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Projet d'établissement

Contemporanéités des littératures (2022/2025)

Structure(s) de rattachement :
Projets Établissement

Composition de l'équipe


Présentation

On évoque souvent les « retards » avec lesquels les textes, littéraires ou critiques, sont traduits, en les regrettant, de façon axiologique, en les expliquant, de façon historique (tel le délai avec lequel les textes majeurs des postcolonial studies ont été traduits en français). Mais il reste à penser ces décalages, ces discordances, comme des données de la temporalité littéraire et particulièrement des modernités littéraires dont Dilip Parameshwar Gaonkar (2001) a mis en lumière la dimension « alternative ». Reprenant une réflexion engagée déjà en divers lieux, en sciences sociales (dans la revue Temporalités), en histoire de l’art (v. les travaux de Louis Marin sur les « co-temporalités »), et, dans une perspective plus clairement littéraire, par les volumes Qu’est-ce que le contemporain ? (dir. Lionel Ruffel, 2010) ou Anachronismes créateurs (dir. Alain Montandon et Saulo Neiva, 2018) ainsi que dans des travaux antérieurs de membres du Centre d’études et de recherches comparatistes de la Sorbonne Nouvelle (Emmanuel Bouju, Tiphaine Samoyault), ce projet voudrait quant à lui mettre l’accent sur les contemporanéités construites par les échanges (principalement par les traductions, mais aussi par d’autres pratiques textuelles, comme par exemple les adaptations cinématographiques), notamment entre cultures littéraires européennes et extra-européennes. Bien souvent, en effet, les « contemporains » des littératures éloignées ne sont pas contemporains : l’Inde du XIXe siècle européen est antique, tandis que l’auteur le plus lu et
traduit dans l’Inde de la même période et qui joue jusqu’au début du XXe siècle, non sans paradoxe, un rôle décisif dans le développement du genre romanesque indien, est Shakespeare : « Nous aussi, nous nous tenons entre deux mondes », écrit un de ses traducteurs et critiques tamoul. Les jeunes gens de l’« école japonaise romantique » des années 1930 (Yojuro Yasuda) ont quant à eux pu faire de Friedrich Schlegel le porte-parole de leur rejet d’une littérature progressiste jugée basse et utilitaire.

Un tel projet prolonge les travaux accomplis dans un des champs les plus productifs de la littérature comparée, les études de réception (et notamment les travaux sur la réception d’une époque par une autre), en entreprenant d’en explorer l’impensé (relatif) : de fait, les études de réception, qui s’articulent en général de façon géographique et culturelle, ne s’arrêtent guère sur ces anachronismes, qui sont d’abord des simultanéités, où s’invente le
présent. En s’attachant aux productions, aux traductions, aux théorisations en quelques années (ou décennies)-clés et dans les différentes aires linguistiques étudiées par des membres de l’équipe et par des collègues invités ainsi que par des professionnels de la traduction, du théâtre et du cinéma, on ambitionne de redonner une profondeur aux circulations littéraires et à leur étude, en réinvestissant la structure temporelle de l’espace littéraire et en contribuant en même temps à la spatialisation des modes d’historicisation de la littérature telle qu’elle a pu être mise en œuvre dans French Global. A New Approach to Literary History (2010, sous la direction de Christie McDonald et Susan Suleiman).

Le projet a été retenu dans le cadre du projet d’établissement de la Sorbonne Nouvelle et courra sur trois ans, de 2022 à 2025. Parallèlement au séminaire, des journées d’étude sont prévues afin d’approfondir certains aspects de la réflexion.

mise à jour le 14 février 2024