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Vie des personnels

Rencontre avec Anne Isabelle Francois, Directrice du GIS Institut du Genre

le 15 février 2024
 

Maîtresse de conférences de Littérature générale et comparée à la Sorbonne Nouvelle, Anne Isabelle François est Directrice ajointe de l'UFR Littérature, Linguistique, Didactique (LLD).

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  • Anne Isabelle, pouvez-vous vous présenter ?

J’ai suivi un parcours universitaire classique, qui a aussi rapidement pris une dimension internationale. J’ai intégré l’E.N.S. de la rue d’Ulm en 1995 (concours B/L), après trois années de classes préparatoires au lycée Henri IV. J’étais inscrite en parallèle à l’Université Paris 3 en allemand et en lettres modernes. Étant bilingue et ayant fait une partie de ma scolarité en Allemagne, je souhaitais garder cette ouverture linguistique et interdisciplinaire, raison pour laquelle je me suis tournée, dès la Maîtrise, vers la littérature comparée. J’ai enchaîné avec un DEA (ancêtre du M2) puis l’agrégation de lettres modernes et une première expérience professionnelle à l’étranger, comme lectrice à l’Université de Cambridge au Royaume-Uni pendant un an. J’ai ensuite eu la chance de pouvoir préparer ma thèse dans le cadre d’un collège doctoral européen, avec une inscription en co-tutelle à l’EPHE et à l’Université de Dresde en Allemagne.

J’ai soutenu cette thèse, préparée sous la double direction d’un professeur d’études germaniques (Jacques Le Rider) et d’un historien spécialiste de l’époque moderne (Gerd Schwerhoff), sur la figure du diable dans les œuvres de Georges Bernanos, Thomas Mann et C. S. Lewis, en 2003, tout en enseignant déjà la littérature comparée à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines grâce à un contrat doctoral. J’ai pu continuer à enseigner à l’UVSQ grâce à des postes d’ATER, en y ajoutant des expériences d’encadrement dans le cadre d’une école d’été internationale au European College of Liberal Arts (Berlin). Après une année d’enseignement comme professeure de français au lycée Le Corbusier à Aubervilliers (93), expérience très enrichissante et formative, j’ai été recrutée comme maîtresse de conférences de LGC à la Sorbonne Nouvelle en 2007. J’y exerce depuis, en m’efforçant d’équilibrer les trois dimensions du métier : l’enseignement (de la L1 à l’agrégation), avec un semestre d’échange à l’Université d’Édimbourg en 2019, la recherche dans mes domaines de spécialité au sein du CERC (EA 172), et les responsabilités collectives (j’ai notamment dirigé le département de LGC et suis actuellement directrice adjointe de l’UFR LLD) ainsi que l’implication institutionnelle (je suis actuellement élue au Conseil d’Administration et ai déjà siégé à la CR comme à la CFVU, tout comme dans le conseil de mon département et le conseil de gestion de l’UFR LLD). Le métier d’enseignante-chercheuse est en effet pour moi avant tout collectif.

  • Vous êtes directrice de l’Institut du Genre depuis le 1er décembre 2023 ? Quelles sont les missions de ce Groupement d’intérêt scientifique ? 

L’Institut du Genre, hébergé par la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord au Campus Condorcet, a été créé en 2012, à l’initiative de l’InSHS (CNRS). Il s’agissait d’offrir un lieu de coordination, de structuration, de soutien et de promotion des travaux sur le genre et les sexualités en français. C’est donc un espace qui entend favoriser l’interconnaissance ainsi que les passerelles et collaborations, institutionnelles et disciplinaires, générationnelles ou épistémologiques. Cette pluralité est clairement un des atouts du réseau, qui permet les échanges multiples entre les domaines des SHS et ALL, mais aussi avec les sciences exactes et, au-delà du monde de l’ESR, en œuvrant pour et avec la société. La Sorbonne Nouvelle est partenaire de l’Institut du Genre depuis sa création, le GIS regroupant une trentaine d’autres institutions en France (universités et organismes de recherche). Sylvie Cromer, avec qui j’avais eu l’occasion de collaborer dans le cadre d’un diplôme inter-universitaire en formation continue « Conseillère et Conseiller Référent·e en Égalité femmes/hommes », dont j’étais co-responsable pédagogique, et qui dirigeait alors l’Institut du Genre, m’a proposé d’intégrer le Conseil scientifique du GIS en 2018. J’ai donc participé pendant plusieurs années à l’évaluation des dossiers de candidature suite aux appels annuels lancés par l’Institut du Genre, et découvert la richesse des échanges et des initiatives qui se développent au sein du réseau. J’ai ensuite intégré l’équipe de direction collégiale du GIS en tant que directrice adjointe en 2021, avant d’en être élue directrice en décembre dernier. C’est une mission passionnante d’animation et de coordination, qui permet non seulement de rencontrer et de travailler avec beaucoup de collègues de toute la France et de l’international, dans une diversité de champs et de disciplines, mais aussi d’inventer des formats inédits, d’investir des domaines variés, d’intervenir dans la société civile (par exemple cette année avec le Festival Pop Meufs ou de rendre visibles les recherches très nombreuses et dynamiques qui sont menées dans le domaine du genre et des sexualités.

  • Comment collaborer avec l’Institut du Genre ? 

L’Institut du Genre propose une diversité de dispositifs de soutien, par le biais d’appels annuels à financement, auxquels toutes et tous les membres des établissements partenaires peuvent candidater. Ces appels rythment notre année ; certains s’adressent spécifiquement à la jeune recherche, d’autres davantage aux chercheurs et chercheuses confirmé·es ; les formats en sont également variés, depuis l’aide à l’organisation d’écoles d’été pour mastérant·es ou doctorant·es en passant par l’accueil scientifique de collègues éminent·es de l’étranger ou l’aide à la traduction de travaux de recherche en français vers d’autres langues. Les candidatures sont ensuite examinées par le Conseil scientifique qui sélectionne les projets lauréats.

Si ces opérations de soutien, qui reposent sur des financements spécifiques, constituent une partie importante de l’activité de l’Institut du Genre, ce n’est pas la seule manière de collaborer. Le GIS Institut du Genre œuvre en effet tout autant pour permettre la plus grande visibilité possible aux travaux et événements scientifiques qui portent sur le genre et les sexualités en France. Il est donc possible de demander une labellisation d’une manifestation par l’Institut du Genre. Cette labellisation, outre d’apporter une caution scientifique, va aussi de pair avec la communication par les canaux spécifiques de l’Institut du Genre – site Internet, newsletter mensuelle, réseaux sociaux. Nous avons en effet comme mission d’être la plateforme de référence centralisant toutes les actualités et informations dans le domaine des études sur le genre et sur les sexualités : publications, appels, postes, événements, revues, associations, etc. Il ne faut donc pas hésiter à nous faire remonter toutes les informations pertinentes, qui sont ensuite diffusées dans l’ensemble de notre réseau. C’est l’ensemble de la communauté qui nourrit ces ressources et fait vivre le GIS !

Enfin, l’Institut du Genre organise tous les quatre ans, donc une fois par mandature, un grand Congrès international, moment fort de réflexions et d’échanges qui est l’occasion de réunir les chercheur·es du monde entier. Le 3e Congrès « No(s) Futur(s). Genre : Bouleversements, utopies, impatiences » s’est tenu du 4 au 7 juillet 2023, en partenariat avec l’Université Toulouse Jean Jaurès. Le Congrès a réuni près de 750 participantes et participants, avec une représentation très forte de la jeune recherche – et de nombreux collègues de la Sorbonne Nouvelle. Un Congrès, c’est des conférences plénières et tables rondes, plus de cent ateliers parallèles, une programmation culturelle, des stands associatifs et éditoriaux, des moments festifs. Une des expositions présentées à Toulouse, qui revient sur l’histoire des principales revues féministes du champ mais aussi sur l’avenir de nos revues, est actuellement visible à L’Humathèque du Campus Condorcet jusqu’au 15 mars.

Quel rayonnement international pour l'Institut du Genre ? 

Une des missions de l’Institut du Genre est clairement de favoriser l’interconnaissance ainsi que les circulations et mobilités à l’international – raison pour laquelle nous disposons d’un Conseil scientifique élargi à l’international. Pour cela nous mettons en place des dispositifs et actions spécifiques. Nous avons créé une « Chaire Genre » qui prévoit l’accueil de collègues en poste à l’étranger dans les établissements et organismes partenaires de notre réseau. Ces collègues peuvent ainsi établir des collaborations étroites avec les équipes d’accueil, proposer des échanges avec les collègues, assurer des séances de séminaires ou des Masterclass à l’attention des étudiant·es. La Chaire prévoit également qu’une conférence assurée par le ou la collègue lauréat·e est filmée et diffusée sur notre site dans le cadre des rencontres scientifiques « Les Jeudis du Genre ». De même nous accueillons aussi ponctuellement des collègues de l’étranger venant faire des recherches en France dans le domaine du genre et des sexualités dans le cadre de « résidences scientifiques ».

L’Institut du Genre finance des mobilités pour la jeune recherche (doctorant·es et post-doc) pour des missions longues (3 à 6 mois). On sait à quel point il est nécessaire de pouvoir aller dépouiller des archives, faire du terrain, mener des entretiens, faire des recherches en bibliothèque dans le cadre de nos recherches, mais aussi que c’est souvent difficile à monter notamment d’un point de vue financier. Au vu du nombre de candidatures soumises chaque année, cet appel répond clairement à un besoin important et il est essentiel que l’Institut du Genre puisse ainsi aider à ce que ces recherches soient menées dans de bonnes conditions. Pour les collègues titulaires, il existe un financement spécifique d’aide à la traduction, de manière à ce que les travaux rédigés en langue française puissent également être accessibles dans d’autres langues et ainsi contribuer au rayonnement et à la diffusion internationale des recherches.

Enfin, nous organisons un séminaire international, webinaire mis en place en partenariat avec les correspondant·es internationaux·ales de l’Institut du Genre (UMIFRE et IRD), pour débattre des thématiques d’actualité et les questionner dans une perspective transnationale. La dernière séance du 22 février 2024, organisée à l’appui du numéro 168 de la revue Politique africaine qui vient de paraître en 2024, porte sur les « anti-genre » en Afrique. Les séances sont ouvertes à toutes et tous.

  • Quels projets souhaitez-vous mettre en œuvre en 2024 ? 

Parmi les nombreux projets de l’Institut du Genre pour 2024, je voudrais en mentionner deux qui nous tiennent particulièrement à cœur.

Tout d’abord, nous lançons des opérations conjointes avec d’autres GIS, en particulier trois des GIS en études aréales, le GIS études africaines en France, le GIS Moyen-Orient et mondes musulmans et le GIS Asie, dirigé d’ailleurs par un collègue de la Sorbonne Nouvelle, Nicolas Dejenne. Cela prendra en particulier la forme d’une journée de réflexion commune en septembre 2024 à la Maison de la recherche de l’Inalco, qui permettra de mettre en lumière les convergences et impulser les croisements. Nous sommes aussi actuellement en négociation pour monter un partenariat institutionnel favorisant la coopération entre les établissements de l’ESR et les écoles du réseau ESC, dépendant du Ministère de la Culture, de manière à élargir notre champ d’action et inclure toutes les formes de recherche (comme la recherche-création ou la recherche-action).

Le deuxième projet est le lancement de la deuxième saison de notre podcast en libre accès « Faire Genre », coproduit avec Binge Audio. Comme la première saison, produite grâce au soutien d’un mécène, chaque épisode de la saison 2, toujours animé par la journaliste Laurène Daycard, donnera la parole à un chercheur ou une chercheuse de notre réseau pour exposer ses travaux et revenir sur les questions qui traversent la société en lien avec le genre et les sexualités. Face à une offre riche, signe du reste du succès et de l’importance d’un tel medium, notamment pour les plus jeunes générations et le grand public, nous avons fait le choix de centrer chaque épisode du podcast sur un des concepts ou une des notions clés de notre domaine (binarité, patriarcat, féminisme, hétéronormativité, intersectionnalité, etc.). C’est une action dont nous sommes très fier·es, parce qu’il est centralement de notre responsabilité de rendre accessibles les résultats des recherches et les réflexions les plus pointues à la plus large audience. La programmation est guidée par le souci de rendre compte de la diversité des recherches – des terrains, des enjeux, des approches – comme de la communauté : nous sommes particulièrement vigilant·es à faire entendre des intervenant·es provenant d’institutions différentes, de générations différentes, de disciplines différentes. Les audiences de la première saison ont été très bonnes tout comme les retours des auditeur·ices très varié·es. Les épisodes du podcast sont aussi d’excellentes ressources pour les enseignements et les formations. Bref, nous sommes impatient·es de faire découvrir les six nouveaux épisodes à partir du printemps !

  • Avez-vous des dispositifs qui s’adressent plus particulièrement aux étudiantes et étudiants ?

L’attention à la jeune recherche, très nombreuse et active comme l’a une nouvelle fois démontré le 3e Congrès de l’Institut du Genre de juillet 2023, est une priorité de notre action. Nous disposons de plusieurs dispositifs de soutien à la jeune recherche et de valorisation de ses travaux qui rencontrent un succès témoignant de l’utilité de ces programmes.

Les actions de soutien comprennent le financement des mobilités internationales que j’ai mentionné plus haut, ainsi que le soutien à l’organisation d’écoles d’été. Reposant sur un effort budgétaire conséquent, ces actions stratégiques demeurent indispensables, et même d’autant plus nécessaire dans le cas des mobilités, que nous sommes encore dans des années de rattrapage post-Covid. Suite à la demande récurrente de la part des (post-)doctorant·es eux- et elles-mêmes, nous sommes aussi en train de réfléchir à faire évoluer le dispositif des écoles d’été, de manière à que les propositions puissent émaner directement des jeunes chercheurs et chercheuses ; la réflexion porte également sur les meilleures modalités pour pouvoir élargir le dispositif, notamment à l’attention des mastérant·es.

L’Institut du Genre décerne ensuite deux Prix, l’un de Master, l’autre de Thèse. Nous récompensons chaque année 2 thèses de doctorat ainsi que 4 mémoires de Master dans le domaine. Ces prix, avec des candidatures toujours plus nombreuses et de très grande qualité, couvrant l’ensemble des disciplines en SHS et ALL, démontrent la richesse et de l’excellence des travaux issus de la jeune recherche sur le genre et les sexualités soutenus en France, ainsi que la vitalité du champ. Le Prix de Thèse, qui existe depuis 2012, est remis par une personnalité reconnue du monde scientifique (cette année c’est Geneviève Fraisse qui a accepté de le remettre) lors d’une cérémonie filmée et mise en ligne sur notre site et dans nos réseaux. En plus de la somme reçue par les lauréat·es, nous portons en effet une attention particulière à la valorisation de ces travaux et événements. Le Prix de Master, de création plus récente, donne lieu à une pré-sélection par les établissements ; les 4 lauréat·es représentent la diversité des formations et des partenaires où peuvent être développées des recherches sur le genre et les sexualités. Nous sommes actuellement en train de mettre en place là aussi une action spécifique de valorisation en nous appuyant sur la plateforme DUMAS.

  • Des étudiantes et étudiants de la Sorbonne Nouvelle ont-ils déjà été lauréats ?

Il existe à la Sorbonne Nouvelle une communauté dynamique et diverse travaillant dans le domaine du genre et des sexualités – comme l’a démontré récemment l’atelier « Genre » que j’ai eu la chance de co-animer avec Sarah Nancy lors des dernières Assises de la recherche de notre université à l’automne 2023. C’est en particulier le cas parmi la jeune recherche et la Sorbonne Nouvelle compte plusieurs lauréat·es à la fois des dispositifs de soutien (en particulier le financement des mobilités longues pour les doctorant·es et post-doc) et des deux Prix. Aurélie Griffin-Lentsch pour sa thèse en études anglophones (« L’Urania de Lady Mary Wroth (1587-1651) : une poétique de la mélancolie », et Audrey Lasserre, pour sa thèse en littérature et civilisation françaises (« Histoire d’une littérature en mouvement : textes, écrivaines et collectifs éditoriaux du Mouvement de libération des femmes en France (1970-1981) »), ont été récompensées du Prix de Thèse de l’Institut du Genre, respectivement en 2014 et en 2015. Lou Maréchal a quant à elle été lauréate du Prix de Master 2021, pour son mémoire en information-communication sur la féminisation du métier de guitariste électrique.

Bravo à elles ; et je ne doute pas que dans le futur des étudiant·es de la Sorbonne Nouvelle se verront de nouveau ainsi mis à l’honneur pour l’originalité et l’excellence de leurs travaux !


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mise à jour le 19 avril 2024