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Recherche, Vie étudiante

Céline Prest, lauréate du Prix André Topia de la Chancellerie des Universités de Paris en études modernistes anglophones

le 5 février 2018

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Céline Prest, lauréate du très prestigieux Prix André Topia en études modernistes anglophones de la Chancellerie des Universités de Paris - édition 2017 pour sa thèse intitulée Le spectre du document : supports, signes et sens dans l'oeuvre de Charles Dickens sous la direction de Jean-Pierre Naugrette revient sur son parcours et nous explique ses projets.

  • Pouvez-vous vous présenter ?
J’ai soutenu une thèse en littérature victorienne sur l’œuvre de Charles Dickens en novembre 2016. Je suis également agrégée d’anglais et enseignante en classe préparatoire littéraire à Paris.
 
  • Vous avez soutenu votre thèse intitulée “Le spectre du document : supports, signes et sens dans l'oeuvre de Charles Dickens” en Novembre 2016 à la Sorbonne Nouvelle. Parlez-nous de votre travail
Ma thèse s’inscrit dans une réflexion sur le lecteur et la réception tels qu’ils se présentent dans les textes romanesques de Charles Dickens : le personnage y est présenté comme un lecteur concret et un herméneute imparfait se heurtant aux nouvelles pratiques de lectures qui émergent au XIXe siècle en Grande-Bretagne, avec le développement du système éducatif, de l’ère industrielle et de la société de consommation. Le texte dickensien montre que la réception des textes écrits est conditionnée par la matérialité du support qui s’interpose entre le personnage et le texte. Il s’est agi de voir pourquoi et comment Dickens a cherché paradoxalement à se défaire des matières inertes que sont le papier, la pierre et la plaque métallique comme supports de l’écriture ; se déploie ainsi le rêve dickensien d’écritures vivantes et subtiles qui trouvent leur possibilité en l’homme dans un au-delà de la matière, portées par la peau, la voix, le souffle et la mémoire.

J’ai également voulu montrer que l’œuvre de Dickens fait écho à nos réflexions contemporaines sur le document. Avec le numérique, nous vivons à une époque de mutation irréversible et globale de l’écrit sans que l’on puisse pour autant parler d’un renversement complet du paradigme. Ma thèse montre que certaines inquiétudes de Dickens demeurent pertinentes : à être trop abondante, l’information ne finit-elle pas par s’annuler ? Comment enregistrer, classer, préserver et récupérer nos données? Quels choix effectuer en termes d’archivage? À ces questions, les romans de Dickens apportent un élément de réponse : la pérennité du document trouve sa condition de possibilité en l’homme, lui seul capable d’analyser, de trier, de mémoriser l’information. De là semble dépendre la survie de la mémoire individuelle et collective. Dans mon travail de thèse, j’ai ainsi cherché à montrer comment l’œuvre du romancier victorien s’inscrit dans le XXIe siècle : dans sa réflexion sur la production textuelle, Charles Dickens est véritablement notre contemporain.
 
  • Vous venez de recevoir le prix André Topia en études modernistes anglophones de la Chancellerie des Universités de Paris. Qu’est-ce que ce dernier représente pour vous ?
Ce prix récompense un parcours certes classique mais qui n’a pas emprunté la voie royale de la recherche à proprement parler. Comme la très grande majorité des doctorants, je ne suis pas normalienne et n’ai pas été allocataire monitrice, même si j’ai eu la chance d’enseigner en tant qu’ATER pendant une partie de ma thèse. J’ai été heureuse de constater que c’était également le cas d’un nombre non négligeable de primés de la Chancellerie, et cela constitue un message très encourageant pour tous ceux qui sont passionnés par leur recherche et qui peinent à la concilier avec leurs autres obligations.

Les Prix de la Chancellerie jouent un rôle d’autant plus crucial dans la recherche qu’ils promeuvent le travail accompli dans toutes les disciplines, y compris celles qui ne reçoivent pas le même type de financement que la physique, la médecine ou encore le droit. Ces prix rappellent l’importance d’explorer la connaissance humaine dans tous ses aspects.

Enfin, le prix André Topia revêt une importance toute personnelle pour moi puisqu’il a été créé en l’honneur de mon premier directeur de thèse, disparu alors que j’entamais ma quatrième année. Recevoir ce prix qui porte le nom de ce très grand professeur est un immense honneur. André Topia est une personne à laquelle je dois beaucoup humainement et intellectuellement parlant, et j’espère réussir à communiquer à mon tour ce qu’il m’a lui-même transmis — une passion de la littérature, une lecture acérée des textes, une curiosité insatiable sans a priori, le respect sincère et admiratif d’un enseignant pour ses étudiants. La soirée de la Cérémonie fut ainsi un moment particulièrement émouvant à plusieurs titres.
 
  • Quel a été votre parcours universitaire ?
Après trois années en classe préparatoire littéraire, je me suis inscrite en Master à la Sorbonne Nouvelle. Dans ce cadre, je suis partie étudier et enseigner une année aux Etats-Unis, à Boston. En tant qu’auditrice à l’ENS, j’ai ensuite préparé le concours de l’agrégation (obtenu en 2009), puis je me suis inscrite en thèse en 2010 tout en débutant ma carrière en lycée technologique. Si ma formation est très classique, mon profil d’enseignante est plus varié. Les années suivantes, j’ai obtenu un contrat d’ATER à l’université, ce qui m’a permis de poursuivre mes recherches. Arrivée à la fin de mon contrat, j’ai obtenu un poste en classe préparatoire littéraire à Paris où j’ai enseigné durant la dernière année de ma thèse (soutenue en novembre 2016). Tout au long de ce parcours, j’ai eu la chance de rencontrer des enseignants, des camarades et des étudiants extraordinaires qui tous ont contribué à ma formation intellectuelle. Qu’ils en soient ici remerciés. Je tiens aussi à vivement remercier Jean Pierre Naugrette qui a été présent depuis le début et m’a aidée à mener ce travail à son terme.
 
  • Un conseil aux étudiants?
Je transmets à mon tour ce conseil très précieux que j’ai reçu pendant ma thèse : consacrer chaque jour un créneau à son travail, que l’on y passe dix heures ou dix minutes, quelles que soient nos obligations par ailleurs. Garder un contact quotidien avec ma thèse m’a permis de ne jamais la perdre de vue.

Mon deuxième conseil serait d’adhérer aux associations d’étudiants et de s’engager dans son École doctorale dans la mesure du possible, et ce dans le but de se sortir de la solitude parfois pesante de ces années de thèse. J’y ai découvert un milieu chaleureux, plein de solidarité, et qui a constitué pour moi une source importante d’inspiration et de motivation.
 
  • Une anecdote sur vos années d'études à la Sorbonne Nouvelle ?
À la suite d’une collaboration avec la Dickens Fellowship, son président Mark Dickens est venu à Paris effectuer la lecture d’un texte rare de son ancêtre : il s’agissait d’une adaptation du roman (intitulée “The Bastille Prisoner”) écrite en vue d’une lecture publique que Dickens n’eût jamais le temps de produire sur scène. Pour la première fois en 2014, le texte fut lu dans les conditions prévues par son auteur, et ceci par son descendant direct. Ce fut un moment vibrant, émouvant, plein de chaleur et d’humanité.
 
  • Quels sont vos projets futurs ?
J’aimerais publier ma thèse dans l’année à venir. Je souhaite également continuer à m’engager dans la recherche, à la fois en France et dans le milieu universitaire anglo-saxon. Quelques mois après le prix André Topia, j’eus l’honneur d’obtenir un prix de la part de la Dickens Society (2018 Robert B. Partlow, Jr. Prize), et ces récompenses académiques constituent un encouragement et une aide très précieuse qui me poussent encore davantage à poursuivre mes travaux. J’espère que ces récompenses m’ouvriront des portes en termes de recherche, de publications et de collaborations.


Crédits photographiques © Chancellerie des Universités de Paris
Type :
Portrait, Distinction / prix

mise à jour le 13 février 2018