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Traduire les sens en littérature pour la jeunesse

du 13 octobre 2017 au 14 octobre 2017

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Organisateur : Bruno Poncharal

Programme [PDF - 1 Mo]
 

Présentation : Ce n’est pas un hasard si ce précurseur de l’album moderne qu’est l’Orbis Sensualium Pictus (1658) de l’éducateur tchèque Coménius établit un parallèle entre le plaisir physique découlant de la relation que l’enfant entretient avec le livre par le biais du sens de la vue et son rapport au monde environnant. Cet ancêtre de l’imagier d’aujourd’hui, encyclopédie à l’usage des enfants destinée à apprendre les mots au moyen de la représentation visuelle des choses — en partant de l’axiome d’Aristote et de Thomas d’Aquin selon lequel « Rien n’est dans l'intellect qui ne soit d’abord passé dans les sens » —, exploitait déjà le lien entre le passage d’une langue à une autre et le passage d’un mode à un autre.

Ainsi, traduire le livre pour enfants signifie bien plus que de traduire le seul texte verbal, et le traducteur n’est qu’une des différentes instances impliquées dans ce processus. Il s’agit aussi de parvenir à la recréation, dans un objet éditorial différent, d’une expérience sensorielle proche de celle générée par l’original.

Parallèlement à cette multimodalité essentielle, la traduction a joué un rôle fondateur dans l’émergence de la littérature de jeunesse dès le XVIIIe siècle, grâce à la richesse des échanges européens retravaillant le même matériau textuel afin de forger et de développer un corpus et un patrimoine enfantins. L’appropriation par la littérature de jeunesse émergente de matériaux textuels antérieurs trouve un écho dans le recyclage qu’elle opère de textes d’autres langues-cultures. Mais la traduction, indispensable en littérature de jeunesse, vient compliquer encore le rapport déjà complexe sur lequel reposent ces livres. Les livres pour enfants constituent en effet la seule littérature qui se définisse par son lectorat : c’est pourquoi la question du destinataire et de sa spécificité est doublement essentielle lorsqu’il s’agit de traduire ce corpus. La littérature de jeunesse reposant sur un paradoxe fondateur – un auteur adulte tentant de retrouver dans son entreprise d’écriture le point de vue enfantin qu’il a définitivement perdu –, le processus de traduction ne fait que redoubler l’inextricable équilibre adulte/enfant et doit notamment tenir compte des liens sensoriels qui caractérisent cette relation asymétrique dans laquelle les sens tiennent une place essentielle. L'oralité constitue un défi particulier de la traduction de cette littérature : alors que chez le tout-petit, il s'agit de préserver le rapport à la langue maternelle, la voix de l’adulte qui fait la lecture à l’enfant, traduire pour des lecteurs plus âgés implique la transposition dans la langue cible de la musicalité d’une écriture désormais plus résolument multiculturelle et métissée.

Contact : bruno.poncharal@orange.fr


Type :
Colloque / Journée d'études
Lieu(x) :
Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
Maison de la Recherche
5 Rue des Irlandais
75005 Paris

mise à jour le 20 septembre 2017