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Terrains mouvants : l’ethnologie de Hilde et Richard Thurnwald

du 8 juillet 2021 au 9 juillet 2021

Organisation : CEREG - Centre d'Etudes et de Recherches sur l'Espace Germanophone Céline Trautmann-Waller,
Université de Paris (EA ICT + demande déposée auprès du LabEx Dynamite) ; BEROSE International Encyclopedia of the Histories of Anthropology (www.berose.fr)
Laurent Dedryvère et Roselyne Malpel



Présentation
:

L’ethnologie allemande des années 1920 et 1930 reste peu connue. A peine institutionnalisée avant la guerre, la discipline est après 1918 affectée par la perte des colonies d’outre-mer pour l’Allemagne, la dissolution de l’Empire pour l’Autriche qui signifient la perte de terrains privilégiés. D’autre part, la crise économique et le boycott de la science allemande entraînent des conditions de travail difficiles et empêchent bien souvent les publications et les rencontres avec des collègues d’autres pays. Du point de vue politique, enfin, la montée du nazisme et son arrivée au pouvoir créent un contexte politique et scientifique nouveau, dans lequel certains ethnologues trouvent des opportunités de carrière, à condition de donner des cautions idéologiques au régime et de collaborer avec lui selon des modalités qui varient selon les individus, tandis que d’autres choisissent l’émigration. Les solutions intermédiaires sont assez précaires.

Plusieurs écoles, problématiques ou méthodes importantes ont pourtant vu le jour ou se sont développées durant cette période. On retient en particulier la Kulturkreislehre de Fritz Gräbner et Bernhard Ankermann, ou encore la Kulturmorphologie que Leo Frobenius développa après s’être distancié de ce courant et qui donna son nom à l’institut qu’il fonda à Munich (Forschungsinstitut für Kulturmorphologie) et qui déménagea ensuite à Francfort. Quant à Richard Thurnwald (Vienne 1869-Berlin 1954), sans doute l’ethnologue allemand le plus reconnu à l’étranger durant l’entre-deux-guerres, il développe ce qui a été décrit comme un fonctionnalisme historique. Très bien inséré dans les réseaux de recherche internationaux et familiarisé avec les écoles ethnologiques anglo-saxonnes et avec leurs méthodes de recherche, il contribua à renouveler les questionnements et les méthodes de l’ethnologie de langue allemande.

Pourtant, en 1936, il choisit de quitter les Etats-Unis pour retourner en Allemagne et il s’accommoda du régime nazi. A travers Hilde Thurnwald (Waldenburg 1890 - ? 1979), c’est aussi la question du rôle des femmes dans l’ethnologie de langue allemande de cette période qui est posée. Bien qu’elles fussent reconnues par leurs pairs, les femmes ethnologues de langue allemande ont fait l’objet de bien peu d’études scientifiques et sont quasiment tombées dans l’oubli. Leur familiarisation avec l’ethnologie et leur professionnalisation dans ce domaine se firent souvent par l’entremise de leurs maris, qu’elles suivaient dans leurs explorations avant de pouvoir mener leurs propres recherches sur le terrain et de réussir à en publier les résultats. Les parcours de Hilde Thurnwald et d’Eva Lips sont, de ce point de vue, très représentatifs. Celui de Sigrid Westphal-Hellbusch est plus singulier, dans la mesure où elle suivit une formation académique d’ethnologue, fut l’élève de Richard Thurnwald dont elle prit la succession à la tête de l'Institut d'ethnologie de la Freie Universität de Berlin.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la refondation de l'ethnologie allemande à Berlin se fit sous l'égide de Hilde et Richard Thurnwald, dont la compromission avec le Troisième Reich n'apparut pas de manière flagrante aux yeux des Autorités d'occupation, qu'elles fussent soviétiques ou américaines. La mésentente de Richard Thurnwald avec les Soviétiques fut immédiate et définitive pour des raisons idéologiques. En revanche, une coopération se mit en place avec les Américains. Cette coopération fut facilitée par les nombreux séjours des Thurnwald aux Etats-Unis avant guerre et par leur familiarité avec les méthodes de recherche empiriques des Américains. En ce qui concerne le milieu des ethnologues, la dénazification, telle qu’elle fut menée par les Américains, ne fut ni d’une grande sévérité, ni d’une grande ampleur. La page de la compromission avec le régime nazi fut rapidement tournée, même pour les ethnologues les plus compromis. Après 1945, les Thurnwald illustrent ainsi toutes les ambiguïtés de l’ethnologie allemande, dont ils incarnaient à la fois les continuités thématiques et personnelles avec la période antérieure, et la tentative d’un nouveau départ. La figure de ce couple semble donc particulièrement révélatrice pour l’analyse des ambiguïtés, des continuités et des ruptures dans l’histoire de l’ethnologie allemande depuis 1900.

Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
PARIS

mise à jour le 26 janvier 2021