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Opération "Traducteurs et interprètes face aux défis sociaux et politiques: la neutralité en question"

Responsables: Fayza El Qasem et Isabelle Collombat

Dans le domaine de la traductologie, les enseignants chercheurs s’interrogeront sur le paradigme de la neutralité. Longtemps prédominant en traductologie, ce paradigme a commencé à être remis en question dans les années 1990, lorsque certains auteurs (dont Venuti 1995 et Metzger 1999) ont "reconnu qu’il ne peut y avoir de transfert de connaissances d’une langue et d’une culture à l’autre sans subjectivité" (Boéri 2014: 19). Ce tournant épistémologique soulève des questions d’ordre éthique quant à l’idéologie des traducteurs et interprètes, leur intervention, leur pouvoir, leur engagement. Se pose alors la question de la tension entre leur investissement dans la médiation et la perception que les usagers ont de leur neutralité, par exemple dans le contexte de la santé des personnes migrantes (Singy 2003: 144-145).

De fait, la question qui se pose désormais aux traducteurs et interprètes et, au-delà, aux écoles de traduction, est la suivante: faut-il se cantonner à un rôle de médiateur neutre ou nous incombe-t-il d’intégrer la réalité du monde dans nos réflexions professionnelles et considérer que nous agissons sur le monde autant que le monde agit sur nous? Autrement dit, notre position par rapport à la question de la neutralité implique-t-elle un changement dans notre perception des mandats de traduction ou d’interprétation?

Dans cette perspective, nous nous proposons d’inscrire notre réflexion notamment dans les axes suivants, sans exclusivité:

  • Derrière les différents modes d’interprétation ou de traduction et les cadres de pratique, quels effets et dimensions sociales sont méconnus, ignorés, niés?
  • Quel est le rôle de l’interprète et du traducteur en tant qu’agent de préservation du patrimoine linguistique, notamment des langues autochtones menacées, des langues minoritaires ou des langues de faible diffusion?
  • Quels enjeux politiques des textes à traduire sont-ils à l’œuvre, notamment au regard des divergences d’expression liées aux combinaisons linguistiques?

Modalités de travail et résultats attendus: Cette opération démarrera avec l’organisation d’un colloque soulignant le 60e anniversaire de fondation de l’ESIT (Paris, 27 octobre 2017). La réflexion se poursuivra sur la base des pistes que seront ouvertes à cette occasion. Une série de séminaires sera organisée autour de cette question et sera l’occasion d’inviter des spécialistes traductologues extérieurs à l’équipe ainsi que de faire participer activement les doctorants en traductologie à ce projet de recherche.
 

Équipe: Fayza El Qasem, Isabelle Collombat (Clesthia), Nicolas Froeliger (Université Paris Diderot - Paris 7), Myriam Salamah Carr (The University of Manchester), Denise Merkle (Université de Moncton)
Doctorants de l’ED 268: Mnakri Moufida, Afaf Said (future doctorante), Zhang Wen.


mise à jour le 10 février 2018