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Opération 1: "Oral représenté"

Responsables: Florence Lefeuvre et Gabriella Parussa

Depuis F. Saussure la linguistique pose la primauté de l'oral sur l'écrit en traçant par là la séparation entre deux sous-disciplines: la linguistique de l'oral et la linguistique de l'écrit, héritière de la philologie (cf. encore aujourd’hui Morel et Danon-Boileau 1998). La frontière entre les deux systèmes de signes n'est pourtant pas étanche et souvent les relations qu'entretiennent oral et écrit pèsent d’un poids important dans l'explication de certains phénomènes. Depuis quelques années, les linguistes se sont tournés vers le domaine de la parole représentée à l'écrit et ont choisi comme objet d'étude le discours rapporté, direct ou indirect.

Nous nous inscrivons dans cette lignée, tout en élargissant les contours du domaine étudié et des caractéristiques prises en compte. Notre projet de recherche est centré autour des modalités de représentation de l’oral dans les textes écrits et a pour but spécifique de mettre en évidence la façon dont les marques linguistiques propres à l’oral sont rendues à l’écrit. Ces marqueurs d'oralité seront à chercher aussi bien dans le lexique (lexèmes et interjections), qu'au niveau de la syntaxe, et seront éventuellement mis en relation avec des caractéristiques spécifiques au discours oral comme la prosodie, voire la gestualité. 

Nous faisons le pari que l’oral représenté est l’un des paramètres à prendre en compte quand on étudie la variation linguistique aussi bien en diachronie qu’en synchronie. 


Objectifs:

Relever et examiner les marqueurs de l’oral représenté, lexicaux, syntaxiques, typographiques (ponctuation, autres balisages, indication des locuteurs) en se fondant sur des supports écrits variés du point de vue générique et chronologique. Pour la période la plus ancienne de la langue française, nous essaierons d'établir une liste de phénomènes liés à l'oral dans l'écrit, de manière à approcher sinon l'oral réalisé, à jamais perdu, du moins sa mise en scène. L'oral représenté est pour un médiéviste, mais aussi pour tout linguiste qui travaille sur des textes d’avant le début du 20e siècle, le seul accès à une forme d'oral ancien.

Pour le français contemporain, l’analyse d’un corpus de textes oraux réels, en comparaison avec des textes écrits qui imitent ou transcrivent l’oral permettra de déceler les similitudes et les différences éventuelles et de mettre en évidence jusqu’à quel point l’oral représenté est encore de l’oral.

L'enquête se fera selon deux perspectives différentes, en synchronie sur des corpus ciblés et retreints, et en diachronie, sur des corpus plus larges contenant des textes qui remontent à des époques différentes.


Cadre de l'étude

  • Les supports écrits considérés seront de toute nature, à la seule condition qu’ils contiennent des transpositions de l’oral: roman, théâtre, lyrique, chroniques, mais aussi des textes non littéraires, les documents de la pratique (comme la minute du procès de Jeanne d’Arc, par exemple).
  • L’approche diachronique sera systématique ; elle permettra de considérer l’évolution de certaines marques linguistiques à travers différentes époques: Moyen-Age, 16e siècle, 17e siècle, 20e-21e siècles. Seront examinés, selon les périodes considérées, des textes manuscrits ou bien des imprimés originaux.

Les textes contemporains seront également pris en compte d’un point de vue synchronique.

Quatre thématiques de recherche spécifiques seront envisagées: les frontières du discours rapporté, le lexique, les modalités spécifiques de l’oral représenté, le style, le parler ou la parlure des locuteurs.


Équipe

Claire Doquet, Yana Grinshpun, Florence Lefeuvre, Evelyne Oppermann, Gabriella Parussa, Olivier Halévy, Gilles Philippe, Justino Gracia, Eric Beaumatin, Marie-Christine Lala (membres), Laetitia Sauwala, Koun Baek (doctorants).


mise à jour le 12 février 2018