Les BruitsCo-direction : Marie-Madeleine Mervant-Roux, directeur de recherche en Études théâtrales (ARIAS-CNRS / Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle), et Giusy Pisano, professeur en Cinéma et Audiovisuel (Université Paris-Est- Marne-la-Vallée / LISAA)*
Le séminaire a lieu un mercredi par mois, de 18h30 à 20h30, à l’INHA (Institut national d’histoire de l’art), Galerie Colbert - Salle Nicolas-Claude Fabri de Peiresc.
« Tentons de considérer noblement le bruit pour mieux respecter l'Homme et pourchasser avec panache la peur qui hante l'humanité ? »
Castanet, Pierre-Albert, Tout est bruit pour qui a peur. Pour une histoire sociale du son sale, Paris , Michel de Maule, 1999, p. 393
Depuis le travail des futuristes, L’Art des bruits de Luigi Russolo, la naissance de la musique concrète et les compositions de Charles Ives, George Antheil, Erik Satie, Pierre Schaeffer et bien d’autres plus contemporains, il existe d’importantes réflexions sur le bruit. Il existe aussi des ouvrages techniques sur le bruitage et son histoire (au théâtre, au cinéma, à la radio), des études sur les sons dans quelques créations spécifiques (par exemple Shakespeare, Tchekhov, Maeterlinck ;; Artaud, Kantor, Chéreau;; Tati, Bresson, Tarkovski, Lynch, Woo...), mais encore peu d’approches culturelles, ou alors primitivistes. Une exception récente et de taille (900 pages + notes en ligne) : Making Noise. From Babel to the Big Bang & Beyond, de Hillel Schwartz. Les approches esthétiques sont encore plus rares. On a récemment exploré le bruit spécifique du théâtre (« theatre noise »), ou du cinéma des premiers temps,où se mêlent les sons du spectacle et les sons du public. Ce phénomène n’a cependant pas suscité autant d’attention que le son musical ou la voix alors qu’« un simple bruit de pas peut déclencher une réaction émotionnelle (jubilation, peur soudaine), une action décisive (approche agressive, dissipation propice, élan salvateur), voire une indifférence ». (Claude Bailblé, « Comment l’entendez-vous ? », Cinergon, 17/18, 2004, p. 7).
Le bruit est là dès qu’une performance théâtrale commence, la plus simple soit- elle (des pas, justement, des déplacements de corps). Il semble être un élément clé de toute action dramatique ou scénique. Il a une histoire, technique, culturelle, intermédiale. Alors pourquoi le bruit continue-t-il à être aussi sous-estimé? Pourquoi l’opposition bruit/musique perdure-t-elle ? Et enfin, pourquoi le bruit continue-t-il à faire peur ?
Ce séminaire propose d’aborder ces questionnements à travers : - l’étude d’œuvres ou de corpus dans cette perspective précise (dimension historique, esthétique et anthropologique) - la praxis des créateurs qui travaillent avec les bruits (radio, théâtre, cinéma),
Le séminaire a lieu un mercredi par mois, de 18h30 à 20h30, à l’INHA (Institut national d’histoire de l’art), Galerie Colbert, Salle Nicolas-Claude Fabri de Peiresc.
- 2012Mercredi 14 novembre 2012Marie-Madeleine Mervant-Roux et Giusy PisanoIntroduction, bilan du séminaire 2011-2012, organisation des séances et du travail sur la bibliographieMercredi 12 Décembre 2012Pierre Albert Castanet (compositeur, musicologue, clarinettiste, performeur, professeur à l'Université de Rouen)
Les bruits de la voix dans la musique contemporaine
Partant du fait que «la bouche est l’organe du parasite» (Michel Serres), la conférence de Pierre Albert Castanet se propose de faire écouter quelques ingrédients bruiteux issus de la sphère de l’extra-vocalité. Au travers d’œuvres musicales signées par György Ligeti, Luigi Nono, Luciano Berio, Giacinto Scelsi, Yoshihisa Taïra, Max Roach, Yoko Ono... cris et chuchotements, rires et sanglots, rots et râles visiteront les champs perceptifs de l’infra-linguistique comme de l’ultrasonore.
Compositeur et performeur, Pierre Albert Castanet est professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. A l’université de Rouen, il est professeur au département de musicologie et directeur du département des «Métiers de la Culture». Parmi ses publications : Tout est bruit pour qui a peur – Pour une histoire sociale du son sale a reçu le Prix des Muses en 2000 et Quand le sonore cherche noise – Pour une philosophie du bruit a obtenu un coup de cœur de l’Académie Charles Cros, en 2009 (deux livres édités chez Michel de Mauleà Paris). Son article « Pour une bruitologie performantielle » paru dans Le Performantiel noise (sous la dir. de S. Biset) – Bruxelles, revue (SIC), 2010 – a été remarqué par la critique internationale.
- 2013
Mercredi 23 Janvier 2013Antoine Gaudin (post-doctorant, Etudes cinématographiques, Paris 3)
La construction bruitiste de l'espace dans le cinéma contemporainAntoine Gaudin est docteur en Etudes cinématographiques et audiovisuelles de l’Université Paris 3 (avec une thèse intitulée : L’image-espace. Pour une géopoétique du cinéma). Il enseigne aux Universités Paris 3, Paris-Est, et à l'ESRA. Ses principaux travaux de recherche se regroupent dans les domaines suivant : la notion d’espace au cinéma, en philosophie et dans les arts visuels ; la relation image-son au cinéma ; les rapports entre le cinéma et l’Histoire ; l’esthétique des genres hollywoodiens. Il dirige le pôle Cinéma du site Nonfiction.fr et collabore à la revue Vertigo.
Point bibliographique : présentation d’un ouvrage
Mercredi 20 Février 2013Julie Valero (MCF en Etudes théâtrales, Université Stendhal-Grenoble 3)
Recherche sonore et pratique théâtrale : l’univers musical dans Ex vivo / in vitro, spectacle de Jean-François Peyret
Je m’attacherai à décrire l’univers sonore et musical du dernier spectacle de Jean- François Peyret et la place qu’il a pu prendre dans l’élaboration même du spectacle, à travers la participation aux répétitions d’Alexandros Markeas, compositeur, et de Thierry Coduys, créateur sonore. Il s'agira ainsi d'observer l'apport de la recherche sonore à la pratique théâtrale, au cours des processus de création.
Julie Valero est maître de conférences en arts du spectacle à l’Université Stendhal Grenoble 3. Elle s’intéresse aux pratiques scéniques contemporaines et, plus spécifiquement, à leurs relations avec la technique. Elle est par ailleurs dramaturge auprès de Jean-François Peyret.
Point bibliographique : présentation d’un ouvrage
Mercredi 27 mars 2013Sylwia Franc (doctorante en Arts, Etudes cinématographiques, Université de Paris- Est/LISAA)
Mise en scène des bruits dans les films de Pier Paolo PasoliniLe mot « musique » est peu fréquent chez Pasolini. Il parle plutôt de bruits, de sons ou de rythmes. Le cinéaste affirme dans ses premiers écrits: « Il s’agissait de poésie en dialecte frioulan : l’hésitation entre le sens et le son s’était résolue en une option
apparemment définitive pour le son et la dilatation sémantique opérée par le son s’était étendue jusqu’à transférer les sémantèmes dans un autre champ linguistique, d’où ils s’étaient enfuis pour revenir glorieusement indéchiffrables ». Son et gloire sonores seront toujours nuages de bruits à l’avant-plan de toute parole, de toute écriture, de tout film. Dans Œdipe roi, Pasolini va alterner cinéma moderne sonore et cinéma muet des origines, dans Médée, il va retirer la parole de l’image. Il va chercher à créer une langue cinématographique des affects en dérationalisant la représentation et en utilisant la violence du non-verbal.
Point bibliographique : présentation d’un ouvrage
Mercredi 24 avril 2013Gérard Pelé (professeur à l’Ecole normale supérieure Louis Lumière, Institut d'esthétique des arts contemporains, UMR 8592, Université Paris 1)
Still alive
En l’absence de toute stimulation sonore, les récepteurs cochléaires développent une énergie spontanée de fréquence instantanée très variable, par exemple 5 à 70 influx par seconde pour le chat anesthésié. Lorsqu’un son apparaît, cette activité se renforce et se synchronise sur le stimulus. Il semblerait donc que, pour qu’une sensation auditive ait lieu, il soit nécessaire que le son excite un organe déjà animé par la même forme d’énergie, qui sera ensuite transmise aux centres sensoriels. Cette « activité spontanée » a les allures d’un bruit de fond, et son caractère essentiel est de produire de la durée – et, peut-être, le temps lui-même. L’hypothèse d’un bruit de fond nécessaire au fonctionnement de notre audition pourrait ainsi être étendue à nos autres organes sensoriels, à ce que nous produisons quand nous en faisons usage et, finalement, à tout ce qui existe. Le bruit de fond ne serait pas la trace « fossile » de l’histoire de l’univers, mais sa nourrice. Tout ce qui « est » dépendrait de l’énergie qu’il exprime et dans laquelle les « choses » puiseraient leur existence, et il n’est pas sans intérêt de remarquer que, dans cette conception du monde, c’est la forme d’énergie la plus dégradée, si l’on adhère aux analyses de la thermodynamique, qui serait la source et le substrat de tout ce qui se distingue et se signale en s’individuant. La conséquence inévitable des théories et des observations convoquées dans cette proposition serait que cette énergie est nécessaire et inépuisable parce que, à chaque instant, elle se renouvellerait dans la même proportion que meurent les systèmes organisés.
Point bibliographique : présentation d’un ouvrage
Mercredi 22 mai 2013Bertrand Amiel (bruiteur - radio, télévision, théâtre, cinéma, opéra)
Atelier de bruitage et autour du bruitagePoint bibliographique : présentation d’un ouvrage
Mercredi 12 juin 2013Floriane Pochon (réalisatrice radio)
A propos des Nuits de la Phaune -
www.phaune.comMusiques obliques, sons horizontaux, samplé-collés, mixs à plumes et à paillettes, sciences et détournements, biotopes imaginaires, radio augmentée, espèces et voix d’apparition, eartoys, stretching temporel. Les Nuits de la Phaune sont nées en 2008 à Radio Grenouille, Marseille, sur une idée d’Amélie Agut et Floriane Pochon, dans un élan de jubilation et une synergie inédite avec Tony Regnauld : transformer la radio en un kaléidoscope halluciné et invisible, et provoquer une expérience singulière, une expérience d’« écoute sauvage », en prise directe avec l’animalité et ses univers sonores. Depuis, les Nuits de la Phaune se déplient sur les ondes des radios curieuses, s’étirent lors d’installations sonores dedans ou dehors, et se blottissent dans des festivals pour faire surgir la radio là où ne l'attend pas. Pour une génération assise en amazone sur deux siècles, il s’agit ici de jouer avec tout les potentialités du langage sonore, pour dire encore la possibilité de faire entendre des valeurs réelles : liberté, partage, imagination, puissance de transformation. Parce qu'il nous importe de d'explorer le territoire de l’écoute comme un territoire d’action, nous évoquerons quelques principes de composition de flux radiophoniques (voix, adresse, équilibres, samples, matière musicale) en s'attachant à la question des sons de nature (esthétique audionaturaliste, réappropriation artistique, etc).
Floriane Pochon -
www.mushin.fr cherche, devine, fabrique des formes. Des formes sonores, des formes hybrides, mais aussi des formes de transmission, d’organisation, des modes opératoires, des agencements nouveaux. A déplié bon nombre de compétences en étant très investie au sein du projet de Radio Grenouille à Marseille, entre création sonore, pédagogie, accompagnement artistique et gestion de projets. Depuis 2005, dans le cadre d'ateliers avec tous types de publics, mise sur le développement d’une culture de l’écoute inventive et de l’expression radiophonique.
Point bibliographique : présentation d’un ouvrage Bilan de l’année
Contacts :giusy.pisano@gmail.com /
mervant-roux@ivry.cnrs.frVoir l’archive du séminaire 2011-2012 sur le site d’ARIAS-CNRS