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La tradition théâtrale en France et au Japon : réflexions croisées sur les mises en scènes contemporaines du théâtre baroque et le Kinoshita Kabuki

le 30 octobre 2018

  • Organisateur :
Pierre Letessier
  • Présentation:
En Occident, la notion de répertoire théâtral est coupée de la notion de tradition. Le répertoire désigne aujourd’hui un stock de pièces à monter en suivant des gestes contemporains de mise en scène. Monter une pièce du répertoire, c’est bien souvent la « dépoussiérer », c’est-à-dire l’actualiser en retrouvant une actualité du sens par une actualité de la forme, par une réinvention du geste de la mise en scène. A l’inverse, en Orient, la notion de répertoire théâtral se rattache à celle de tradition. Le répertoire désigne un stock de pièces à monter suivant des gestes traditionnels, en reprenant un dispositif spatial, des costumes, des techniques de jeu connus...

Monter une pièce du répertoire, c’est l’actualiser par une permanence de la forme. Il y a une tradition en Occident qui consiste à se détacher de la pratique théâtrale ancienne, et en Orient une tradition qui consiste à retrouver et à réinventer en permanence la pratique théâtrale ancienne. Cette opposition (en apparence) totale interroge dans un premier temps
sur la façon dont une tradition peut se maintenir ou au contraire se perdre, et surtout sur ce que le mot même de « tradition » peut recouper. La question se pose d’autant plus qu’en France comme au Japon on assiste depuis quelques années à un double mouvement inverse en ce qui concerne les liens entre le répertoire théâtral et la tradition.

Depuis les années 1970, en effet, on assiste à des tentatives multiples en Occident et tout particulièrement en France de retrouver la tradition baroque : dans le sillage des musiciens et des danseurs, des pionniers de la scène baroque ont cherché à réactiver une pratique actoriale ancienne suivant les traités de chant, de rhétorique et de grammaire. De tels travaux comme ceux d’Eugène Green, qui avaient aussi et dès le début l’ambition d’être de véritables propositions scéniques, ont durablement inspiré des metteurs en scène comme Benjamin Lazar et Charles di Meglio. Ces propositions artistiques trouvent leur double inversé dans le travail du Kinoshita Kabuki. Le parti pris de cette troupe dirigée par Yuichi Kinoshita est, en effet, de considérer le répertoire théâtral japonais à la façon occidentale et de monter des pièces du répertoire en réinventant les modes de jeu et de mise en scène, ce que les Français appelleraient un « dépoussiérage », mais tout en s’appuyant sur une connaissance de la tradition du Kabuki.

Organisée à l’occasion de la représentation de Kanjincho par le Kinoshita Kabuki au Centre Pompidou et de Cléopâtre captive de Jodelle par Charles di Meglio à la BNF, et en réunissant des artistes et des chercheurs japonais et français, cette journée d’études croisées s’interrogera sur cette façon double dont la création contemporaine, en France et au Japon, se nourrit de ses liens avec la tradition, qu’elle cherche à la réinventer ou au contraire à s’en détacher, et aura pour ambition de dégager à travers cette mise en perspective de pratiques (en apparence) opposées, une réflexion nouvelle sur la notion même de « tradition » comme processus de création

Type :
Colloque / Journée d'études

mise à jour le 5 juin 2018