Responsable(s)

Catherine Croizy-Naquet
Dominique Demartini
Michelle Szkilnik

Objectifs


Beaucoup d’œuvres médiévales nous sont parvenues inachevées, pour ne citer que les exemples notoires du Conte du graal, du Tristan de Béroul ou du Roman de la rose de Guillaume de Lorris. Au-delà des raisons accidentelles –mort de l’auteur, lacune de la tradition manuscrite– difficilement mesurables, on questionnera la pertinence de la notion d’achèvement pour les œuvres médiévales. Comment pense-t-on, au Moyen-Age, la fin d’une œuvre ? Cette dernière doit-t-elle nécessairement aboutir à une forme close qui seule achèverait de lui donner un sens ? Est-ce l’achèvement, le fait de mener l’œuvre à chief, de lui donner par-là une forme de couronnement, qui fait l’œuvre ? La question de l’achèvement de l’œuvre soulève celle de l’achèvement du sens.
On envisagera les œuvres inachevées –ou supposées telles– qui travaillent sans fin « l’impossibilité d’en finir », et la question des continuations qui les prolongent. Laisser inachevé, donc, pour pouvoir toujours recommencer. S’interrompre, s’arrêter de dire pour laisser la place au « contre-dit ». À l’inverse, comment clore ? Comment mettre un terme à l’écriture, sortir de l’œuvre ?
On s’intéressera aux œuvres achevées, sans distinction de genre, en interrogeant plutôt la notion d’achèvement en fonction du temps dans lequel l’œuvre cherche à s’inscrire : temps chronologique, historique qui peut donner à l’œuvre ses bornes (mariage, événement historique, mort), ou au contraire temps cyclique, éternité encore… Nombreuses sont, parmi ces œuvres, celles qui mettent en scène ostensiblement leur clôture. Différents procédés soulignent la fin du texte : sommaires conclusifs qui règlent le sort des personnages, indications intratextuelles, chargées d’inscrire dans le texte même sa propre fin (nom de l’auteur, de l’œuvre, de son commanditaire..), éléments péritextuels, comme l’explicit. Mais l’achèvement de l’œuvre ne commence pas seulement à la fin du texte. Certaines œuvres l’anticipent, faisant semblant de finir pour pouvoir commencer, comme Erec et Enéide. D’autres préfèrent finir plutôt deux fois qu’une, comme Le Livre du duc des vrais amants de Christine de Pizan. Finir deux fois. Pour maîtriser le sens, éviter qu’il ne s’échappe ? À l’inverse, finir en différant la fin toujours plus loin. Ou enclore le texte, tout en libérant le sens…
La question de l’achèvement concerne tout type d’œuvre narrative, et au sein des différents corpus, la présence et la suspension de programmes iconographiques. Elle intéresse enfin les formes lyriques qui, a priori closes, mais généralement structurées par le retour d’un refrain, programment en quelque sorte leur infinitude. « Ma fin est mon commencement… »

Ce séminaire, qui explorera la dialectique entre l’inachevable et ses clôtures s’inscrit dans un des axes majeurs du CEMA. Il répond aux recherches sur les seuils qui avaient donné lieu à une publication en 2002 (Seuils de l’œuvre dans le texte médiéval, éd. E. Baumgartner et L. Harf, Paris, PSN, 2002), et vient compléter celles sur brièveté, rassemblées dans Faire court. L’esthétique de la brièveté dans la littérature du Moyen Âge, Catherine Croizy-Naquet, Laurence Harf-Lancner et Michelle Szkilnik (eds), Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011, ainsi que celles sur l’amplification qui ont occupé le séminaire du CEMA de 2017 à 2018.

Contenu

15 novembre 2019, Romaine WOLF-BONVIN (Université Lyon 2, Université de Genève),
Qui veut la fin veut les moyens. Le dénouement des fabliaux.
 
13 décembre 2019, Thomas HINTON (Université d'Exeter),
Texte, glose, copie. Le Tretiz de Gautier de Bibbesworth et la question de la finitude.
 
10 janvier 2019, Laetitia TABARD (Université du Mans),
Finir sans conclure : l'ouverture du débat poétique au XVe siècle
 
14 février 2020, Agathe SULTAN (Université de Bordeaux),
J'ai perdu mon espincel. Chansons en acte, chansons en puissance.
 
13 mars 2020, Anne ROCHEBOUET  (Université de Versailles-St Quentin),
(En)clore l'histoire universelle dans le manuscrit. Lignées et matières au prisme des seuils textuels et manuscrits.
 
3 avril 2020, Aurélie HOUDEBERT (Sorbonne nouvelle),
Que dire après la fin de l'histoire. La démesure épilogale du Cléomadès

Horaires


Les conférences se tiennent le vendredi de 14h à 16h, à la Sorbonne,
salle de l’École doctorale de Littérature française et comparée
(salle Max Milner)
escalier C, 2e étage, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris

mise à jour le 7 octobre 2019


Renseignements :

CERAM - Centre d'Études et de Recherches Antiques et Médiévales - EA 173
Université Sorbonne Nouvelle

MAISON DE LA RECHERCHE

Bureau A215

4, rue des irlandais

75005 Paris

Mél.

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