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André Pézard en ses archives

du 5 décembre 2014 au 6 décembre 2014

 

Archives Nationales - Labex TransferS - Université Sorbonne Nouvelle

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Lieux
Vendredi 5 décembre , 9h00 : Archives nationales - Hotel de Rohan, Grande Antichambre, 87, rue Vieille du Temple - 75003 PARIS
Samedi 6 décembre, 9h00 : Université Sorbonne Nouvelle - Salle Bourjac - 75005 PARIS

 

Programme [PDF - 1 Mo]



Présentation

André Pézard, décédé en 1984, a profondément marqué les études et la réception de Dante Alighieri en France, particulièrement par sa traduction intégrale des œuvres de Dante en 1965 (La Pléiade). Cette traduction a la particularité d’adopter en langue cible une langue française en quelque sorte inédite, entre langue moderne et langue ancienne qui veut rendre compte au plus près du travail de Dante lui-même sur la langue toscane de son temps. Ce choix interroge aussi les possibilités de restituer une langue ancienne (vernaculaire médiéval ou latin) en langue contemporaine. Mais Pézard est aussi un témoin et un écrivain de la Première Guerre mondiale et en cela intéresse les historiens comme les  généticiens du texte littéraire. Il se trouve en effet que les archives conservées à l’IMEC  ont été transférées aux Archives Nationales et complétées par des papiers, carnets, brouillons d’inédits encore récemment conservés dans sa maison de Brantes. Ces très riches documents qui portent témoignage des processus de création aussi bien poétiques et fictionnels que scientifiques de Pézard  seront au centre des interventions de ce colloque et ce autour de trois champs d’analyses : le témoignage et la mise en récit de La Première Guerre ; la figure et la stature du « médiéviste » ; les enjeux et les problématiques de la traduction de l’ancien vers le contemporain, d’une langue à une autre. Il s’agit de susciter des travaux de recherche à partir de ces documents inédits au croisement de la génétique, de l’historiographie de la discipline médiéviste, des problématiques linguistiques et de la traduction.

Il naît d’une triple occasion, celle du trentième anniversaire de la mort d’A. Pézard, de sa participation active à la Grande Guerre dont nous célébrons le centenaire, de la réunion des archives de l’auteur aux Archives Nationales sous la responsabilité d’Elsa Marguin-Hamon.

Trois axes structureront la rencontre :

Le premier concerne les carnets, brouillons, écrits autobiographiques ayant présidé à l’écriture de Nous autres à Vauquois paru en 1918 et réédité en 1974. Philippe Lejeune (Paris XIII) organisera plus particulièrement ce moment car il travaille sur ces archives en relation avec l’ITEM ainsi qu’avec des chercheurs de l’université de Caen (MRSH) et (LASLAR)  qui ont commencé à étudier ces écrits de Pézard. Il s’agira d’élargir l’analyse à la question de la possibilité et des modalités du témoignage de guerre. Le croisement en l’occurrence de l’approche génétique et de l’approche historique permet de mesurer au plus près comment les mots, les images, les scénarios font du vécu tout à la fois une fiction et une reconstitution. Ce heurt avec l’impossibilité de dire exactement, de restituer l’expérience, se retrouve dans le travail du traducteur. Il n’est peut-être pas indifférent que Pézard ait affronté les deux tâches d’une manière aussi réfléchie et profonde.

Le second  axe concernera, en effet, la figure du médiéviste. Sur le modèle des études accomplies ces dernières années sur l’œuvre des fondateurs de la discipline médiéviste – Joseph Bédier et Gaston Paris particulièrement mais aussi Robert Guiette – nous voulons nous attacher à l’importance de Pézard dans les études sur Dante en France et sur son rôle de passeur entre la littérature ‘italienne’ médiévale (travaux aussi sur Pétrarque, Boccace…) et sa réception en France. Son travail constitue aussi un lien entre les spécialistes italiens et les spécialistes français, les ‘italianistes’ et les ‘francisants’ médiévistes. Dante n’a-t-il pas existé dans les études médiévales françaises (comme  référence, comme point de comparaison etc.) grâce à l’introduction qu’en a faite Pézard ?  Les clivages entre les littératures nationales ont peu de sens pour l’époque médiévale où les œuvres et les textes sont en constante circulation dans l’espace européen tandis qu’ils existent fortement dans l’ère de la modernité.  On sait cependant que la réception de Dante fut tardive et se fait jour à partir du XVe et au delà. Dante est donc compris dans un mouvement dit « pré-humaniste » qui décale son œuvre de plus d’un siècle. Les travaux de Pézard intéressent donc à la fois les médiévistes et les spécialistes de la Renaissance. Il s’agira d’en mesurer l’influence scientifique encore aujourd’hui, les dialogues qui se poursuivent avec ses propositions, le renouvellement des lectures de Dante.  

Le troisième axe concerne la traduction. Ce type d’étude est important dans les travaux de recherche actuels en particulier chez les comparatistes. Il paraît néanmoins déterminant d’analyser la « méthode Pézard » au delà des polémiques qui continuent à entourer son volume de La Pléiade. Pézard a inventé (comme Dante) une langue inexistante, un français faussement ancien et ce au service d’une précision extrême par rapport aux textes originaux (aussi bien latins que vernaculaires). Cette proposition tout à la fois poétique et théorique que constitue sa traduction continue d’interpeller tout nouveau traducteur de Dante comme une référence obligée contre laquelle et avec laquelle il faut  proposer (car que faire d’autre que de proposer ?) une nouvelle version. Jean-Charles Vegliante (CIRCE - Paris III), traducteur actuel de l’œuvre italienne de Dante en français, reprenant un tel projet après la traduction, entre autres, de Jacqueline Risset, dirigera ce volet de notre rencontre. M. Gally et Elsa Marguin s’intéresseront davantage aux écrits latins, en relation avec leur propre expérience.

Il s’agira non seulement de confronter des expériences, de mesurer des apories, de lister des « intraduisibles » mais encore de revenir là aussi aux écrits préparatoires de Pézard, à ses hésitations, ses repentirs, l’explication de ses choix de traduction, très souvent minutieusement analysés à l’aune des commentaires des savants italiens et de sa compréhension personnelle du texte et de ses sources. Le travail de traducteur de Pézard dessine à travers ses cahiers de brouillon une théorie de la traduction de l’ancien vers le contemporain, de la possibilité ou non de faire venir à soi, dans le présent mental et culturel des lecteurs, les œuvres passées. Nous souhaitons faire appel à des collègues, italiens et français, qui ont traduit Dante (dont les textes latins) dans leurs langues modernes respectives, mais aussi ouvrir la réflexion au témoignage de la traduction de Dante en différentes langues (russe, allemand etc.) au cœur d’autres éléments de « transferts », d’autres questions de normes de la langue d’arrivée et de ses registres, de la forme à adopter (métrique/prose etc.).

 

Type :
Colloque / Journée d'études

mise à jour le 21 novembre 2014