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Vœux 2017 du président Carle Bonafous-Murat

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Chers collègues et chers étudiants,

Soyez les bienvenus. Je vous remercie, toutes et tous, d’avoir accepté mon invitation et de votre présence. J’ai tenu, comme les années précédentes, à ce que les élus étudiants et les responsables d’associations y soient conviés. Je remercie également celles et ceux qui m’ont fait savoir qu’ils seraient dans l’impossibilité de participer à ce moment de convivialité.

Cette cérémonie des vœux est la troisième que j’ai le plaisir d’honorer en votre compagnie. Contrairement aux deux précédentes, je vais me concentrer sur le passé récent, et me projeter dans l’avenir à long terme.

Plus encore, je souhaite vous parler cette année du contexte international et national, parce qu’il me paraît impossible de ne pas en tenir compte afin de dresser le bilan des mois écoulés et de définir quelques perspectives d’avenir.

1. Je veux commencer par deux événements qui ont eu lieu hier. Le premier, c’est le débat organisé par des collègues du monde anglophone sur le nouveau visage de l’Amérique avec la mise en place de l’administration Trump.  Le second concerne un séminaire franco-mexicain réunissant une quarantaine de recteurs d’universités mexicaines venus en France pour développer les partenariats avec les établissements d’enseignement supérieur français, faire le point sur la mobilité étudiante, l’accord de reconnaissance réciproque de diplômes, ou les projets de recherche partagés.

Ce séminaire a été l’occasion à rappeler qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais de mur entre eux et nous, parce que la science est sans frontière.

C’est évidemment plus facile de dire cela lorsque l’on se trouve à des milliers de kilomètres, mais ce qui se passe aux Etats-Unis depuis l’investiture du Président Donald Trump est tout simplement révoltant et effrayant. En quelques heures, des universitaires et des étudiants de sept pays, un scientifique iranien ou une étudiante soudanaise par exemple, se sont vus refuser l’accès au territoire américain et ont été pour cela détenus par les services de l’immigration.

L’Association des universités européennes, l’EUA en anglais, a publié sur son site un communiqué demandant au Président de revenir sur son décret. A ma demande et celle de nombreux présidents, la CPU va faire de même. J’enverrai moi-même un message dans les prochaines heures, et je demanderai au service des relations internationales et européennes et à la sous-direction de la communication de suivre pour moi cette question.

Côté européen, nous savons désormais, après les annonces de la première ministre Theresa May que le Brexit sera dur. Il est évident que cette décision n’augure rien de bon, même si ses conséquences sur la coopération universitaire entre nos deux pays sont encore floues. L’université française aura un rôle à jouer pour entretenir les liens forts qui unissent nos communautés universitaires, notamment par l’intermédiaire de la Maison française d’Oxford en ce qui nous concerne. Nous devrons examiner attentivement les conséquences potentiellement néfastes du Brexit, particulièrement sur le programme Erasmus +. Nous sommes tous concernés par ce délitement de l’Europe, que les risques qui entourent l’élection présidentielle française de mai ne font qu’accroître.

Enfin, les blessures de 2015 et 2016 ne se sont pas refermées, comment pourraient-elles l’être ?

Guillaume le Dramp, cet étudiant du département d’études italiennes et roumaines de 33 ans qui préparait le CAPES et qui a perdu la vie, comme beaucoup d’étudiants et d’universitaires le 13 novembre 2015, demeure pour nous le souvenir vivant de cette folie meurtrière et de ces atteintes répétées à notre liberté. Grâce à la persévérance des étudiants de master de sa promotion, que je remercie, une bourse qui portera son nom va être instituée, permettant à une étudiante ou un étudiant en reprise d’études de bénéficier d’un soutien financier pendant un an, avec la participation de l’Institut culturel italien de Paris. Le service de FCP3, que je salue, mais aussi la CFVU et la DEVU seront associés à cette action, et je proposerai au conseil d’administration du 24 février prochain d’acter le principe de cette bourse, qui sera effective dès la prochaine rentrée.

Concernant encore l’Italie, j’étais il y a peu en compagnie du Vice-président chargé des relations internationales et européennes, Sébastien Velut, à la cérémonie de début d’année de l’université Sapienza de Rome, l’une des plus anciennes d’Europe, qui compte près de 110000 étudiants. Dans le bref discours que j’ai été invité à prononcer à cette occasion, j’ai non seulement insisté sur l’importance des liens entre nos deux universités, et plus généralement entre Rome et Paris, mais également décrit ma vision du futur des humanités, humanités numériques, humanités environnementales, humanités médicales, ou humanités tout court, sans lesquelles rien de durable, rien de nouveau ni rien de libre ne pourra se construire en Europe et dans le monde.

Toute mon action depuis deux ans, toute ma réflexion de ces derniers mois ont été motivées par cette perception et cette conscience d’un contexte, celui de l’enseignement supérieur et de la recherche en France comme en Europe et dans le monde, qui évolue désormais non seulement rapidement mais qui va influer sur le futur de la Sorbonne Nouvelle de façon durable et profonde.

La question pour moi est la suivante : quelle vision de l’avenir de notre université voulons-nous construire pour les 5, 10 et 20 ans à venir, tenant compte de nos ambitions, de nos atouts et de nos vulnérabilités, de nos moyens actuels et prévisibles, mais également, j’y insiste, du contexte en France, et particulièrement en Île de France ? C’est une question à la fois simple et très complexe, mais il est important que nous nous la posions maintenant.

2. Pour envisager un début de réponse à cette question avec un peu de sérénité, nous avons une certitude, c’est-à-dire la construction de notre futur campus à Nation, dont le démarrage aura lieu dans les tout prochains jours. Je sollicite avec insistance depuis plusieurs semaines le ministère pour qu’une cérémonie de pose de première pierre ait lieu à cette occasion.

Ce bâtiment abritera nos formations, les associations étudiantes, les personnels de bibliothèque, les équipes administratives des services centraux comme des composantes. La DBU, la DSIC, la DPIL et le service prévention ont énormément travaillé ces derniers mois pour finaliser les plans et permettre ainsi que le démarrage du chantier soit effectif, et même si nous devons encore en améliorer la conception sur les recommandations du CHSCT, nous pouvons avoir la certitude que nous y serons regroupés et mieux installés que nous ne le sommes aujourd’hui à Censier ou sur la plupart de nos différentes implantations actuelles.

Je profite de l’occasion qui m’est offerte pour saluer publiquement la Maire du 12ème arrondissement, Madame Catherine Baratti-Elbaz, avec laquelle partageons la volonté de faire de l’arrivée de la Sorbonne Nouvelle dans le 12ème arrondissement l’occasion de repenser les liens entre l’université et les habitants du quartier.

Nous avons la chance de bénéficier au CA de son expérience politique comme de son engagement en faveur des étudiants, comme nous avons la chance de bénéficier de l’apport de la Région, des organismes de recherche, en l’occurrence du CNRS, ou de représentants de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, ainsi que du monde socio-professionnel ou des entreprises.

Ces personnalités extérieures, comme on les appelle, nous offrent un éclairage différent sur nos projets pour l’avenir, qu’elles contribuent à soutenir, parfois à financer. Nous les avons choisies, et nous ne devons jamais perdre de vue que leur présence est un atout, et non un désavantage. Car ce sont aussi elles qui nous aident à mieux penser notre rôle d’université de service public dans la cité et dans le monde, dans un contexte qui est en pleine évolution, car c’est bien à cela que j’en reviens encore et toujours.

3. Ce contexte, je veux l’incarner en une date, celle du 20 janvier dernier.

Le vendredi 20 janvier, les Conseils d’administration des universités Paris Sorbonne (Paris 4) et Pierre et Marie Curie (Paris 6) votaient la fusion de leurs deux établissements. Le même jour, une motion votée au Conseil académique de l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 m’était adressée, demandant l’organisation d’élections anticipées aux conseils centraux dès le printemps 2017.

Ces deux événements ne sont évidemment pas liés, mais leur coïncidence a de quoi faire réfléchir. En prenant cette décision désormais irréversible, nos voisins et partenaires de la Sorbonne ont fait le choix de franchir une étape décisive sur la voie d’une nouvelle identité.

Dans un an, au 1er janvier 2018, Sorbonne Université sera créée. Dans 15 mois, selon toute probabilité, celle-ci obtiendra définitivement le label Initiative d’Excellence (IdEx), et les moyens considérables qui vont avec.

Où en sera la Sorbonne Nouvelle à ce moment-là ? Cette question n’a pas cessé de me préoccuper depuis le mois de mai et l’arrêt de l’IdEx USPC. Elle guide toutes mes actions et toute ma réflexion pour le futur de notre université.

Nous n’avons rien à envier à la Sorbonne, pas plus que celle-ci n’a de raison de se définir par rapport à nous. Depuis 1970, nos identités respectives se sont construites et développées sur des bases en partie différentes, en partie semblables. Loin de nous penser comme des concurrents, nous oeuvrons l’une et l’autre à améliorer les conditions d’étude et de réussite de nos étudiants, dans le but de préparer leur avenir.

La recherche à la Sorbonne Nouvelle est au meilleur niveau, nos formations sont attractives et le restent, en dépit du léger fléchissement des inscriptions que nous connaissons depuis deux ou trois ans. Notre reconnaissance à l’étranger est bonne, et malgré le contexte politique tendu nous continuons bon an mal an à accueillir un nombre considérable d’étudiants internationaux, particulièrement en doctorat.

C’est précisément parce que je sais que nous n’avons rien à envier à la Sorbonne que je souhaite que nous soyons partie prenante d’un projet qui nous permette d’assurer notre propre développement et notre propre transformation, et de retrouver si possible la label Initiative d’Excellence.

4. C’est pourquoi j’ai pris la décision dès mai 2016 d’engager l’université dans un processus de réflexion et de débat sur l’opportunité pour nous de participer au processus de création d’une nouvelle université, avec Paris Descartes (Paris 5) et Paris Diderot (Paris 7), et, je l’espère, avec Paris 13 à terme.

Le projet qui en a résulté, qui n’est qu’un projet à ce stade, trace les grandes lignes de ce que pourrait être ce nouvel ensemble. Il n’a pour l’heure pas convaincu, c’est une évidence, mais j’ai la certitude que si nous nous en étions tenus à l’écart d’emblée, cette opportunité ne nous aurait pas été redonnée. Nous avons désormais un peu plus d’un an pour savoir si nous voulons vraiment en être partie prenante, ou non.

Le Conseil d’administration a, en la circonstance, pleinement joué son rôle délibératif et d’orientation stratégique, en ce qu’il a laissé ouverte une alternative pour l’avenir. Rien de plus, rien de moins. Mais il aurait été inconcevable à mes yeux qu’il renonce à se prononcer après que le Comité technique et que le Conseil académique eurent rendu leur avis. C’est la logique même des institutions universitaires. Je l’ai dit le 16 décembre, et je l’ai redit vendredi dernier lorsque le Conseil d’administration a reçu une délégation représentant les étudiants et les personnels qui s’étaient rassemblés pour manifester avant le début de la séance.

Je ne minimise aucunement la fracture que cela crée au sein de l’université, et qu’il va falloir maintenant résorber à tout prix. Il y va de notre avenir collectif et de notre cohésion. Les personnes de la liste sur laquelle j’ai été élu ont tous conscience que notre profession de foi ne prévoyait pas de fusion.

C’est pourquoi ils se sont engagés, comme moi, à démissionner collectivement avant les élections qui auront lieu dans les premiers mois de l’année 2018, lorsque le projet de fondation d’une nouvelle université aura été finalisé, et se traduira dans un projet de statuts. Des élections aux conseils centraux auront alors lieu, et il reviendra au nouveau Conseil d’administration de délibérer sur l’engagement à la fusion, ou non.

C’est aussi la raison pour laquelle, très concrètement, durant les deux prochains mois, j’organiserai des rencontres, autour de l’équipe présidentielle, avec les directeurs de composantes, UFR, IHEAL, ESIT, écoles doctorales et unités de recherche. Je solliciterai des réunions avec les conseils de gestion de ces entités et des départements, et la désignation du nouveau bureau de l’université après les élections des représentants étudiants sera l’occasion d’organiser un débat entre les deux conseils centraux autour de notre projet pour l’avenir. Et je veillerai à ce que des assemblées générales permettent de faire un point régulier sur l’avancée des réflexions, des travaux et des actions entreprises.

5. Alors, oui, où en sera la Sorbonne Nouvelle dans un an, mais aussi dans deux, cinq, dix ou vingt ans ?

Dans quelques mois, nous serons plus que jamais à la Maison de la Recherche, et dans quelques années à Nation. Nous serons aussi, à travers l’IHEAL, le CREDA, l’Institut des Amériques et la Bibliothèque Pierre Mombeig, à Condorcet. Et nous serons encore à la Sorbonne, ainsi que, je l’espère et ferai tout pour cela, à l’Institut du Monde Anglophone.

Ces quatre points sur la carte de Paris et du Grand Paris – montagne Sainte-Geneviève, Sorbonne, Condorcet, Nation commencent pour certains seulement à se matérialiser. Pour d’autres, ils sont le fruit de notre passé commun.

J’ai conscience de cet héritage commun et de la spécificité de notre identité. Mais je sais également que nous devons regarder l’avenir en face. Pourrons-nous rester seuls ? Nous avons pour cela des atouts indiscutables. Mais nous avons aussi des vulnérabilités, et le cap que nous devrons franchir pour être en mesure de répondre aux défis que nous pose la réorganisation désormais très rapide de l’ESR français, il faut nous donner les moyens de l’aborder collectivement. Ce n’est pas du déclinisme, c’est de la lucidité.

Donc, ces 4 points sur la carte, pris séparément, sont, quoi qu’il arrive, nos garanties pour le futur. Il nous appartient désormais de choisir collectivement quel chemin nous voulons tracer pour les relier entre eux, avec quels partenaires, et plus encore avec quels moyens. Le choix est pour moi clair. Je compte bien travailler, de toutes mes forces, à aider l’université à franchir ce cap, et à accomplir cette transformation.

 

mise à jour le 1 février 2017