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SeSyLiA -Thème de recherche

Notre projet scientifique s’articule autour de la confrontation des notions de stance, intersubjectivté/y et positionnement co-énonciatif qui s’appliquent de manière particulièrement pertinente aux différents axes de SeSyLiA avec 1) travail théorique sur l’aspect verbal ; 2) analyse des interactions multimodales ; 3) didactique, analyses développementales de l’acquisition L1 et L2. Ces notions pourront également nous permettre de renforcer le dialogue entre les théories françaises et anglophones.

Le terme de « stance » est, dans son acception la plus large, utilisé pour renvoyer à l’ensemble des attitudes langagières également étudiées sous d’autres noms : point de vue, degré de prise en charge d’une proposition/ engagement du locuteur-énonciateur, attitudes vis-à-vis d’un contenu, perspective intersubjective, jugement, évaluation. La notion de « stance » a d’abord été en lien direct avec de nombreuses approches pour la plupart fondées sur l’étude de l’écrit, et centrées sur la subjectivité de l’énonciateur notamment Benveniste (1966/71) sur la subjectivité dans le langage. Lyons (1977) développe l’étude de la subjectivité et de la modalité épistémique : « Any utterance in which the speaker explicitly qualifies his commitment to the truth of the proposition expressed by the sentence he utters, whether this qualitifaction is made explicit in the verbal component […] or in the prosodic or paralinguistic component, is an epistemically modal, or modalized, utterance. » (1977, : 797). Langacker, dès 1985 explique sa conception de la subjectivité dans le cadre de la grammaire cognitive. Stubbs (1986) introduit la notion de « commitment ». Chafe élargit la définition de l’evidentialité en la présentant comme “the attitude towards knowledge” (Chafe 1986: 262). Il inclut l’épistémicité dans l’évidentialité. Mais Palmer (1986) au contraire inclut les évidentiels dans la modalité épistémique.

Biber et ses collègues introduisent une perspective clairement grammaticale et fondent leurs analyses sur de larges corpus semi-automatisés. Pour Biber & Finegan (1988), « stance » est l’expression explicite de l’attitude de l’énonciateur, de ses sentiments, jugements, engagements concernant son message y compris concernant son degré de validité.

Inspirées par les travaux de l’analyse conversationnelle, et aux côtés de l’anthropologie linguistique, les études récentes sur « stance » analysent sa dimension dialogique, dynamique et intersubjective dans la spontanéité des échanges oraux, dans le cadre de l’ « interactional linguistics ». On peut citer très rapidement Pomerantz (1984) qui montre la préférence pour l’accord dans l’expression de « stance ». Ochs et Schieffelin (1989) montrent comment l’affect s’infiltre dans tout le système langagier. John W. Du Bois présente la « syntaxe dialogique » et la dimension grammaticale de l’alignement en conversation. Thompson et Hopper (2001) étudient la transitivité dans un corpus oral et montrent que les locuteurs utilisent très peu d’énoncés descriptifs, mais plutôt des énoncés évaluatifs ou exprimant le point de vue, le ressenti du locuteur. A cette conception intersubjective de « stance », il faut relier la théorie socio-psychologique du positionnement, «Positioning Theory » (Harré & Langenhove (eds) 1999) élaborée en collaboration avec le psychologue Rom Harré et le sociologue Luk van Langenhove qui veut proposer le « positionnement », un concept moins statique, en lieu et place de la notion de « rôle » proposée par Goffman 1974. Cette notion de « positioning » inspire des analystes du discours comme Elda Weizman (2008) qui l’utilise pour analyser le positionnement dans des interviews télévisées en hébreu.

Enfin, de plus en plus d’études de « stance » dans des corpus oraux l’analysent en lien avec la dimension multimodale (mimo-posturo-gestuelle) de la communication orale. Là encore, l’anthropologie linguistique joue un rôle précurseur, notamment grâce aux travaux de C. et M. .H. Goodwin qui insistent sur l’importance du contexte interactionnel et notamment de la participation à une activité commune dans la (co-)construction de « stance ». Il faut citer ici l’apport des études sur le geste, en particulier fondées sur la tradition de l’analyse qualitative de l’interaction (Kendon 1980, 2004), Müller (2004), McClave (2000) ; Stivers (2008).

Dans le domaine de la didactique, les notions de « stance » « stance-taking » et de « positioning » s’avèrent fructueuses pour l’analyse des interactions en classe de langue, ou entre binômes bi-nationaux (tandem). En premier lieu, la notion de stance est à rapprocher de celle de sujet et de subjectivité. Dans la situation d’apprentissage d’une L2, le sujet positionné en L1 doit opérer un constant repositionnement en L2 pour se constituer en tant que « L2 user » (Cook, 1999). Cette instabilité linguistique et identitaire s’observe à travers des phénomènes comme l’interlangue (Selinker, 1972) ou l’alternance codique (Blom & Gumperz, 1972, Kramsch, 1984, Lanza, 1997, Myers Scotton, 1993, Castellotti, 2001, Py 2007), considérée comme une « compétence communicative bilingue complexe » (Genesee, 2005). D’autre part, la « stance » n’est jamais le fait d’un sujet en soi, mais d’un sujet en interaction avec autrui : le professeur, les autres élèves, les partenaires, etc., dans une dynamique de co-construction des discours (Blommaert, 2005, Kramsch, 2009) et des identités d’apprenants. Ceci est d’autant plus visible dans le cas de l’apprentissage des langues en tandem ou la relation entre pairs efface les hiérarchies de positionnement, faisant émerger des solidarités linguistico-culturelles (demandes réciproques de corrections ciblées, d’apports d’informations). Les travaux s’inscriront dans une recherche compréhensive de type écologique, c’est-à-dire centrée sur les « les observables concernant à la fois l’enseignant, les élèves et leurs interrelations » ainsi que les « interprétations de la situation par les acteurs » (Altet, 2003 : 35). Dans le cas des tandems, il s’agira plus spécifiquement d’interrelations entre pairs. 


 

mise à jour le 8 juin 2019