Lecemo >> EA 3979 LECEMO >> CRES

Recherche

SAINT PAUL et le PAULINISME DANS L’ESPAGNE DES XVIe et XVIIe siècles : L’apôtre du renouveau spirituel

du 31 mars 2022 au 1 avril 2022

SAINT PAUL et le PAULINISME DANS L’ESPAGNE DES XVIe et XVIIe siècles.jpg

Ce colloque se propose d’étudier et de revisiter les grands courants spirituels du XVIe siècle à la lumière de la pensée de saint Paul pour prendre la mesure de la place de la spiritualité paulinienne dans l’expression des différentes sensibilités religieuses qui ont marqué l’Espagne, en marge d’une orthodoxie un peu étroite. Que la référence au converti Schaoul, auteur d’une œuvre aussi brève que riche par l’influence considérable qu’elle a eue sur les premiers temps du christianisme, soit présente de manière continue dans les discussions théologiques depuis le Haut Moyen-Âge ne fait guère de doute ; quelques siècles plus tard, elle suscite également une série de commentaires majeurs de saint Thomas d’Aquin. Toutefois, l’autorité des écrits pauliniens subit une série d’inflexions notoires avec le surgissement de la première modernité et celui des nouveaux courants de spiritualité. Car, comme le rappelle très justement Marcel Bataillon, « les trois principaux courants orthodoxes de la réforme catholique espagnole, en dehors des ordres monastiques, ont été l’érasmisme, l’iñiguisme et le mouvement de l’apôtre de l’Andalousie (Juan de Ávila), trois courants apparentés par leur caractère séculier et par le commun patronage de saint Paul »[1]. Comment peut-on comprendre le renvoi aux textes de saint Paul dans ces courants orthodoxes de la réforme catholique? Sans vouloir donner une réponse définitive et tranchée, plusieurs hypothèses surgissent et constituent d’intéressants guides afin d’examiner cette question. Tout d’abord, saint Paul représente le christianisme primitif, l’élan apostolique. Selon une logique jamais démentie, les courants réformateurs se tournent vers les origines du christianisme et ils puisent dans les textes pauliniens une forme de radicalité chrétienne qui prend place dans le rêve, conçu par les réformateurs, d’une vitalité nouvelle enracinée dans le modèle de l’église primitive. Il offre par ailleurs la garantie d’une cohésion du corps politique, social et religieux comme en témoigne la grande métaphore paulinienne de l’Église-corps du Christ mais aussi l’articulation de l’ancienne et de la nouvelle Loi. La référence à saint Paul apporte enfin une solide critique des cérémonies extérieures et un christocentrisme qui ont abondamment nourri la pensée d’Érasme. Si ces différents mouvements de la réforme catholique cherchent donc à puiser dans l’œuvre de saint Paul, il convient de ne pas se méprendre sur ce qui les différencie et que précise Marcel Bataillon :

« Le paulinisme érasmien est livresque, ou scripturaire, comme on voudra : il insiste sur la doctrine du corps mystique, expression imagée de la double loi de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, il insiste sur l’opposition entre les exigences ritualistes du Pentateuque et le culte en esprit proclamé par saint Paul. Le paulinisme érasmien prend un tour tantôt négatif et critique, tantôt illuminé. Les disciples d’Avila et ceux d’Iñigo sont des imitateurs de saint Paul en action et non pas seulement des propagateurs de sa doctrine. Ils prêchent la folie de la Croix, le bienfait de Jésus Christ. Ils recrutent d’autres apôtres et organisent leur action. Mais sans parler de l’importance que l’étude et le commentaire des Épîtres de saint Paul revêtent aux yeux des premiers jésuites, et leur étude dans le texte grec, nous avons vu que des hommes aussi importants que Torres et Nadal avaient été des humanistes érasmisants, du moins livresques et scripturaires, qui rebutés d’abord par les apparences extérieures de l’apostolat iñiguiste, s’étaient ensuite consacrés corps et âme à son service. Nous avons aperçu l’importance qu’avaient de telles conquêtes pour la transformation de la Compagnie en ordre enseignant »[2].

Paulinisme doctrinal et paulinisme en action sont les deux faces d’un même renouveau qui traverse toute l’histoire spirituelle de l’Espagne du XVIe siècle. L’examen de cette hypothèse que nous nous proposons de mener permettra de montrer comment, en marge du catholicisme militant d’État, le paulinisme a contribué à nourrir et vivifier en Espagne les principaux courants de spiritualité de la réforme catholique. Par ce prisme il sera possible de revenir sur ce mouvement essentiel, fruit d’une lente fermentation initiée bien en amont par la devotio moderna, qui ne se définit pas comme une réaction contre la Réforme mais plus simplement comme une intense recherche de la perfection évangélique. Dans un contexte de grande effervescence spirituelle, le paulinisme se trouve, en somme, associé aux grandes tensions sociales, spirituelles et dogmatiques qui traversent alors l’Espagne du XVIe siècle dont le principal enjeu est celui de la définition d’une identité chrétienne, laquelle repose en partie sur la résolution du conflit entre la lettre et l’esprit.

L’approche que nous projetons n’exclura pas pour autant les œuvres hétérodoxes, notamment celles – dont l’importance a longtemps été minimisée ou, tout du moins, méconnue – des protestants castillans afin d’aborder d’autres revendications et réappropriations de la référence paulinienne.

Aussi nous proposons-nous d’aborder les thèmes suivants dont voici une liste indicative et amenée à évoluer au fil des propositions et contributions :

1. Le paulinisme, et les pré-érasmites : Alonso de Oropesa, Hernando de Talavera

2. Le rêve d’une Église rénovée : paulinisme et pensée érasmiste (Juan de Valdés, Juan Luis Vivés).

3. Paulinisme et vie apostolique : Juan de Ávila.

4. Paulinisme et iñiguisme.

5. Le paulinisme dans la pensée de l’école de Salamanque.

6. Le paulinisme et l’orthodoxie à travers les œuvres de Bartolomé Carranza et Melchor Cano.

7. Le paulinisme et la philologie biblique (fray Luis de León, Arias Montano).

8. Le paulinisme et la constitution du protestantisme espagnol (Miguel Servet, Casiodoro de la Reina, Cipriano de Valera, etc.)

Une première rencontre se déroulera au printemps 2022 et sera co-organisée par l’université de la Sorbonne-Nouvelle et par l’université Paris-Nanterre. Elle donnera lieu dans les mois qui suivent à la publication d’un volume monographique.

Une seconde rencontre sera organisée au printemps 2023 autour de la question des représentations du paulinisme dans les arts et littératures de l’Espagne classique.

        

Pauline Renoux-Caron et Philippe Rabaté



[1] Marcel Bataillon, Les Jésuites dans l’Espagne du XVIe siècle, Les Belles Lettres, 2009, p. 284.

[2] Ibid., p. 286.


Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
Maison de la Recherche - 4 rue des Irlandais - 75005 PARIS

mise à jour le 26 novembre 2021