48), notes pour la mise en scène de la Walkyrie (1940) et notes pour une Histoire générale du cinéma (1946-48).
 
  • 12h30 : Déjeuner Rotonde / INHA
  • 14h : Table-ronde «  L’art comme engagement »

  • David Cenek , Modérateur, Professeur associé Université Charles (Prague)
  • François Lecointe, Doctorant EHESS/CRH

« Chris Marker et l’URSS »        
De Lettre de Sibérie (1958) au Tombeau d'Alexandre (1993), Chris Marker n'a cessé d'interroger la révolution soviétique, autant politique qu'artistique. Il s’agira d’explorer l'ici français et l'ailleurs soviétique dans le travail de Marker.
 
  • Catherine Roudé, Doctorante Panthéon Sorbonne Paris 1
« De la coopérative Slon à la société de production Iskra (1968-1986) »
Fondée autour de Chris Marker à la suite du mouvement social de mai-juin 1968, la coopérative Slon (qui devient en 1974 la société de production Iskra) regroupe majoritairement des professionnels du cinéma dans le but de réaliser et diffuser des films de contre-information. Comment réévaluer ce collectif militant ?
 
  • 15h : Table-ronde «  L’utopie comme désillusion »

  • Michèle Lagny, Modératrice, Professeur Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
  • Isabelle Marinone, Maître de conférences Université de Bourgogne

« Une terre d'anarchie, l'Ukraine de Nestor Makhno revisitée par Hélène Châtelain »
 Le documentaire poétique d’Hélène Châtelain en 1995  « Nestor Makhno, un paysan d’Ukraine » constitue un témoignage visuel unique exhumant l’histoire de cette figure emblématique de l’anarchisme. L’expérience anarchiste en Ukraine fut pendant des générations, discréditée et ensevelie sous une représentation mythifiée que ce film permet de reconsidérer.

  • Hélène Fleckinger, Maître de conférences Université Paris 8

« Maintenant, ça va... » (1987) et Pourquoi les oiseaux chantent ? (1988) d’Hélène Châtelain »
L'analyse de ces deux films méconnus d'Hélène Châtelain, fondés sur des enquêtes et des entretiens menés par Nadja Ringart dans différents centres pour femmes « en difficulté, battues, seules », sera l'occasion de mettre en lumière la puissance utopique et émancipatrice du cinéma dans un contexte de lutte contre les violences faites à des femmes.
 
  • Kristian Feigelson, sociologue, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et EHESS

« Retour du Goulag : l’ennemi invisible »
Dans deux films produits par Arte en collaboration avec Iossif Pasternak en 2000, « Le temps de l’eau » et « Le temps de la pierre », Hélène Châtelain revient sur l’expérience et les paysages du Goulag. Comment retrouver ces traces visuelles et les réinterpréter au regard de l’utopie soviétique des années 1920 après un retour ici aux camps des Solovkis ?

16h45 :  Pause

17h : Table-ronde « Atelier de création »

  • Monique Surel-Tupin, Modératrice, Professeur Université Bordeaux 3   
  • Sylvain Dreyer, Maître de conférences Université de Pau (UPPA)

« Vivre sur le ton de l’épopée »
Les reportages d’Armand Gatti au Guatemala (1954) ainsi que ses livres destinés à la collection « Petite planète » dirigée par Chris Marker, La Chine (Seuil, 1956) puis Sibérie -0 + l’infini (Seuil, 1958) après son voyage en URSS permettent de questionner l’éthique journalistique dans son rapport à l’autre.
 
  • Elodie Chamauret, Doctorante Université Lumière Lyon 2

« La figure de l’acteur et du spectateur dans le théâtre d’Armand Gatti : vers un idéal utopique ? »
Depuis le printemps 1968, Armand Gatti rompt avec la scène théâtrale marchande. Dès lors, il ne cesse de revendiquer une poétique de l’acteur qui serait étroitement intriquée à celle du spectateur – deux poétiques idéales porteuses d’une certaine utopie.

 
  • Charlotte Cayeux, chercheuse associée IRCAV/Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
«  L’esthétique libertaire d'Armand Gatti »
Aussi différents qu'ils soient, les six films d'Armand Gatti sont touchés dans leur forme même par l'utopie anarchiste. Sans pour autant que l'anarchisme apparaisse comme un thème explicite, il en résulte à chaque fois et de façon singulière une « esthétique libertaire ».

  • 18h15  : Table-Ronde « L’utopie au travail ? »

  • Yvette Biro, Modératrice , Professeur à New York University
  •  Marguerite Vappereau, Doctorante Université Panthéon Sorbonne Paris 1

« L’intelligence qui liait l’œil au monde était sans espoir »
Jean Genet depuis les premières pages de Notre-Dame-des-Fleurs s’institue en  opposition à la société pour cultiver un statut de réprouvé. Loin de toute préoccupation pédagogique ou culturelle, une politique de la résistance se dégage de ses écrits littéraires et théâtraux, comme de ses articles ou de ses essais, et se prolonge dans sa réflexion et son travail pour le cinéma.
  • Benjamin Léon et Nicola Rebeschini, Doctorants Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
« Corps de l’utopie et images de l’expérience »
Il s'agira de réfléchir sur la performance dans les arts visuels en interrogeant sa forme expérimentale. En partant du travail de Marina Abramovic, nous questionnerons l'image dans son rapport au réel - et inversement - par l'intermédiaire du corps et ses relations dans l'espace. L'invention des images par le corps et celle des images par le réalisateur seront confrontées aux différentes formes de l'utopie.
 
  • Valentina Miraglia, Docteure Université de Limoges

« La caméra héritière du ciné-œil ? »
Héritière en partie du Ciné-oeil de Vertov, mobile, dynamique, la caméra professionnelle légère par les nouvelles possibilités de langage qu'elle induit, enrichit la théorie de la caméra stylo chère à Astruc. Mais l'utopie d'une machine flexible toujours prête à capter les instants privilégiés de la vie fait long feu et amène à nous interroger sur les rapports compliqués entre l'art et ses outils, le filmant et le filmé.

  • Conclusion : La Parole Errante ?
Helène Châtelain et Armand Gatti
Type :
Colloque / Journée d'études
Contact :
Kristian Feigelson
Lieu(x) :
Institut National d'Histoire de l'Art - INHA
2 rue Vivienne 75002 Paris

mise à jour le 21 février 2013