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Anglais / Etudes anglophones

Archives VORTEX 2012/2013

Contact(s)

Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, Institut du Monde Anglophone, 5, rue de l'École de Médecine 75006 Paris,
Salle 16.

Objectifs

Conformément à la pratique de Vortex, consistant à consacrer deux ans en moyenne à une problématique, deux « objets » scientifiques principaux nous occuperont au cours du prochain quinquennal : les notions d'Erreur, d'une part, et de « Nombre » de l'autre. S'agissant de ces deux objets d'étude, ils ont vocation à s'illustrer au sein du champ moderniste (lequel s'ouvre à des écrivains contemporains du modernisme, tel E.M. Forster). Plus généralement, l'erreur, présente dans le corpus anglophone bien avant la shakespearienne « Comedy of Errors », nous occupera dans l'amont de la période, qui embrasse tout le dix-neuvième siècle (cf. Jane Eyre et son chapitre 20, qui thématise l'erring dans la bouche de Rochester, tout en l'inscrivant sous le signe de l'onomastique), mais aussi sur son versant aval, avec les littératures post-modernes (qui font souvent de l'erreur l'origine formelle de l'élaboration de l'oeuvre) et postcoloniales. C'est d'ailleurs en privilégiant le volet contemporain des références possibles, que le présent argumentaire a été conçu, au moins dans sa phase initiale.  L'Erreur. Dans le prolongement de notre réflexion sur l'examen de conscience, versant protestant de la casuistique, et sur le Cas (2010-2012), il nous semblé utile de réfléchir à ce que George Steiner nomme la suite d'erreurs qui constituent le tissu d'une vie humaine, au regard de l'imperfection qui la caractérise. Le titre donné à son introspection (Errata, An Examined Life, 1999) l'inscrit dans une littérature de type confessionnel et/ou autobiographique, réclamant le « droit à l'erreur ». Dans le même temps, il parle aux universitaires que nous sommes, dès lors que l'erreur renvoie au risque encouru par toute recherche digne de ce nom—a fortiori si on considère qu'il ne saurait y avoir de travail d'édition, qui ne comporte ses errata. Il n'est pas de lecture, non plus, sans malentendu ni d'interprétation sans dissipation du malentendu (« Lira bien qui lira le dernier », disait Gérard Genette) ; de ce seul fait, il semble important que Vortex, qui réfléchit sur les questions de formalisation et de représentation dans les domaines qui sont les siens, officialise sa réflexion, par ailleurs chronique, sur les périls et les limites de l'interprétation. Que l'erreur ait été retenue l'année de la commémoration du centième anniversaire du naufrage du Titanic, n'est sans doute pas fortuit : à l'époque, Thomas Hardy, dans « The Convergence of the Twain », pointait la « vaingloriousness » responsable du désastre, rapportée à la démesure dont Eschyle disait qu'en mûrissant elle engendrait « le fruit de l'erreur », à l'origine d'une « moisson de larmes ». C'est tout autrement que Paul Virilio pense de tels accidents technologiques, n'hésitant pas à rappeler que la connaissance passe aussi par les erreurs (L'Université du Désastre, Galilée, 2007). Cette dimension « technologique » de l'erreur est précisément mise en exergue dans un roman récent de Jonathan Franzen, The Corrections (2001), les corrections en question renvoyant à des programmes informatiques supposés réparer les logiciels défaillants, et qui finissent par substituer aux erreurs initiales des dysfonctionnements plus graves, contraignant l'utilisateur à des réparations incessantes et vaines. Adossées au portrait d'une famille dysfonctionnelle et d'une Amérique déliquescente, ces corrections de nature comportementale, sociétale, financière, et traitées sur un mode satirico-comique, placent la volonté de réparation au cœur du dispositif romanesque.

Contenu

Parmi les pistes de travail qui nous occuperont, figureront, outre les actes manqués et autres lapsus interférant dans le processus de la création littéraire, le degré de fiabilité qu'un lecteur peut/doit accorder à l'instance narratrice, la place de l'erreur dans les romans dits d'apprentissage, le rapport de la fiction à l'histoire, dans sa dimension postcoloniale tout particulièrement - ainsi Midnight's Children (1981), où Salman Rushdie persiste à faire mourir son personnage d'Indira Gandhi « à la mauvaise date ». En élargissant l'erreur à l'errance (au sens spatial) et à l'égarement (au sens perceptif et intellectuel), on verra comment le franchissement plus ou moins hasardeux des frontières induit des contresens géographiques, cartographiques ou culturels, mais également tout un ensemble d'aberrations, en interface avec la problématique des sens et sensations. Dans le domaine cette fois de la poésie, outre le rappel de la théorie de Harold Bloom, fondée sur la mésinterprétation assumée de l'œuvre des poètes prédécesseurs et rivaux, on s'intéressera à l'usage qui veut que la poésie anglo-américaine, beaucoup plus ouvertement que la poésie française, fasse du punning une des clefs les plus sérieuses du mode de fonctionnement poétique - d'où il ressort que l'approximation, les glissements plus ou moins contrôlés d'une lettre à l'autre et autres dysfonctionnements à la rime, revêtent une importance souvent capitale : ainsi Geoffrey Hill jouant de sa surdité pour justifier l'approximation des signifiants et leur « correction » : « For definitely the right era, read, deaf in the right ear » (The Triumph of Love). En l'élargissant aux notions connexes que sont l'Errance et l'Hérésie, nous comptons bien, dans les deux-trois ans à venir, faire de l'erreur un objet de réflexion fécond, et ce d'autant plus qu'il est relativement peu étudié. En effet, contrairement aux erreurs de type médical, juridique ou scientifique, a priori parfaitement balisées, l'erreur « littéraire » est plus délicate à cerner ; certes les plus célèbres « howlers » sont notoirement recensés (Robinson Crusoe se déshabille, pour ensuite fourrer dans ses poches (absentes) le contenu de ses rapines ; un personnage de The Master of Ballantrae enfonce une épée dans le sol gelé ; Keats fait de Cortez le premier découvreur du Pacifique alors qu'il s'agissait, historiquement, de Balboa, etc.), mais il nous apparaît que la notion d'erreur se prête à une exploitation plus riche que celle d'un simple bêtisier de cet ordre, sans même qu'il soit nécessaire de solliciter l'exceptionnalité, voire l'incorrection, par ailleurs bien réelles, du geste littéraire. -- Le Nombre/ le nombreux. A mi-parcours du quinquennal, nous envisagerons la question du nombre. Nous sommes partis, pour le choix de cette problématique, de l'importance décisive que revêt, dans le terreau culturel anglophone, le symbolisme des nombres : de la Bible (The Book of Numbers; "Be fruitful and multiply"; « the Mark of the Beast 666 »), à ses reprises millénaristes et eschatologiques dans la culture américaine, suspendue dans l'attente du compte-à-rebours dernier, les nombres, entre fantastique et mystique, sont partout. Si nous n'avons ni compétence ni vocation à cerner les implications des nombres dans les domaines où ils trouvent le plus naturellement à s'exprimer (mathématiques, géométrie, algèbre, chimie, physique, etc.), les littéraires que nous sommes revendiquons néanmoins l'héritage de toute une tradition philosophique, et donc esthétique. La quête d'intelligibilité dans les rapports mathématiques et mesurables se traduit par la prise en compte concrète des proportions considérées comme plus ou moins esthétiques. Le rappel de la croyance philosophique ancienne (Pythagore et Platon), les débats des artistes à la Renaissance, nous remettront en mémoire la croyance dans l'existence de nombres idéaux, modèles de toutes choses (le fameux « nombre d'or »). Pour mémoire, selon les pythagoriciens, l'impair était symbole d'harmonie et le pair, de confusion. Qu'en est-il pour les modernes que nous sommes ? L'angoisse éprouvée devant les grands nombres et/ou l'indénombrable est un autre paradigme constitutif de la modernité étudiée par Vortex. Un point de départ serait l'ouvrage de Malthus, Essay on the Principle of Population, publié la même année que les Lyrical Ballads (1798) : angoisse d'un raz de marée démographique, en parallèle avec le mysticisme faussement naïf de la petite fille de « We Are Seven ». Un second serait le rêve du Malais, relaté par Thomas de Quincey dans ses Confessions of an English Opium Eater (1823), à l'origine d'une hantise de type raciste et colonial. On s'interrogera sur la manière dont se représentent, en peinture, la multitude (Derby Day (1858) de William Powell Frith), et, en littérature, le peuple, la foule. Le cinéma, celui par exemple de Peter Greenaway (A Zed & Two Noughts (1986), Drowning by Numbers (1988)), ne restera pas à l'écart. Ainsi donc, le roman et la poésie, mais aussi les arts anglo-américains, devraient se prêter à une analyse quantitativement et qualitativement équilibrée des incidences du nombre - des célèbres 1079 pages de Infinite Jest de David Foster Wallace, en passant par l'obsession comptable chez Whitman, Stevens, Zukofsy (« A-9 »), la folie du nombre dans l'œuvre de Pynchon, l'éloge des anniversaires (de Donne à Dylan Thomas), le sériel et la répétition chez Stein, Joyce, etc.
 

Horaires

 2012- 2013
 

Programme des prochaines séances :

Séance du 20 Octobre 2012
salle 12, IMA, 10h-12h : début de l’étoilement de la notion d’erreur (par genres, essentiellement, et à partir d’exemples sélectionnés dans le champ britannique) : Marc Porée.

Séance du 17 Novembre 2012, IMA :

- 9h-17h : Journée d’étude internationale organisée par Madeleine Laurencin et Sneharika Roy, doctorantes Vortex : « Inside/Out : Negociating Multiple Identities in a Globalised Postcolonial World ». Conférence plénière du Pr. Neil Ten Kortenaar (Toronto), 9h30-10h30.

-10h 30-12h : Séance Vortex, salle 12, IMA : suite de l’étoilement de la notion d’Erreur, à partir de textes choisis dans le champ américain : Christine Savinel (sur textes d’Elizabeth Bishop) ; travail à partir d’une page de Jane Eyre.

Séance du 15 décembre 2012, salle 12, IMA, 10h-12h :
Intervention du philosophe britannique John Roberts, auteur de The Necessity of Errors ; réponse et intervention de Jean-Jacques Lecercle (Paris Ouest) : « Mirror/error : how to generate literature ».

 
Le programme de l'année 2013 sera affiché ultérieurement.

mise à jour le 19 mars 2019


Renseignements :

19-21 : Modernités critiques
UFR : Institut du Monde anglophone
Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
5, rue de l’Ecole de Médecine
75006 Paris

Tél. : 01 40 51 33 00
Fax : 01 40 51 33 19
 
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