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Le « capitalisme dépendant » en Europe centrale et orientale : fondements théoriques et diversité des trajectoires nationales

le 8 avril 2016

Organisateurs : Violaine Delteil et Eric Magnin (Ladyss)
EA 2291 - Intégration et Coopération dans l'Espace Européen Etudes Européennes (ICEE)

Présentation
La transformation postsocialiste puis le processus d’intégration dans l’Union européenne ont conduit à s’interroger sur les modèles économiques émergents en Europe centrale et orientale à l’issue de ces grands changements institutionnels. Allait-on assister à l’émergence d’une nouvelle famille de capitalisme originale, marquée par l’héritage de l’ancien système socialiste, ou à une convergence vers différents types de capitalisme déjà recensés ? Depuis le début des années 1990, les travaux sur les formes du capitalisme émergent dans les nouveaux États membres, bien que limités initialement par la domination du paradigme de la « transition vers l’économie de marché », se sont multipliés et ont tenté de répondre à cette question. Plusieurs hypothèses ont vu le jour dans des cadres théoriques variés. La première a donné lieu à l’approche par « la variété des capitalismes » (VoC) de Hall et Soskice (2001). La seconde, s’inscrivant, en réponse critique au déterminisme et statisme de la première, s’est affirmée autour de la notion de « diversité des capitalismes ». Portée par Amable (2005), dans la lignée des travaux régulationnistes (Boyer), elle a trouvé des prolongements récents et des enrichissements analytiques, dans une série de travaux venant souligner la dimension « périphérique » ou « semi-périphérique » (Drahokoupil et Myant, 2011 ; Bohle et Greskovits, 2012) et la nature « dépendante » des capitalismes est-européens (King, 2007 ; Nölke et Vligenthart, 2009). L’hypothèse du « capitalisme dépendant » a de toute évidence gagné en intérêt et pertinence heuristique dans le contexte de la crise de 2008, cette dernière révélant les canaux transnationaux de diffusion des déséquilibres économiques et financiers, transitant notamment par les chainons de dépendance des économies est-européennes vis-à-vis de leurs homologues ouest-européennes (King, 2007 ; Nölke et Vligenthart, 2009 ; Drahokoupil et Myant, 2011). Construites sur des modèles économiques plus « extravertis », et dépendants de l’extérieur que leurs homologues ouest-européennes, les économies est-européennes ont ainsi confirmé leur forte exposition aux aléas des marchés internationaux (exportations), leur dépendance structurelle aux investissements directs étrangers (accentuée par la position subordonnée des filiales est-européennes dans les chaines de valeur), enfin et pour les économies les moins développées de la région, leur forte dépendance (parfois supérieure aux flux d’IDE) aux transferts monétaires découlant des migrations de travail et programmes d’assistance financière. Le colloque a pour ambition d’approfondir le concept de « capitalisme dépendant » dans deux directions. La première se veut théorique. Il s’agit de débattre autour d’un concept, qui prend sa source dans les travaux des années 1960-1970, centrés sur les théories de la dépendance dans les pays d’Amérique Latine (Frank, 1969 ; Evans, 1979 ; Bresser Pereira, 2009), dans un cadre marxiste à l’origine. La version actuelle de la dépendance, dans les économies est-européennes, s’inscrit dans le cadre d’approches institutionnalistes, VoC, diversité des capitalismes, etc. Le renouvellement du concept a-t-il conduit à abandonner toute référence au marxisme ? Dans quelle mesure permet t-il de penser à nouveaux frais la question des hiérarchies entre nations à l’heure de la mondialisation et celle de l’intégration européenne ? Comment le concept permet-il d’articuler les dimensions nationales et transnationales qui président de manière complémentaire et parfois contradictoire à l’insertion des économies dans la mondialisation ? Dans quelle mesure, gagne t-il à articuler ensemble les approches macro-institutionnelles qui viennent éclairer les processus de dépendance d’un côté et de l’autre les approches micro-politiques (notamment dans le sillage d’A. Ferner) qui mettent également en lumière les résistances des acteurs (notamment au sein des filiales des FMN, mais aussi des acteurs publics) aux dépendances hiérarchiques et institutionnelles ? La deuxième est plus empirique et renvoie à l’analyse comparative des capitalismes. Il s’agit de discuter de la fécondité du concept de « capitalisme dépendant » pour analyser de manière comparée les expériences nationales, et souligner la diversité des formes institutionnelles qui les conditionnent (régime monétaire, insertion dans les échanges internationaux, rapport salarial, système social et fiscal…). Il s’agit aussi d’élargir le champ de la comparaison des « capitalismes dépendants », jusque là surtout centré sur les pays d’Europe du centre-est (groupe de Visegrad), pour intégrer les pays balkaniques, membres de l’Union européenne mais aussi non-membres (Balkans occidentaux), dont les modalités et canaux de dépendance révèlent des idiosyncrasies et déclinaisons originales.


Type :
Colloque / Journée d'études

mise à jour le 15 mars 2016