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Opération "Le traducteur face aux différences culturelles en traduction spécialisée"

Responsable: Colette Laplace

  • Contexte
Les traductologues s’accordent en règle générale à reconnaître la part essentielle que joue la culture en traduction. L’expression de "langue-culture" forgée par Meschonnic a fait florès. Parfois reprise à rebours par certains auteurs sous la forme de "culture-langue", elle atteste l’importance du facteur culturel en traduction, souvent englobé dans la notion d’altérité et cantonné pour l’essentiel aux études réalisées dans le contexte de la traduction littéraire, censée à la fois représenter et concentrer la quintessence des questions relevant de la culture. Ici, quelques rappels s’imposent: la traduction littéraire, aujourd’hui plus communément qualifiée en termes socio-professionnels de traduction d’édition et englobant de ce fait d’autres pratiques d’écriture, ne représente qu’une faible part du "marché" de la traduction. Mais, surtout, qu’entend-on au juste par "culture"? Associée à l’héritage intellectuel mais aussi aux coutumes alimentaires, vestimentaires, aux pratiques religieuses et autres éléments du comportement en société, la culture relève en fait de définitions, approches et horizons théoriques multiples et ne cesse de gagner en extension, mettant à mal la conception territoriale de la langue-culture comme le prouve le phénomène du multiculturalisme. Envisagée sous l’angle de la traduction, la culture apparaît à la fois comme élément du contexte, grille de sélection des textes à traduire et faire traduire mais aussi de lecture et de réception des traductions, tandis que la traduction fait figure de forme de culture en soi: il est aujourd’hui question de "culture de la traduction" (Schippel). La traductologie a enregistré un tournant culturel dans les années 1980 (Snell-Hornby), sans pour autant que la pleine mesure du phénomène n’ait été prise. Rares sont encore à ce jour les articles ou ouvrages traductologiques qui abordent la question de la culture en relation avec les domaines de spécialité de quelque nature qu’ils soient: philosophique, scientifique, technique, juridique, économique, médiatique ou autre, tant prévaut l’idée que la traduction spécialisée mobilise avant tout un savoir de la spécialité considérée, souvent jugé sans rapport spécifique a priori avec telle ou telle culture et parfois même "transfrontière", en technique par exemple. Par-delà l’universalisme de certains traductologues et le particularisme des autres, les traducteurs se trouvent de fait confrontés, dans leur pratique, à des différences culturelles qui, bien que déjà pour partie abordées, justifient un approfondissement à la fois plus systématique et transdisciplinaire de la question.
 
  • Objectifs
Il s’agira dans un premier temps de recenser les publications abordant directement ou indirectement la question de façon à répertorier les modalités sous lesquelles se manifeste la "culture" dans les domaines de spécialité, de tenter de les catégoriser, en prenant appui sur d’éventuelles typologies existantes tout en cherchant à faire la part des éléments culturels relevant des realia et des éléments culturels relevant plus spécifiquement des façons d’exprimer.
La traduction étant, entre autres, affaire de transmission, de "passage" d’un univers culturel à un autre, nous nous concentrerons néanmoins sur l’analyse des enjeux et des contraintes qu’impose la traduction des différences culturelles en étudiant:
  1. Les modalités de prise en charge de domaines inédits dans la langue cible, autrement dit les stratégies, techniques et procédés de traduction mobilisés pour surmonter les phénomènes de "vide lexical", d’"ignorance culturelle" (Richard) ou d’"intraduit culturel" (Sergeant),
  2. Les produits de la pratique culturelle qu’est la traduction, et notamment les critères de textualité et l’écart éventuel entre formes textuelles en langue de départ et en langue d’arrivée, l’existence de genres textuels propres à telle ou telle culture et leur importation ou création dans un autre espace culturel par traduction interposée,
  3. L’ancrage culturel du sujet traduisant et son empreinte sur les textes d’arrivée,
  4. Sa position traductive ouvrant sur une éthique locale ou globale du traduire,
  5. Autant d’éléments nous incitant in fine à nous interroger sur son rôle de médiateur culturel et sur sa place dans la société.
  • Équipe
C. Laplace, F. El Qasem, T. Bodrova, F. Plassard, S. Mauduit-Peix, Ph. Séro-Guillaume, Sophie Pournin, C. Ballestero de Celis, J. Gracia, E. Beaumatin.
 
  • Livrables
Une journée d’étude 1er semestre 2015 et publication d’un ouvrage collectif consacré à cette problématique et réunissant certaines contributions à la journée, mais aussi des articles d’autres chercheurs spécialistes de la question n’ayant pas participé à la journée.

mise à jour le 5 février 2018