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Understanding Wellbeing: Representations, Discourse and Policy / Pour une meilleure compréhension de la notion de bien-être : représentations, discours et politiques

du 18 novembre 2016 au 19 novembre 2016

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Organisatrices : Catherine Coron et Louise Dalingwater
EA 4399 - Center for Research on the English-Speaking World (CREW)

Présentation

Les journées d’étude organisées en 2014 à l’université de la Sorbonne Nouvelle ont mis en évidence la richesse du concept de bien-être en termes de littérature scientifique et d’intérêt politique. Elles ont néanmoins souligné les multiples facettes, le caractère parfois un peu flou et certains manques dans la définition de ce concept, malgré les tentatives des chercheurs et des responsables politiques d’explorer la nature et les facteurs déterminants du bien-être. De nombreux articles traitant de cette notion font référence à d’autres concepts tels que le bonheur ou la « durabilité économique, sociale et environnementale » (Layard 2006, Scott 2012). C’est dans le domaine de la psychologie que le concept de bien-être a été étudié scientifiquement à l’origine. Aujourd’hui, la frontière entre les deux disciplines, psychologie et économie, semble s’être estompée. On peut ainsi constater que la science économique s’intéresse désormais au comportement humain avec le développement de la « macroéconomie comportementale » (George Alerlov qui reçut le Prix Nobel d’économie en 2001). En 2002, le Prix Nobel d’économie fut même attribué à deux psychologues : Daniel Kahneman « pour avoir intégré des connaissances issues de la recherche en psychologie dans le domaine de la science économique, plus particulièrement relatives au jugement et à la prise de décision humaine dans un contexte d’incertitude », et Vernon L. Smith « pour avoir établi les expériences de laboratoire comme des instruments empiriques de l’analyse économique, plus spécialement dans l’étude des mécanismes de marché alternatifs » Dans une perspective historique et philosophique cependant, le bien-être provient du concept de bonheur, les grecs anciens faisant uniquement référence au bonheur. Aristote distinguait deux types différents : le bonheur eudémoniste, qui se réfère au bonheur vrai que l’on acquiert en menant une vie vertueuse et en faisant ce qui est bien. Il envisage la réalisation du potentiel humain comme un but ultime. Et le bonheur hédoniste, provenant du simple plaisir et de la satisfaction personnels (A Brunon-Ernst, 2014). Il semble que la notion de « bien-être », en tant que telle, soit apparue récemment comme un concept plutôt moderne que l’on ne pouvait envisager avant la période des Lumières, où la révolution française, puis américaine ont hissé la « recherche du bonheur » au statut de droit inaliénable en 1776. La même année, Jeremy Bentham parlait du bonheur comme d’un outil de mesure du bien-être sociétal afin de promouvoir l’utilité ou « le plus grand bonheur pour le plus grand nombre ». La recherche récente sur le bien-être s’est centrée sur le bien-être subjectif qui, dans le domaine de la science économique, est proche de « l’utilitarisme délibératif » de John Stuart Mill : ce que les gens pensent et ressentent de leur vie. En effet, Mill rejetait l’hédonisme et défendait le bonheur humain consistant en l’exercice des capacités rationnelles de chacun. L’accent mis sur le bien-être « délibératif » est apparu après la publication de l’étude de 2009 demandée par le président Nicolas Sarkozy et dirigée par les économistes Amartya Sen, Joseph Stiglitz et Jean-Paul Fitoussi. Elle avait pour objectif de trouver des alternatives à la seule prise en compte de la croissance du PIB. L’Organisation pour la Coopération et le Développement Économique (OCDE) a pris en compte les recommandations du rapport et publié un tableau de bord des indicateurs permettant de mesurer à la fois le bien-être objectif et subjectif. Dans le même esprit, en 2010, le premier ministre David Cameron a chargé l’organisme national responsable des statistiques au Royaume-Uni, l’ONS, de créer un « index du bonheur au Royaume-Uni », dans le cadre du projet sur le bien-être financé à hauteur de 2 millions de livres par année. Les documents de l’ONS considèrent ce type de bien-être subjectif comme une mesure permettant l’évaluation, privilégiée par rapport aux normes hédonistes dans les enquêtes gouvernementales et non-gouvernementales mais approuvées, au Royaume-Uni (ONS 2010, 2012, 016). De récentes études considèrent aussi que le bien-être « est doté de trois caractéristiques principales : la dimension matérielle qui met l’accent sur le bien-être matériel et le niveau de vie, la dimension relationnelle qui privilégie les relations personnelles et sociales, et la dimension subjective qui accorde de l’importance aux valeurs et aux perceptions. Toutes les trois sont interdépendantes et leurs frontières très largement fluides » (McGregor, 2007; Sumner and Mallett, 2013)”. Cependant, l’accent mis sur le bien-être subjectif et, en particulier, sur « l’utilitarisme délibératif » nous éloigne des questions plus objectives liées aux inégalités ou à la protection sociale (Blanchflower, 2009; Gadrey, 2012). En effet, les récentes mesures du bien-être au Royaume-Uni ne prennent pas en compte les inégalités structurelles ou les relations sociales entre les communautés, qui constituent également des moteurs essentiels du bien-être. En outre, la signification du bien-être subjectif se rapproche de celle de l’utilité économique, car elle traite de « l’avantage personnel retiré par un individu d’une interaction particulière ou d’un comportement particulier ». Cela correspond au modèle néo-libéral britannique caractérisé par une approche fondée sur les mécanismes du marché, un niveau élevé de prise de risque, la primauté accordée à l’individualisme et un bas niveau de dé-marchandisation (Esping-Andersen, 1990; Soskice and Hall, 2001; Catherine Coron, 2016). La résurgence du laissez-faire du libéralisme économique du XIXe siècle représente donc une clé permettant une meilleure compréhension du contexte actuel de la notion de bien-être, en favorisant moins la protection sociale d’une façon générale et en se préoccupant davantage de mesurer le bien-être individuel (Scott, 2012; Eichorn, 2013). L’enthousiasme pour la mesure du bien-être ne semble toutefois pas être partagé par les États-Unis, où le modèle néo-libéral constitue également un cadre essentiel du paysage économique, politique et social. En effet, ceux qui étaient à l’origine de la promotion de la mesure du bien-être (Miringoff, 1999; Kahneman & Krueger, 2006; Gallup, 2008-2016) ont eu du mal à convaincre les agences, les législateurs et le public qu’il serait utile de recueillir et d’analyser des données sur le bien-être subjectif afin de pouvoir guider les politiques publiques. C’est assez surprenant pour un pays dont la déclaration d’indépendance mentionne clairement que la recherche du bonheur constitue l’un des droits inaliénables de ses citoyens. Il est fort probable que les études montrant que la motivation pour la recherche du bonheur ne se traduisait pas par davantage de bien-être pour les américains, ont refroidi l’enthousiasme à dépasser le taux de croissance du PIB, et à mesurer le bien-être dans ce pays (Easterlin, 1974; Lane, 2000; Frey and Stutzer, 2002; Shah and Marks, 2004, Pauwels, 2016).

Cependant, après un examen attentif, le bien-être représente bien une caractéristique principale permettant de définir les politiques publiques aux États-Unis tout comme au Royaume-Uni, et aussi dans beaucoup d’autres nations anglophones au sein d’une grande diversité de cadres économiques et sociaux. Ce colloque a donc pour objectif de tenter de dépasser les complexités en matière de définition et d’explorer comment les représentations passées et actuelles du bien-être dans la littérature et les discours politiques du monde anglophone afin de promouvoir des programmes économiques et sociaux spécifiques et/ou des politiques sociales. Nous serions très heureux de recevoir des articles traitant des questions suivantes :

• Les représentations historiques du bien-être faisant la promotion de politiques publiques et leur mise en œuvre

• La représentation du bien-être dans la littérature anglaise et son impact sur la société et l’économie.

• Le discours politique contemporain sur le bien-être dans la conduite des politiques.

• Le discours sur le bien-être et les politiques mises œuvre dans les différents contextes sociaux et économiques : les politiques en matière d’éducation et leur mise en pratique, les systèmes et les services de santé, les réformes du marché du travail, le développement durable et l’environnement, les politiques publiques au niveau régional,…

 


Type :
Colloque / Journée d'études

mise à jour le 8 novembre 2016