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Une matinée de travail chez Pascal Quignard

le 1 avril 2011

(c) Sorbonne Nouvelle / E. Prieto Gabriel

C'était entendu. Nous ferions des photos chez lui. Nous avons pris rendez-vous pour le 25 février. Pascal Quignard nous a reçu avec sa simplicité généreuse, après - lui qui commence les jours à l'aube - des heures studieuses déjà. Sourire, regard bleu accueillant à l'intrusion. Nous étions trois : j'étais accompagnée d'Eugenio Prieto, le Photographe de l'Université, et  de Lucas Faugère qui prépare un Master de recherche avec moi sur les rapports littérature-photographies.

Il s'agissait de réunir les éléments iconographiques pour un cahier de reproductions de manuscrits et de dessins de l'écrivain, ainsi que des peintures de ses amis et des livres faits en collaboration avec eux. « Et tout ce que tu voudras », m'avait dit Pascal, « aussi la lettre de Valerio Adami que je garde pour toi !»

Nous préparons en effet la publication aux PSN des Actes du colloque Pascal Quignard au large des arts ou La littérature démembrée par les muses qui s'est tenu l'an dernier en Sorbonne (17-18-19 juin 2010, directeurs : Mireille Calle-Gruber, Gilles Declercq, Stella Spriet, comité d'organisation de doctorants : Sarah-Anaïs Crevier Goulet, Lucas Faugère, Anaïs Frantz, Elsa Polverel,), à l'occasion du 40ème anniversaire de Paris 3. Colloque qui faisait se rencontrer universitaires, écrivains et artistes, et auquel Pascal Quignard avait intensément participé : dialoguant en public avec les peintres Valerio Adami, Marie Morel, Pierre Skira ; le compositeur Michaël Levinas ; l'écrivain-metteur en scène Valère Novarina ; les poètes Alain Veinstein et Danielle Cohen-Levinas. Il avait fait également une lecture, ponctuée de musique par l'ensemble Camera Sei ; et rencontré Jordi Savall qu'il avait connu lors du tournage de Tous les matins du monde avec Alain Corneau. Jordi nous offrit une leçon de viole de gambe avant son concert qui fit entendre les Pleurs de Sainte-Colombe et les partitions de Marin Marais dans l'Amphithéâtre Louis Liard.

Ainsi cet écrivain si singulier aux multiples facettes nous donnait-il la chance de rencontres inattendues avec les arts. C'est dire la richesse d'un colloque « pas comme les autres » où la création et la pensée se relancent, réciproquement hospitalières. Il importait à présent que la publication des Actes en rende compte. D'où notre matinée de travail chez Pascal Quignard.

Eugenio Prieto a apporté du matériel prévoyant tous les cas de  figure. Heureusement. Car si l'entrée de l'immeuble donne sur une rue passante, l'appartement reçoit largement la lumière d'un jardin arboré encore sans feuillage. Blancheur du sol et des murs. Eugenio, assisté de Lucas, improvise un « studio de pose » dans le couloir intérieur, projecteurs, chevalet de fortune, où il prend chaque document un à un. Pascal a détaché les tableaux des murs : ses portraits par Adami, les tondos de Skira, les gravures de Cordesse, les peintures de Rustin. Il a préparé les manuscrits de Tous les matins du monde, les pages de L'Amour conjugal et, le plus émouvant à mes yeux, le petit carnet quadrillé de la traduction manuscrite qu'il fit de Lycophron en 1969 et 1970. Autant de trésors dont nous avions pu avoir un avant-goût lors de l'exposition de la Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet pendant le colloque.

Il a aussi décidé de rehausser les Actes du colloque en nous confiant la publication conjointe du manuscrit complet de Boutès : un fac-similé accompagné des commentaires inédits de l'auteur et d'analyses d'Irène Fenoglio (directeur de recherche CNRS/ITEM, participante du colloque). Irène nous rejoint bientôt, apportant ce cadeau extraordinaire car Pascal Quignard n'a jusqu'ici jamais publié ses manuscrits.

Ce matin-là, il est d'une patience inépuisable, et nos photographes non moins. L'après-midi est fort avancé lorsque nous partons déjeuner tous ensemble. Auparavant, Pascal nous fait écouter un insolite morceau de Beethoven qui a accompagné l'écriture de Boutès. « Chaque livre a son motif musical », confie-t-il. 

« Tantôt nous rêvons, tantôt nous veillons ! », écrivait Valéry à propos des qualités de ce qu'il nomme « le sport intellectuel » (Bilan de l'intelligence, 1935). Ce matin-là, avec Pascal Quignard, nous avons fait et l'un et l'autre. On ne peut que se souhaiter la grâce de ce sport-là !

Mireille Calle-Gruber
Directrice du Centre de Recherches en Études féminines & Genres / Littératures francophones
EA 4400 « Écritures de la Modernité »

Découvrez les reportages photo d'Eugenio Prieto

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Présentation de deux ouvrages édités par les Presses de la Sorbonne Nouvelle

 


Type :
Portrait

mise à jour le 24 mai 2012