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Pratiques plurilingues, mobilités et éducation

du 16 décembre 2014 au 18 décembre 2014

 

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Colloque international

Hommage à Caroline Juillard,
Professeure émérite, Université Paris Descartes, France


Avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie

Lieu : Salons de l’hôtel Faidherbe
Avenue Faidherbe x Raffenel
Dakar, Sénégal



Contact : colloque.dakar@gmail.com


Présentation :

L’objectif de ce colloque est de confronter la démarche et les apports de la sociolinguistique aux défis que constituent, les mutations contemporaines, en matière de mobilité, d’urbanisation, et d’éducation plurilingue, notamment sur le continent africain. Les études qui ont porté sur le terrain africain et ses locuteurs ont contribué de façon majeure au développement de la sociolinguistique francophone. Les études pionnières et celles qui ont suivi ont fait émerger une réflexion sur le plurilinguisme et les politiques linguistiques, sur les contacts de langues et de normes et sur leurs effets, sur l’hétérogénéité des répertoires et les pratiques langagières qu’ils façonnent en interaction. Les recherches sociolinguistiques réalisées à partir des années 80 ont été menées principalement en contexte de mobilité urbaine (Dakar, Abidjan, Ziguinchor, Bangui, Libreville, Juba, Maputo, etc.). Associées aux premières études quantitatives portant sur les migrations internes et internationales, les approches interactionnelles ont également montré la sensibilité des locuteurs aux données situationnelles et ont apporté des éléments essentiels pour étudier la confrontation des normes, normes institutionnelles et normes émergentes en contexte, le développement de formes langagières ou de véhiculaires ainsi que la créativité et la performativité des locuteurs, dans des pratiques langagières innovantes. L’ensemble des recherches publiées s’appuie sur des méthodologies diversifiées et complémentaires (enquêtes statistiques, observations participantes, entretiens ou tests d’écoute) et ont en commun une analyse historique des rapports sociaux et une contextualisation fine des données empiriques. De nos jours, trois défis renouvelés se présentent pour la réflexion sociolinguistique : celui de l’urbanisation croissante de la population (la fameuse « explosion » des villes africaines par exemple) et des interactions locales qu’elle engendre, celui de la mobilité et de ses nouvelles dimensions sociales (évolution des migrations féminines, par ex.) et, enfin, celui de la scolarisation des jeunes en situations plurilingues à laquelle les politiques n’ont pas encore donné de réponses satisfaisantes.


Les concepts et les outils qui ont été élaborés pour observer et décrire les changements sociolinguistiques du siècle dernier sont-ils encore adaptés pour rendre compte de ces nouvelles situations ? Pour répondre à cette question, on pourra se demander ce qui a changé au cours de ces quinze dernières années et ce qui est en train de changer dans ces trois domaines (ville-migration-école). Ce regard rétrospectif soulèvera la question de ce qui, dans le même temps, a changé dans les points de vue et les perspectives scientifiques sur ces questions. Ainsi, désireuses de dépasser un cadre idéologique qui opposait « tradition et modernité », « Nord et Sud », « rural vs urbain » etc., certaines recherches actuelles envisagent de nouvelles façons de rendre compte des mobilités géographiques et sociales en les reliant aux imaginaires et aux discours qui les accompagnent (récits personnels et médiatiques, textes institutionnels, pratiques artistiques, etc.) ; d’autres s’attachent à l’étude des compétences linguistiques, discursives et scolaires rendues plus que jamais nécessaires. D’autres encore sont à découvrir. L’hétérogénéité des répertoires mis en contact, dans les situations plurilingues, est confrontée aux impératifs communicationnels des situations urbaines, scolaires ou migratoires. Ainsi, l’appropriation des véhiculaires urbains favorise l’intégration des nouveaux arrivants dans les villes. Savoir lire et écrire et la connaissance des langues et des types de discours mobilisés dans les différentes étapes des parcours migratoires, constituent une valeur ajoutée pour la réussite du projet. Il en est de même avec les compétences des professeurs des écoles en français et dans les langues nationales. Dans ce contexte, des questions importantes se posent non seulement quant aux langues à enseigner mais également aux formes de ces langues et aux normes à privilégier. Ces questions éducatives doivent s’appuyer ainsi directement sur la connaissance des situations sociolinguistiques contemporaines et de leurs dynamiques. Envisager le langage sous l’angle des mobilités (géographiques, sociales, relationnelles) c’est voir comment les locuteurs identifient, interprètent et délimitent des espaces identitaires et se situent dans le jeu de relations sociales diverses et renouvelées du fait de dynamiques relevant de la globalisation et de celles propres aux villes, aux quartiers, aux regroupements et aux réseaux locaux. Nous nous intéresserons à la façon dont, dans ces situations plurilingues, sont produits, transmis, reproduits, réinvestis des modèles comportementaux d’ordre langagier et socioculturel (familial, religieux, économique) en analysant les idéologies qui les sous-tendent et les encadrent. Dans ce contexte, nous nous demanderons comment les pratiques de transmission des savoirs (scolaires, migratoires, culturels, etc.) peuvent tenir compte du renouvellement de l’environnement plurilingue dépendant de ces nouvelles mobilités tant sur un plan global que local.


C’est à partir de ces questions que les diverses contributions à ce colloque permettront de relancer une dynamique réflexive pour le développement d’une sociolinguistique de la mobilité afin de comprendre les dynamiques sociales et sociolinguistiques produites par les mouvements des locuteurs dans l’espace. Elle apportera un éclairage sur la façon dont les mobilités, conçues à des échelles diverses et en lien avec les activités quotidiennes des locuteurs qui agissent sur les reconfigurations des répertoires et, dans le même temps, sur la façon dont les répertoires des locuteurs infléchissent les mobilités. Les travaux de Caroline Juillard, en Afrique et en France, constituent des apports majeurs pour ces réflexions. Chercheuse de terrain, attentive aux locuteurs agissant dans leur environnement, elle s’est en effet attachée d’une part à faire émerger des questionnements théoriques de l’observation des pratiques langagières in situ et d’autre part à tenir compte de l’intrication de dimensions globales et locales des faits langagiers. Exploratrice du quotidien, dans ses dimensions répétitives mais aussi dynamiques, complexes et créatives, elle a ouvert des pistes du pour le développement d’une sociolinguistique de la mobilité en milieu urbain et d’une réflexion originale sur des questions éducatives. Se donner l’occasion d’approfondir et d’enrichir de telles réflexions est l’une des meilleures façons de rendre un nécessaire hommage à Caroline Juillard pour son parcours scientifique.
 

Type :
Colloque / Journée d'études
Lieu(x) :
 

mise à jour le 14 janvier 2017