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La littérature mondiale et le (très) long XIXe siècle : Globalisation, Universalisation, Anthropologisation de la littérature?

le 27 octobre 2017

Contact : celine.trautmann-waller@univ-paris3.fr

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Présentation


On situe généralement autour de 1800 la naissance de la notion de littérature mondiale (Weltliteratur) associée à un ensemble de productions et de pratiques plus ou moins lié à l’héritage du cosmopolitisme des Lumières. Aujourd’hui les nouvelles avancées de ce qu’on nomme globalisation incitent à réexaminer ces théories anciennes, voire à renouer avec elles. Entre les deux, le XIXe siècle se trouve comme « écrasé », ne serait-ce qu’à cause de l’ombre portée du colonialisme.

Erhard Schüttpelz a pourtant proposé de manière un peu provocante la thèse que les attentes par rapport à une littérature mondiale (weltliterarische Erwartung) n’ont jamais été aussi fortes qu’au XIXe siècle (Erhard Schüttpelz, Die Moderne im Spiegel des Primitiven. Weltliteratur und Ethnologie (1870-1960), 2005). La très grande mobilité de textes littéraires à l’échelle mondiale, la rencontre partielle entre modernité ethnologique et modernité littéraire et la remise en cause de l’ethnocentrisme auraient provoqué, tout particulièrement entre 1870 et 1960, une modification des frontières de la littérature et une inquiétude (Beunruhigung) par rapport à la notion elle-même, notamment en ce qui concerne les limites entre oralité et écriture. Depuis lors, le cercle de ce que nous entendons par « littérature » se serait considérablement rétréci, y compris dans le domaine des études post-coloniales. 

S’il est vrai que le XIXe siècle constitue une « transformation du monde » à l’échelle globale (Jürgen Osterhammel, Die Verwandlung der Welt. Eine Geschichte des 19. Jahrhunderts, 2010), qu’est-ce que cela signifie pour la littérature ? Les bouleversements introduits par de nouveaux moyens de transport, une mobilité accrue des personnes, des objets et des textes, de nouveaux médias seraient-ils restés sans effet sur elle ? Ou faut-il penser que ce que certains chercheurs analysent comme un élargissement de la perception du monde au XIXe siècle, voire une « globalisation de la conscience » (Kerstin Stüssel et Michael Neumann (éds.), des mêmes, Weltverkehr. Zur Globalisierung des Bewusstseins im späten 19. Jahrhundert, en preparation) ne resta pas sans conséquence pour la pratique et la théorie littéraires qui, loin de subir seulement ces bouleversements, y auraient à vrai dire contribué à leur manière depuis le début ?

On parle parfois d’une « globalisation de la littérature » au XIXe siècle, au sens où d’un côté les Européens se passionnent pour les littératures étrangères, où de l’autre les auteurs canoniques européens commencent à être lus dans le monde entier, où le genre du roman est approprié par des cultures auxquelles il était étranger jusque-là, ou encore que certaines langues (le français, l’anglais) s’imposent dans une bonne partie du monde comme langues littéraires, mais on ne saurait se contenter d’une perspective unilatérale et considérer que le sujet de ces processus, qu’ils soient de réception ou de diffusion, est essentiellement l’Europe. Parallèlement le fait que la littérature soit envisagée de plus en plus comme le propre de l’humanité dans son ensemble, modifie les conditions de sa pratique et de son étude.

Ainsi les bouleversements de l’époque conduisent tout d’abord à un élargissement du corpus littéraire, qu’on peut interpréter comme une tentative d’universalisation de la philologie. Les recherches ethnologiques contribuent à rapprocher mythes, contes et légendes de peuples extra-européens qualifiés d’ « orientaux » ou de « primitifs » (ou de certains peuples européens jugés eux-mêmes comme « primitifs »), des textes du patrimoine littéraire européen ; elles donnent lieu à des recherches sur les survivances et les archétypes, que ce soit dans une approche comparatiste ou non, et inspirent aussi les écrivains de différentes manières. C’est tout un ensemble de pratiques et de productions qui se voit désormais subsumé sous la notion de littérature, cette dernière étant conçue comme une donnée anthropologique. Deuxièmement, cette universalisation implique une redéfinition de la littérarité, un changement de nature qui passe par des interrogations et des recherches sur l’origine et la fonction de la littérature. De nouvelles approches et de nouvelles méthodes se développent durant la deuxième moitié du XIXe siècle dans le domaine des études littéraires, prônant généralement la « scientificité » et participant à la genèse de la sociologie, de la psychologie et de la psychanalyse ou interagissant avec ces dernières. Elles posent tantôt la question d’une spécificité européenne ou occidentale des modes de production et de réception de la littérature, non pas en en faisant une norme mais comme un phénomène historiquement situé, digne d’être lui-même analysé avec une méthode « ethnologique » ; tantôt celle de la littérature comme langue universelle, transcendant toutes les frontières linguistiques et culturelles, et de la littérarité comme potentialité inscrite dans le langage-même. Enfin, troisièmement, une certaine idée de la littérature mondiale implique ainsi des formes de réciprocité, voire ce que Schüttpelz appelle une réversibilité de l’ethnologie, une rencontre avec l’ « expérience autre de l’altérité » (fremde Fremderfahrung).

Ce qui nous intéresse tout particulièrement ici c’est le lien entre l’ensemble de ces processus.

 

 

Type :
Colloque / Journée d'études
Lieu(x) :
Maison de la Recherche de la Sorbonne Nouvelle - Paris 3    Plan d'accès
4 rue des Irlandais
75005 PARIS

Salle Claude Simon

mise à jour le 23 octobre 2017