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Tout ce que l'esthétique permet ! (à l'endroit et au-delà du cinéma)

du 15 février 2012 au 18 février 2012

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Colloque international


Organisation :
Térésa Faucon et Barbara Le Maître (IRCAV, CRECI - Centre de recherche en esthétique du cinéma et des images)


Présentation :

« Cinéma » qualifie un objet complexe - éparpillé, comme on le sait, entre commerce, spectacle, industrie, art, dispositif(s), ensemble d'images en mouvement. Nombreuses sont les disciplines qui s'en saisissent et définissent la méthodologie de recherches engagées à son endroit. Il sera ici question de mettre l'accent sur les différentes modalités selon lesquelles la recherche consacrée à ce médium emprunte les voies de l'esthétique.
Une conviction se trouve à l'origine de ce colloque, dans le prolongement du constat formulé par Jeff Wall : « J'ai toujours pensé que la photographie avait obtenu son statut artistique grâce au cinéma, et qu'avant que le cinéma ne devienne, à l'évidence, une forme d'art majeure, personne n'était en mesure de comprendre les problèmes posés par la photographie face aux traditions picturales. » Le cinéma a bouleversé, redéfini la relation entre les médiums, et cela suffit à dire à quel point il constitue un problème essentiel pour l'esthétique. Reste à savoir à quoi nous pensons lorsque nous prononçons le terme d'esthétique.

L'esthétique et ses objets
Que signifie, en effet, le terme d'esthétique ? Doit-on en limiter l'acception aux seules philosophies de l'art, ou bien le terme englobe-t-il désormais toute approche soucieuse de comprendre la plasticité, le jeu des formes ? Cas échéant, toutes les formes, tous les objets visuels (ou audiovisuels) sont-ils susceptibles d'être ressaisis au moyen d'un seul et unique appareil conceptuel, ou bien l'esthétique est-elle contrainte de se re-spécifier en fonction des exigences inhérentes à tel ou tel objet ? C'est que, pour le dire brutalement, une chose est de parler d'esthétique, une autre, d'esthétique des images, une autre encore, d'esthétique du cinéma.
On pourrait, au demeurant, se demander dans quelle mesure l'esthétique peut encore s'étalonner sur un médium, ou sur un dispositif corrélé à ce médium. Plus largement, quels sont (ou peuvent être) les objets de l'esthétique ? Sans doute, au temps présent, l'idée d'esthétique du cinéma ne peut avoir ni le même sens, ni la même pertinence que dans les années 1920, dès lors qu'elle ne coïncide plus qu'en partie avec l'état contemporain des images en mouvement - l'image filmique étant désormais, ainsi qu'on le sait, à la fois au-dedans et au-dehors du cinéma (ici identifié au dispositif selon lequel il s'est majoritairement établi).

Questions de disciplines
Se demander « ce que permet l'esthétique » implique aussi de revenir sur certaines découpes structurantes qui informent nos tentatives d'élaboration de savoirs vis-à-vis du cinéma. Au premier chef, celle-ci : Histoire, esthétique. Quoique communément énoncée, cette articulation ne va pas de soi et mérite, à ce titre, d'être réexaminée : « Comment faire l'histoire de ces images ? comment faire l'histoire des dispositifs dans lesquels elles ont été produites ? et l'histoire des conceptions de l'image dont elles relèvent » Si, ainsi que le suggère Jacques Aumont, ce qui concerne le cinéma en tant qu'image (ou ensemble d'images hétérogènes) et les singularités formelles des films ne se laissent guère agencer sans difficulté selon la raison historienne, comment articuler, malgré tout, histoire et esthétique ? Selon quelles modalités ou sous quelle(s) forme(s) ? Les modèles en vigueur dans le champ de l'histoire de l'art, par exemple, l'usage régulier de périodisations conçues en termes de styles, peuvent-ils être de quelque secours, s'agissant du cinéma ?
L'interaction disciplinaire, par laquelle l'esthétique trouve à se redéfinir, ne s'arrête évidemment pas là. Quoique rapportable, en premier lieu, à l'histoire et à la philosophie de l'art, la théorie esthétique se nourrit aussi bien, et c'est particulièrement visible aujourd'hui, des acquis de l'anthropologie ou de la biologie. Voilà une dizaine d'années, un colloque au Fresnoy intitulé Plasticité, signes des temps avait ainsi regroupé, autour d'une même table, un biologiste, un philosophe et un historien d'art. Aujourd'hui, l'exposition sur La Fabrique des images, présentée au Musée du Quai Branly, repense le territoire du figurable à partir de quatre modèles, dressés sur des catégories d'ordre anthropologique.
Rappelons que les théories esthétiques ont aussi, tout au long de leur histoire, joué d'autres articulations disciplinaires, en empruntant des outils théoriques aux mathématiques (la géométrie, les algorithmes, la théorie des catastrophes) et à la physique (les lois de la relativité, de la physique quantique). Ces modèles ont permis de réfléchir aux paramètres fondamentaux des arts du temps et de l'espace, en particulier des images en mouvement, et de repenser le paradoxe du continu et du discontinu, comme plusieurs théories en témoignent (Bergson, Epstein, Merleau-Ponty, Deleuze). Tous ces échanges attestent la part d'inventivité de théories essentiellement heuristiques.

Analyse esthétique, Théorie esthétique
Enfin, outre ces différents ensembles de problèmes, il sera utile d'interroger l'articulation entre théorie esthétique et analyse formelle - cette dernière formule exigeant, bien entendu, d'être précisée. D'un côté, le profit escompté du geste analytique n'est pas toujours de contribuer à une élaboration théorique - dans ce cas, l'analyse est en un sens auto-suffisante, l'étude de son objet constituant son propre horizon. D'un autre côté, il existe bien des manières de concevoir la relation entre le geste analytique et la réflexion théorique, depuis l'étude d'un objet convoqué à titre d'exemple, afin de discuter ou d'enrichir une théorie déjà constituée, jusqu'à la proposition théorique « inédite », forgée au moyen d'une analyse pour ainsi dire sans précédent.
En somme, qu'elle informe le geste analytique ou l'élaboration théorique, qu'elle soit considérée comme une discipline ou un carrefour disciplinaire, héritant ou initiant d'importantes refontes méthodologiques, quels que soient, encore, les objets qu'elle se donne, comment penser l'Esthétique ?

Rappel des axes du colloque :
Croisements disciplinaires : esthétique et autres disciplines (anthropologie, histoire, etc.)
Esthétique « de quoi ? » : objets de l'esthétique (médium ? image ? etc.)
Articulation entre geste analytique et théorie esthétique.

Type :
Colloque / Journée d'études
Lieu(x) :
Institut National de l'Histoire de l'Art (INHA), salle Vasari
2, rue Vivienne 75002 Paris

mise à jour le 17 mai 2019