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Nadia Carboni nous parle de son métier d'écrivain public

le 9 janvier 2012
 

Histoire d'une reconversion professionnelle avec Nadia Carboni, titulaire de la licence professionnelle Ecrivain Public...

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Pouvez-vous vous présenter ? 

Je m'appelle Nadia Carboni, j'ai 54 ans et je suis diplômée de la licence professionnelle d'écrivain public et de conseil en écriture de la Sorbonne nouvelle (promotion 2009-2010). J'ai auparavant travaillé pendant 25 ans comme traductrice free-lance de brevets scientifiques (anglais-espagnol) pour le compte de sociétés, telles que Kodak USA et France, pour des cabinets de dépôt de brevets parisiens et l'OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle). Parallèlement, je proposais des traductions de dossiers d'adoption, de documents administratifs destinés à faire venir des enfants en France... Mais le 1er mai 2008, le protocole de Londres - ne nécessitant plus de traduire les brevets - est entré en application et a précipité la disparition de ma profession. En tant que traductrice, je travaillais avec les mots des autres, j'écrivais dans une langue que les personnes ne maîtrisaient pas correctement, j'assumais déjà une fonction de médiatrice entre deux langues, deux cultures différentes.

 Comment en aviez-vous entendu parler ?

Le métier d'écrivaine publique et de conseil en écriture s'est imposé tout naturellement. J'ai eu connaissance de la formation proposée par la Sorbonne Nouvelle lors de mes recherches sur Internet. Il m'apparaissait indispensable de me former à ce métier avant de l'exercer et d'acquérir une légitimité et une compétence grâce à un diplôme d'Etat.

Vous exercez depuis 18 mois le métier d'écrivain public - Cela correspond-t-il à vos attentes ?

J'ai créé mon cabinet d'écrivain public à Nanterre en juin 2010, après l'obtention de mon diplôme. Le contenu de la formation dispensée à la Sorbonne Nouvelle a renforcé les bases de ma formation littéraire, fourni les clés nécessaires à la compréhension des différentes situations que je suis amenée à rencontrer. Grâce aux 400 heures de stage, que j'ai effectuées d'une part dans une maison de retraite et d'autre part dans un centre social, je me suis rendue compte que l'exercice du seul volet social de l'activité d'écrivaine publique ne suffirait pas à combler mes attentes. J'ai alors choisi d'élargir mon activité, en créant des ateliers d'écriture en maison de retraite, en hôpital, en école ; en accompagnant les personnes dans l'écriture de leur récit de vie. Je propose également toutes les prestations liées à la communication écrite en direction des professionnels, et j'anime des formations à la qualité des écrits pour des entreprises... Je distingue deux fonctions dans mon activité : écrivaine publique pour la partie sociale et conseil en écriture pour la partie plus littéraire. Ces différentes facettes du métier me permettent de développer mon activité,  je suis en mesure d'en vivre tout en pratiquant le métier que j'aime.

Avez-vous été directement opérationnelle après votre formation, quels savoirs mobilisez-vous encore aujourd'hui ?

Dès mon installation, grâce à la qualité de la formation reçue à la Sorbonne Nouvelle, je me suis sentie suffisamment « armée » pour faire face à certaines difficultés ou situations. Bien sûr, après une année et demi de pratique,  je suis plus sûre de moi, plus sereine. Lorsque je reçois des particuliers, venus résoudre certains problèmes administratifs, je peux m'appuyer sur les cours de droit dispensés lors de ma formation, j'ai appris à conduire un entretien dans de bonnes conditions grâce à la psychosociologie. Dans toutes les prestations liées à l'écrit, j'utilise les savoirs acquis en littérature, en rhétorique, en linguistique, en expression professionnelle. La sociologie a soulevé chez moi une foule de questionnements, parfois déstabilisants, mais au final constructifs. Comme je souhaitais créer des ateliers d'écriture dans différents établissements, malgré la bonne qualité de l'enseignement suivi à la Sorbonne, j'ai éprouvé le besoin d'approfondir ma formation initiale par un stage d'animatrice d'ateliers d'écriture. J'aurais également apprécié une formation informatique plus centrée sur les logiciels de PAO (mise en page et en forme), absolument nécessaire dans l'élaboration des récits de vie. Mais je crois savoir que cette lacune a été comblée par la Sorbonne.

 

Vous avez été filmée dans un documentaire où vous racontez votre métier ?

Ce documentaire s'intitule : profession écrivain public. Il est à l'initiative de la réalisatrice Patricia Bodet et a été diffusé le mardi 11 octobre 2011 sur France 5 dans l'émission « Le monde en face ». Pendant plusieurs semaines, Patricia a relaté le quotidien de 7 écrivains publics, dont le mien en maison de retraite. Son film aborde les différentes façons de concevoir la profession et les multiples facettes du métier d'écrivain public : sur les marchés, en cabinet libéral, en maison d'arrêt, maison de retraite, en mairie ou comme biographe familial... Mais tous les écrivains publics interviewés se rejoignent pour souligner l'importance de la relation humaine créée par la confiance et l'écoute.

Patricia a tourné à la maison de retraite protestante de Nanterre où j'anime un atelier d'écriture pour personnes âgées dépendantes. Ces personnes peuvent être atteintes de la maladie d'Alzheimer, souffrir de séquelles d'AVC, de cécité, de dysfonctionnements physiques et psychiques divers. Ces ateliers d'écriture sont extrêmement importants, car ils proposent un projet de vie. Ils restaurent l'image des résidents ternie par la maladie en leur donnant la possibilité de communiquer, d'exister aux yeux des autres. Le résident est désormais un sujet à part entière, revalorisé, avec une vision positive de sa personne.  Ecrire donne de la valeur et du sens à sa vie.

 En trois ans, nous avons créé un journal de la maison de retraite, rédigé une nouvelle, un scénario duquel a été tiré un film tourné par les résidents, un livre de contes, un recueil de poèmes participant à un concours initié par une association nanterrienne, et un livre de cuisine et de littérature. Les résidents sont très fiers de leurs écrits et de leur réussite.

L'atelier d'écriture est en outre un lieu de vie extrêmement riche en émotions et en rencontres. J'organise en effet, de temps à autre, des rencontres intergénérationnelles. La dernière en date a eu pour point de départ l'écriture d'un livre de contes, illustré par les enfants d'une école de Maisons-Laffitte.

Avez-vous un conseil à donner aux étudiants de la Sorbonne Nouvelle ?

Dans toute formation, la théorie est nécessaire à l'apprentissage des bases. Mais seule la pratique, par des stages, permet réellement de découvrir la richesse d'un métier. Je conseillerais également aux étudiants de ne pas se limiter à leur domaine, d'être suffisamment curieux pour aller à la rencontre d'autres pratiques, d'autres cultures, d'autres idées. Cette ouverture d'esprit leur permettra d'aplanir les difficultés liées au monde du travail.
Enfin et surtout, qu'ils se fassent confiance et poursuivent leurs rêves. Quand on croit en quelque chose, on peut soulever des montagnes.

 

 

 

 


Type :
Portrait
Lieu(x) :
 

mise à jour le 11 juin 2013