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Les Pensées-de-Pascal, une réouverture

le 7 juin 2017

Organisation
Alain Cantillon, Sophie Houdard, Pierre Antoine Fabre (CESOR – EHESS) et Martine Pécharman (CRAL – CNRS) et Dinah Ribard (Grihl – EHESS)

Présentation

Il y a de cela maintenant déjà soixante-dix ans, Louis Lafuma travaillait à une nouvelle édition des Pensées-de-Pascal qui, à partir de 1948, allait bouleverser la tradition et les études pascaliennes. Par la suite, dans la préface d’une de ses éditions, il se délivra rétrospectivement ce satisfecit : Ainsi il n’y a plus d’écran entre l’auteur et le lecteur. Chacun pourra se rendre compte du stade auquel Pascal était parvenu dans la préparation de son Apologie. Selon toute apparence la seconde de ces phrases vient préciser et limiter le sens qu’il faut donner à la première : il n’y a plus d’écran, c’est-à-dire que « le lecteur » peut voir où « l’auteur » en était, à quel point de préparation il était arrivé. Selon Lafuma, les Copies prises par les proches de Pascal à sa mort sont conformes à l’état de ses papiers et donnent donc objectivement accès à un ordre qui serait le seul ordre véritable et qui rendrait vaines toutes les tentatives de recherche du plan projeté par cet auteur. C’est une illusion ; en aucun cas l’intense travail hétérographique qu’est le travail collectif de confection de copies, avec mise en ordre très normée d’écrits autographes et de papiers qui formaient des liasses et des tas, ne peut rendre fidèlement compte de l’état terminal de ces papiers et des traits d’écriture qu’ils portaient. Cependant cet ordre est un ordre et il en vaut bien un autre. Qu’en faire toutefois ? De nombreuses études ont depuis Lafuma, en prenant son travail comme acquis et point de départ, tendu à montrer que non seulement il n’y avait enfin plus d’écran, mais que cette disparition donnait aux lecteurs accès à tout autre chose qu’au stade ultime d’une préparation définitivement inachevée, et que ce dernier état rendait valide une forme de remontée, depuis les écrits tels qu’ils ont été abandonnés par leur auteur vers un sens originaire de l’œuvre qui, ainsi, demeurerait accessible malgré cet inachèvement et grâce au travail des proches. Or une telle croyance manque de fondement pour deux raisons. D’abord elle ne tient pas compte de l’inachèvement de ces écrits qui sont aujourd’hui connus sous le titre des Pensées-de-Pascal, tel qu’il n’est pas possible d’en tirer la moindre conclusion sur l’état de tous ces écrits une fois advenu leur hypothétique achèvement ; ensuite, et corrélativement, elle réduit le fossé, bien connu cependant, qui existait entre Pascal et tous ses proches en faisant comme si l’ordre qu’ils ont donné à ces écrits était nécessairement fidèle à la pensée de leur auteur. À ce jour aucun travail collectif n’a pris en compte la multiplicité des conséquences des singuliers inachèvement et fragmentation des Pensées-de-Pascal, de cette forme d’écrit que Louis Marin analysa comme un « discours où le moi s’affirme comme absence ; discours où le jugement parce qu’il se brise, le raisonnement parce qu’il éclate en fragments et ne s’achève pas, laissent vacantes les places que l’autre devrait y occuper » un discours qui appellerait « à l’ouverture, puisque ce n’est pas un autre moi qui s’y découvrirait comme affirmant sa vérité, mais puisque la vérité dans son affirmation y apparaîtrait comme manque et provocation » . Cette critique de la fragmentation des Pensées-de-Pascal est un appel à leur étude, leur lecture, leur compréhension comme ouverture ; elle n’en fixe pas les significations mais fait état de ce qui s’y oppose à jamais à toute tentative de totalisation. Même si l’on peut la trouver en parfait accord avec certains énoncés de ces écrits, comme, par exemple, que la vérité est présente ici-bas mais couverte d’un voile, ou encore avec la place qu’y occupent les contradictions, elle met au premier plan leur énonciation comme telle. La prise en compte de cette nature singulière de l’énonciation des Pensées-de-Pascal devrait per-mettre un renouvellement de leur lecture et de leur compréhension, qui rende derechef possible une réactivation de leur puissance critique aujourd’hui dans le monde. Un tel retour sur ce livre mouvant devrait donc se faire de deux manières complémentaires : d’une part en s’attachant aux potentialités poétiques qui touchent à un certain usage du langage, à l’invention d’une langue singulière dans cet inachèvement-même, à la composition labile de l’énonciation, et d’autre part en demeurant perpétuellement attentif à la référence à de multiples lieux d’énonciations, aux innombrables contextualisations possibles. Il serait bon par exemple de revenir aujourd’hui sur la façon dont ces écrits jouent avec les incertitudes, avec les futurs contingents, avec la mort, ou dont ils tentent de formuler un rapport entre le fini et l’infini, de cerner ce que cela peut bien vouloir dire qu’ « infini », ou dont ils produisent l’historicité de l’homme, ou dont ils construisent la relation à la divinité et au salut en affirmant que c’est Dieu qui quitte le premier, ou dont ils mettent en jeu la justice, la tyrannie et la place d’un « peuple », etc. etc. Cette journée est destinée à être suivie de quelques autres consacrées plus largement à une réouverture des diversités pascaliennes.

 


Type :
Colloque / Journée d'études

mise à jour le 19 septembre 2017