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Opération "La variation d’auteur et la variation rédactionnelle: édition, génétique textuelle et e-philology"

Responsables: Gabriella Parussa et Andrea Valentini

Faisant suite à une opération de recherche du précédent quinquennal et à une journée d’étude qui réunissait des philologues et des généticiens ("L’édition de textes: regards croisés sur les théories et les pratiques", 21 mai 2016), deux membres de l’équipe qui s’intéressent aux questions d’ecdotique ont décidé de poursuivre les recherches dans ce domaine en faisant intervenir d’autres membres de l’unité Clesthia, mais aussi des chercheurs extérieurs. Dans la continuité des réflexions menées au sein des séminaires et conférences organisés par l’équipe autour de la notion de variance (Jean-Michel Adam, Stefania Maffei-Boillat, Rudolph Mahrer), il a été décidé de prendre comme objet d’étude la "variante d’auteur", afin de faire converger les théories et les méthodes de la philologie traditionnelle et de la génétique textuelle.

Il est vrai que la critique génétique en France est née et s’est affirmée contre la philologie traditionnelle, mais ce projet voudrait démontrer que continuer d’opposer les deux méthodes revient à une simplification infructueuse. Les philologues, confrontés à des traditions textuelles complexes, ont commencé à se poser, à partir au moins des années 1980, des questions au sujet de l’interprétation de cette variance particulière aux manuscrits médiévaux qui ne permet pas de distinguer un auteur des copistes remanieurs. La notion de "variante d’auteur", d’ailleurs, est exploitée depuis longtemps y compris par les philologues les plus orthodoxes et, dès le début du 20e siècle, elle avait déjà fait naître le doute chez Bédier quant à l’efficacité de la méthode lachmanienne pour des configurations textuelles particulières.

Bien que des textes médiévaux et renaissants il ne reste presque aucun brouillon, à partir du Moyen Âge tardif, plusieurs manuscrits produits sous le contrôle des auteurs ont pu être conservés. Il est donc possible, à partir de ces témoins, d’étudier le processus de correction et d’innovation (morpho-syntaxiques, lexicales, stylistiques) que certains auteurs ont fait subir à leurs textes. En ce sens, la philologie peut s’apparenter étroitement à cette branche de la génétique qu’on appelle critique génétique éditoriale ou textuelle, ou encore à la philologie d’auteur. Les textes de Christine de Pizan (ca 1365-1430), sur laquelle travaillent plusieurs membres de l’équipe et des doctorants, sont à cet effet un cas exemplaire, mais d’autres auteurs se prêtent à ce type d’analyse.

Le but du projet est donc de confronter les pratiques, le métalangage, les éditions des deux disciplines afin de trouver des solutions communes et d’établir un dialogue entre elles. Il s’agira aussi de réfléchir aux moyens techniques permettant de mettre en ligne les dossiers textuels, ainsi que les transcriptions afin de réaliser des éditions qui permettent de voir le travail d’écriture et de réécriture de la part des auteurs du corpus choisi. Pour ce faire Clesthia a l’intention de demander un contrat post-doc, en association éventuelle avec une autre unité de Paris 3 (FIRL), pour un projet de numérisation et enrichissement du corpus textuel que l’on souhaite rendre accessible à un public de chercheurs, étudiants et de toute personne qui s’intéresse aux pratiques de l’écriture.

Modalités de travail et objectifs: Un site pour la mise en ligne de dossiers philologico-génétiques; un manuel d’édition spécialement conçu pour apprendre à traiter ce type de configurations textuelles; une journée d’étude internationale faisant intervenir des spécialistes de deux approches dans le but de trouver des solutions communes et, éventuellement, une assise théorique commune qui permette de fonder une nouvelle pratique éditoriale orientée vers les potentialités offertes par le numérique qui ne sont pas encore complètement exploitées.

Équipe: Andrea Valentini, Gabriella Parussa, Anne Régent-Susini, Olivier Halévy, Claire Doquet; doctorants: Lucien Dugaz, Laura-Maï Dourdy, Laetitia Sauwala, Yunhao Na; extérieurs à Clesthia: Nathalie Dauvois, (FIRL), Raymund Whilelm (Alpen-Adria Universität, Klagenfurt), Rudolph Mahrer (Univ. Lausanne), Anne Schoysman (Univ. Sienne).


mise à jour le 10 février 2018