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ANNULÉ: Paons, dragons et lions ailés : le bestiaire fantastique de l’art oriental, ses circulations et ses réinventions européennes (18ème – 20ème siècles)

du 12 juin 2020 au 13 juin 2020

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Peacocks, dragons and winged lions: The fantastic bestiary of Oriental art, its circulations & reinventions in Europe (18 th -20 th c.)

Comité d'organisation - Organising committee : Isabelle Gadoin (Thalim/CNRS, université de Poitiers), Vanessa Alayrac-Fielding (Université de Lille), Laurence Chamlou (université de Reims)
 

Présentation
:

L’âge d’or de l’Orientalisme, du dix-huitième au début du vingtième siècle, voit un certain nombre de motifs décoratifs orientaux s’infiltrer dans la culture européenne.

Les nombreuses « Grammaires de l’ornement » produites à la suite de l’encyclopédie pionnière d’Owen Jones (1856) privilégient largement les motifs abstraits typiques de l’art islamique, purement géométriques ou d’un naturalisme stylisé ; pourtant, les motifs figuratifs, et notamment animaliers (eux aussi présents jusque dans l’art islamique), saisissent eux aussi l’imaginaire collectif et donnent lieu à de multiples appropriations, réinterprétations et variations – parfois même au mépris de leur histoire. Ainsi, symbolistes et esthètes s’emparent de la figure du paon pour en faire le symbole par excellence du Japonisme, en ignorant sa présence en Chine, en Inde, en Perse ; les sinuosités de l’Art Nouveau se délectent des courbes du dragon, dans l’oubli de ses origines chinoises ; les lions ailés du passé pré-islamique moyen-oriental sont redécouverts à travers les récits de fouilles en Mésopotamie et recréés pour le grand public dans les décors d’expositions nationales ou internationales ; et bien d’autres exemples du bestiaire fantastique oriental pourront être convoqués : phénix, simurgh, griffons, lamassus et autres créatures fabuleuses.
Il ne s’agira pas d’établir un historique de ces motifs ou de suivre le chemin des errances qui les amenèrent en Occident, mais de plonger au cœur de la logique de la réception de l’Orient par l’Occident du dix-huitième siècle au début du vingtième siècle, en analysant la manière dont les motifs figuratifs orientaux devinrent à la fois creusets et agents de transferts esthétiques et culturels, et en étudiant les discours tenus sur ces motifs.

On cherchera ainsi à saisir les modalités de leur appropriation par les cultures européennes, les mécanismes de leur redéfinition ou réinterprétation, et les étapes de leur copie, de leur stylisation ou de leurs déclinaisons nouvelles dans l’art occidental – sans oublier de s’interroger sur les « contresens fertiles » de certaines de ces réappropriations.

On interrogera la plasticité formelle et culturelle particulière à ces motifs (peut-être liée à l’hybridité fondatrice de certains d’entre eux, tels que le lion ailé, mi-félin mi-oiseau, ou le dragon, mi-reptile mi-rapace ?), leur permettant d’être investis de significations changeantes, mais aussi de faire l’objet de nombreux transferts intermédiaux, entre arts du livre, céramiques, textiles, décors architecturaux, etc.

Plus largement, on suivra les tensions culturelles induites, lorsqu’un symbole chargé de signification (que celle-ci soit religieuse, spirituelle, dynastique ou politique) devient simple élément décoratif : sa redéfinition comme ornement est-elle simple perte de sens, ou réinvestissement nouveau ? Et serait-ce le destin d’un motif décoratif que de se voir ainsi constamment redessiné et resémantisé, y compris d’une culture à l’autre ?

Presentation :

With the golden age of Orientalism in the 18th and 19th centuries, many decorative motifs of the Orient started infiltrating European art and culture. The pattern books and dictionaries of ornaments published in the wake of Owen Jones’s pioneering Grammar of Ornament (1856) mostly favoured abstract motifs, like the purely geometrical or highly stylised motifs of Islamic art; however, figurative motifs, and particularly those featuring animals (as also happens in Islamic art) also fired collective imagination and were subjected to numerous appropriations, reinterpretations or variations—sometimes entirely divorced from their true origins. Thus, in the 19th century, fin-de-siècle Symbolists and Aesthetes turned the figure of the peacock into the symbol of Japonism par excellence, largely disregarding its almost timeless presence in the cultures of China, India, Persia; Art Nouveau stylistics delighted in the curves and counter-curves of the dragon, without always considering its Chinese origins; designers and architects entertained the popular public by decorating exhibition pavilions with the winged lions and creatures of the Middle-Eastern pre-Islamic past, rediscovered in the narratives of excavations in Mesopotamia… and many other examples of European appropriations of the Oriental bestiary could similarly be mentioned, such as inventive accommodations of the figures of the phoenix, the simurgh, griffins, lamassus and other fantastic creatures.

This conference will not aim to recall/rewrite the historical development of these motifs or follow their complex peregrinations throughout the Oriental world, but will rather investigate the logics of their reception in 18th and 19th century Europe, looking into the ways in which Oriental figurative motifs became both loci and agents of transcultural and aesthetic transfers, and studying the types of critical discourse held on them.

We shall seek to understand the modalities of their appropriation by European culture, the mechanisms of their redefinition or reinterpretation, the various stages of their progressive copy, stylization, accommodation or distortion in Western art, and the multiple variations on a theme. The possible fertility of some misinterpretations of Eastern motifs will of course be a moot point.

Of particular interest is the formal and cultural plasticity of such motifs—deriving, perhaps, from the fundamental hybridity of some of them, like the winged lion, half-feline and half-bird, or the dragon, half-reptile and half-bird of prey. Such hybridity allowed them to be invested with ever-changing meanings, but also to be subjected to endless intermedial transfers, from the arts of the book to ceramic or textile art, architectural decor, etc., and also from the decorative arts to the fine arts.

The cultural tensions at work in such artistic borrowings – or pillaging – matter equally, particularly when a symbol fraught with religious, spiritual, communal, or political meaning is redefined as a purely decorative element. Does this transformation of symbols into ornaments imply a mere loss of sense, or does it lead on the contrary to the creation of fresh significance and value? And is it the inescapable fate of decorative motifs to be constantly redefined and revalued through cross-cultural exchanges?

Conférencière invitée - Invited speaker :
  • Eva-Maria Troelenberg (Université d’Utrecht)
Comité scientifique - Scientific committee :

Site internet

Lieu(x) :
Musée des Arts Décoratifs
111 rue de Rivoli
75001 Paris

mise à jour le 12 juin 2020


Accès


Musée des Arts Décoratifs
111 rue de Rivoli
75001 Paris

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