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La réception de la pensée française contemporaine au prisme de la traduction

du 12 octobre 2018 au 13 octobre 2018

  • Organisateurs:
Bruno Poncharal
Marion Naugrette-Fournier

  • Présentation :
Les problèmes soulevés par la traduction des sciences humaines et sociales ne sont pas ou peu abordés dans le cadre de la traductologie, que ce soit en France ou ailleurs. Ce constat est corroboré par la sociologue de la littérature, de la traduction et des échanges culturels internationaux, Gisèle Sapiro (EHESS-CNRS), qui a dirigé plusieurs ouvrages ou rapports à ce sujet, qui écrit dans le rapport pour l’Institut français qu’elle a dirigé en 2014 : « Car, par-delà les obstacles financiers évoqués, un des problèmes qui entravent la circulation des idées est la qualité trop souvent insatisfaisante des traductions, qui tient en partie aux conditions de travail des traducteurs, et en partie à l’absence de formation spécialisée. […] Beaucoup de discussions sont menées au Royaume-Uni ou aux États-Unis autour de la traduction littéraire, alors que la traduction des sciences humaines et sociales n’a pas trouvé un « advocate » au sein de la communauté des traducteurs. » (Sapiro, 2014 : 209/213).

Alors que les conditions de la réception, ou de ce qui est plus de « l’ordre d’une recréation » (Sapiro, 2012 : 5) de la pensée français sont désormais bien connues, en particulier grâce au livre de François Cusset French Theory, il apparaît que nous sommes passés, depuis les années 1990, à un autre moment de cette réception, et plus précisément à un certain « désengagement des traductions, justifié dans le discours des acteurs par la disparition des « grands auteurs », la spécialisation accrue, le manque d’intérêt du public ». (Sapiro, in Charle et Jeanpierre, 2016 : 805).

S’interroger sur la traduction de la French Theory à l’étranger, et en particulier en langue anglaise, puisque l’anglais s’est imposé comme « la langue » de la communication par excellence, revient également à s’interroger sur cette expression de « pensée française ». Les grandes théories « exportables » telles que le structuralisme ou la déconstruction représentent-elles encore la pensée française du 21ème siècle, et la publication de nouvelles traductions de ces œuvres est-elle une démarche encore pertinente ? Qu’en est-il de l’aura de ces penseurs français tels que Jacques Derrida, Michel Foucault ou Julia Kristeva, dont Cusset dans son ouvrage comparait le rayonnement aux Etats-Unis à celui d’acteurs de western hollywoodien ? Quelles sont donc les nouvelles « stars » de la pensée française sur le marché de la traduction en langue anglaise ?

Il est certain que la traduction des ouvrages de sciences humaines et sociales pâtit de plusieurs facteurs, dont la contrainte économique qui se fait de plus en plus pesante, et entre autres la fragilisation du secteur du livre et l’essor du numérique, qui pourrait cependant s’avérer être une autre alternative. Pourtant, comme le fait remarquer Gisèle Sapiro, depuis 2010 au moins 270 traductions du français en anglais ont paru chez un éditeur américain ou anglais, selon les données réunies par le Bureau Français du livre à New-York. Il y aurait donc encore des raisons de traduire des ouvrages français en langue anglaise, et de pratiquer ce que Barbara Cassin dans son Eloge de la traduction nomme « la gymnastique du ‘entre’ », c’est-à-dire « compliquer l’universel ».
Dans un premier temps, on pourra notamment s’intéresser aux points suivants, dans une démarche visant à mettre à jour la cartographie de l’exportation de la pensée française dans les pays de langue anglophone :

Qu’est-ce qui fait la spécificité de la traduction en sciences humaines et sociales de la pensée française ? Y-a-t-il une « écriture française » en philosophie, en histoire et, plus généralement, dans le domaine des sciences sociales ? Comment cette écriture « continentale », voire « structurale », est-elle perçue par les éditeurs anglophones et quels problèmes de traduction pose-t-elle ? Y-a t-il une « intraduisibilité » de certains concepts de la pensée française ? Pourquoi la philosophie et l’histoire demeurent-elles les disciplines les plus traduites ? Qui sont les représentants de la pensée française qui continuent à être traduits ? Quelle est la place des femmes incarnant la pensée française contemporaine traduites ? Pourquoi y a t-il une telle sous-représentation des femmes dans les traductions, notamment en anglais, marché éditorial qui leur est pourtant plus ouvert qu’en d’autres langues ? Par quelles maisons d’édition sont traduits les auteurs « représentatifs » de la pensée française ? Comment les maisons d’édition identifient-elles ces auteurs, et quels sont leurs critères de sélection ? Qui sont les traducteurs de ces auteurs, ont-ils une formation spécifique ? S’agit-il surtout d’universitaires spécialistes de la discipline ? Faut-il donner l’exclusivité de la traduction en sciences humaine et sociales aux spécialistes de la discipline ou des auteurs ?

Type :
Colloque / Journée d'études
Lieu(x) :
Maison de la Recherche - 4 rue des Irlandais - 75005 PARIS

mise à jour le 12 juin 2018