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Le sujet des Rencontres Jeunes Chercheurs 2015

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« Contact de langues : situations, représentations, réalisations »

Introduite par U. Weinreich (1953), la notion de contact de langues inclut toute situation dans laquelle une présence simultanée de deux langues affecte le comportement langagier d’un individu (Moreau, 1997) ou d’une communauté linguistique. Elle est au cœur du changement et de la variation linguistiques, en diachronie comme en synchronie et s’inscrit dans des espaces aux frontières mouvantes, variables au gré des migrations, mais aussi des ouvertures et des fermetures économiques, culturelles ou des projets politiques (colonisation, domination culturelle extérieure…). Il sera possible d’envisager les rapports et interférences entre langues, d’une part, et entre variétés d’une même langue, d’autre part, d’un point de vue synchronique ou diachronique.

Ces dernières années, les recherches sur le contact de langues se sont multipliées dans une perspective méthodologique et épistémologique renouvelée, fondée sur la prise en compte de la variabilité et un ancrage des faits linguistiques dans les réalités matérielles (Nicolai, 2007). Ces travaux se situent aux antipodes de ceux réalisés au courant du XIXe siècle, qui écartent l’idée même de langues en contact pour se concentrer sur les liens de filiation d’une langue à une autre (Tabouret-Keller, 1988). Les 18èmes Rencontres Jeunes Chercheurs proposent d’aborder ce domaine à travers trois notions complémentaires : situations, représentations, réalisations.

Aborder le “contact de langues” implique l’observation et la description empirique de situations institutionnelles, socio-professionnelles ou familiales, de situations d’apprentissage de langues étrangères ou d’acquisition dans des contextes de plurilinguisme ou de diglossie. La notion est également profondément ancrée dans la psycholinguistique : la maîtrise de plusieurs langues a un impact sur la structure du cerveau et les processus cognitifs. Le terme “situation” est à comprendre ici au sens large et peut référer à des dimensions collectives comme individuelles. On pensera par exemple aux langues régionales ou au choix d’une langue d’écriture par les écrivains plurilingues. 

Le contact de langues s’insère aussi dans la tension entre prescription et description linguistique. Il s’agira de s’intéresser aux représentations sociales et métalinguistiques de ces langues en contact que les locuteurs, de même que les linguistes et les grammairiens eux-mêmes, construisent et véhiculent à partir de leur jugement. L’étude du contact de langues invite ainsi à interroger les processus de construction identitaire et à revenir sur des notions telles que “insécurité linguistique” ou “communautés imaginées” (Anderson, 1983).

Les réalisations qui relèvent du contact de langues sont elles aussi multiples. Ce sont en effet des productions langagières hybrides, que l’on peut saisir à la fois sur le plan collectif, comme dans le cas des emprunts, des créoles ou des pidgins, et sur le plan individuel, à travers les interférences (phoniques, syntaxiques, lexicales), en partie dues aux transferts entre les différentes langues que connaît le locuteur. Dans ce contexte s’inscrivent aussi  l’alternance codique et, dans le domaine de l’acquisition et de la didactique, les interlangues. La diversité de ces réalisations apporte un nouvel éclairage sur les typologies linguistiques existantes. Elle pose également question dans le domaine du traitement automatique des langues, où les corpus plurilingues font naître des questionnements méthodologiques nouveaux, qui diffèrent de ceux posés par les corpus unilingues. De même, la traduction peut être comprise comme une des formes possibles de réalisation du contact de langue ; or les traducteurs doivent eux aussi résoudre des difficultés pratiques et théoriques liées aux langues qu’ils mettent en contact ou qui se trouvent en contact dans les textes qu’ils traduisent (Ballard, 2006).

Autant d’approches théoriques qui permettent de réunir des chercheurs en sciences du langage autour d’une problématique commune, et de réfléchir à la place de cette discipline dans les sciences humaines. Les participants pourront considérer les langues sous tous leurs media (oral, écrit, langue des signes).

Références

  • ANDERSON Benedict (1983), Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Londres: Verso.
  • BALLARD Michel (2005-2006) (dir.), La traduction, contact de langues et de cultures, 2 vol., Arras: Artois Presses Université.
  • MOREAU Marie-Louise (1997), Sociolinguistique. Concepts de base, Bruxelles: Mardaga.
  • NICOLAI Robert (2007), « Le contact des langues : point aveugle du ‘linguistique’ », Journal of Language Contact, Evolution of languages, contact and discourse, Thema n° 1: 1-10.
  • TABOURET-KELLER Andrée (1988), « Contacts de langues : deux modèles du XIXème siècle et leurs rejetons aujourd'hui », Langage et société, n° 43: 9-22.
  • WEINREICH Uriel (1953), Languages in contact, findings and problems, New York: Linguistic Circle of New York.

Le colloque est ouvert à tous : masterants, doctorants, jeunes chercheurs...

Entrée libre en fonction des places disponibles.

Une attestation de présence sera remise aux participants.


mise à jour le 27 novembre 2015


Calendrier 


Colloque :
  • 3 & 4 juin 2020

Documents 

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  • Livret - Programme RJC (à venir...)

Contact 


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