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Séminaire Paris-Montréal Printemps 2017

Séminaire doctoral conjoint en études cinématographiques et audiovisuelles

Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques (Université de Montréal) et Département Cinéma et audiovisuel & ED 267 (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3)

Coordination : Guillaume Soulez - guillaume.soulez@univ-paris3.fr

Ouverts aux étudiants de Master en auditeurs libres (sans validation)

Sauf information ultérieure contraire, toutes les séances ont lieu Salle Las Vergnas, de 17h à 19h30

Séminaire 1 : Kristian Feigelson (Professeur, Université de Paris 3)


L’écriture visuelle de l’histoire

  • lundi 23 janvier, mercredi 25 janvier, jeudi 26 janvier 2017

Il s’agira sur l’axe cinéma/histoire dans le cadre de ce séminaire de Montréal de proposer ou réfléchir à quelques hypothèses nouvelles à la fois sur la question des archives audiovisuelles et leurs usages respectifs comme sur celle des liens entre sciences sociales et cinéma. A partir d’argumentaires déjà élaborés sur le fait que les images peuvent constituer une contre-histoire ou encore proposer une autre vision que celle des sources écrites (cf l’ouvrage collectif Faire de l’histoire, Gallimard, 1974) il s’agira de s’appuyer sur une série d’exemples (à partir d’actualités documentaires, de films de propagande ou politique, de films de fiction…) pour justifier de nouvelles hypothèses théoriques obligeant à réinterpréter nos méthodes d’approches et nos regards en fonction des genres filmiques étudiés. Comment par exemple inscrire des recherches entre sciences sociales et images à partir de l’élargissement des recherches audiovisuelles à des champs nouveaux comme ceux de la micro-histoire, des genders ou encore des études post-coloniales ? Quelles sont aussi les limites du document filmique pour rendre intelligible l’histoire et comment reconsidérer ses sources dans cette possibilité de contribuer à une écriture visuelle de l’histoire ? Le film est ici donc considéré à la fois comme objet d’analyse et mode d’écriture spécifique de l’histoire. Cette présentation d’ordre épistémologique (première séance) s’appuiera ensuite sur deux cas de cinéastes, Chris Marker (deuxième séance) et Peter Forgacs (troisième séance), qui se sont appuyés de manière différente sinon opposée, sur les archives et l’écriture visuelle de l’histoire dans leurs films respectifs sur l’Europe centrale et l’URSS.

Séminaire 2 : Richard Bégin (Université de Montréal)


De la mobilographie
  • lundi 27 février, mardi 28 février, jeudi 2 mars 2017

Attention : changement de salle pour la séance du 2 mars. Le séminaire aura lieu en salle 125 au Centre Censier.


L’apparition des petites caméras portatives a non seulement eu pour effet de démocratiser la création cinématographique, elle a en outre permis l’établissement d’une pratique d’écriture inédite et désormais généralisée. En effet, la mise en marché de ces dispositifs « grands publics », de la Pathé Baby à la GoPro en passant par le téléphone intelligent, a contribué à l’émergence d’une iconographie populaire, doublée dira-t-on d’une ethnologie ordinaire, nourrie par le désir de l’individu lambda, qu’il soit touriste, artiste, témoin ou sportif, d’inscrire en image à la fois sa mobilité, sa présence et le mouvement immédiat du monde dans lequel il se meut. Il s’agira ici de comprendre de quelles manières la pratique aux sources de cette iconographie se distingue tout autant des pratiques dites amateurs que des réalisations professionnelles et institutionnelles. Pour ce faire, il nous faudra comprendre de manière épistémologique que cette iconographie populaire, d’une part, découle de l’agencement de la motilité du corps filmant, de la portabilité des dispositifs et de la praticabilité des espaces, et, d’autre part, réfère à une pratique d’écriture intuitive, la « mobilographie », dont les implications de nature somatiques vont jusqu’à questionner les présupposés langagiers de la production imageante habituelle. Nous analyserons en outre comment l’ennumérisation de cette pratique d’écriture, via entre autre la miniaturisation des dispositifs, participe d’une intentionnalité technique qui, historiquement, incite à penser la conception et le design de ces dispositifs d’enregistrement non pas seulement en fonction d’un regard qu’ils chercheraient à prolonger, mais en fonction également d’un corps performatif auquel, de plus en plus, ils s’arriment et s’accordent.



Séminaire 3 : Jean-Pierre Bertin-Maghit (Université Paris 3)


Des soldats à la caméra. Guerre d’Algérie (1954-1962)
  • mercredi 8 mars, jeudi 9 mars et vendredi 10 mars 2017

Pendant la guerre d’Algérie, des soldats, appelés du contingent, ont utilisé des caméras d’amateurs 8mm  comme d’autres des appareils photos pour garder le souvenir de l’époque où ils étaient « là-bas ». Ces caméras  ont enregistré l’environnement immédiat dans lequel ils évoluaient. À travers des dizaines de films, conçus comme des lettres envoyées aux familles pour donner des nouvelles de leur vie de militaire et les rassurer, transparaissent de multiples points de vue sur le vécu de ces jeunes anonymes. Il se dégage une réalité commune, une « contre-histoire » qui témoigne d’autre chose que des événements. Ces très jeunes soldats offrent le contre-champ de la guerre, eux qui sont partis pour l’Algérie afin de « maintenir l’ordre », puis de pacifier et qui, en même temps, découvrent une terre inconnue.
L’historien considère ces images comme des documents d’Histoire car elles renvoient à une pratique sociale. En outre, elles témoignent et deviennent un ensemble de mémoires intimes qui s’imbrique dans une mémoire collective. On a autant « d’histoires parallèles » qui viennent compléter l’histoire officielle de la guerre d’Algérie et participent à une histoire des combattants.
Quelles images ces soldats ont-ils voulu donner à voir, et garder en souvenir ? Comment chacun prend place dans la guerre d’Algérie ? Comment la petite histoire fait effraction dans la grande ? Autant de questions auquel ce séminaire tentera de répondre.

Les thèmes abordés :

1. Les loisirs du temps de repos,
2. Le regard vers l’Autre,
3. Filmer la guerre (malgré leur présence au cœur des combats, les soldats ne nous disent rien de l’acte de guerre, que montrent-ils alors ?).
 

Séminaire 4 : Silvestra Mariniello (Université de Montréal)


Le cinéma : lieu privilégié d’apparition de l’analogon
  • lundi 24 avril, mardi 25 avril, jeudi 27 avril

S’inscrivant dans un projet de recherche plus vaste portant sur l’exemplarité au cinéma et du cinéma, ce séminaire questionne l’analogie comme une autre voie (r)ouverte à la pensée et la connaissance par le cinéma. L’hypothèse de fond de ce séminaire est que le cinéma est le lieu privilégié d’apparition de l’analogon, et que cinéma et photographie ont créé le milieu dans lequel il est devenu possible à la philosophie contemporaine de reconnaître l’analogie comme une autre voie pour la pensée, défiant l’hégémonie de la logique.  Notre tâche sera donc de sonder la puissance du cinéma en tant que porteur d’une connaissance qui romprait avec les limites de la logique dichotomique pour accueillir le non-duel avec toutes ses implications.

Dans la première séance du séminaire on se concentrera sur la notion de paradigme chez Agamben et sur les enjeux épistémologiques et politiques de la méthode paradigmatique. « Paradigme » est le terme grec pour « exemple », mais si les études de l’exemple (exemplum) s’inscrivent généralement dans la logique binaire, inductive (du particulier de l’exemple à l’universel de la loi) ou déductive (de l’universel de la loi au particulier de l’exemple), le paradigme, tel que défini par Aristote, rompt avec la logique binaire et nous achemine sur une autre voie : la spécificité du paradigme est d’être un rapport de particulier à particulier et d'éluder le schéma dichotomique qui informe notre pensée ("en radicalisant la thèse d’Aristote, on comprend que le régime de discours [du paradigme] n’est pas la logique, mais l’analogie (...) L’analogon, qu’il produit, n’est ni particulier ni général.")

La deuxième séance sera consacrée  à l’un des thèmes récurrents dans La linea e il circolo d’Enzo Melandri, tels que mis en évidence par Agamben dans son introduction, celui de la dichotomie/dipolarité : l’analogie permettrait de transformer les oppositions binaires, dichotomiques en « tensions polaires, dans lesquelles, exactement comme dans un champ électro-magnétique, elles perdent leur identité substantielle » avec quelles conséquences ? Des extraits de films nous aideront à comprendre l’analogie en tant que ce « dispositif qui, dans chaque antinomie et dans chaque aporie, exhibe leur nécessité (inevitabilità) logique et, en même temps, rend possible non pas tellement leur composition, mais leur déplacement et leur transformation.”(1) Ces déplacements et ces transformations feront l’objet privilégié de notre étude.

La troisième séance sera consacrée à un cas de figure : celui du rapport entre cinéma et histoire, et du choix de l’analogie comme seule possibilité pour le cinéma, condamné au présent des corps et des lieux (Pasolini), de re-produire l’Histoire.

(1) Giorgio Agamben, « Archeologia di un’archeologia » dans Enzo Melandri, La linea e il circolo. Studio logico-filosofico sull’analogia, Macerata, Quodlibet, 2004, p. XVI

mise à jour le 19 janvier 2017