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L'apport de la sociolinguistique à la compréhension des rapports et enjeux sociaux actuels : l'enseignement de la/des langue/s en perspective

le 2 avril 2021

Présentation
Cette journée est l’occasion de s’interroger sur l’apport de la sociolinguistique contemporaine à la compréhension de la société actuelle. Comment, les théories, les méthodologies, les outils de description ont évolué pour permettre au chercheur d’appréhender plus finement la société par le prisme de la langue en usage ? L’observation et la description des pratiques langagières, désormais accessibles par des moyens techniques de plus en plus élaborés, rendent possible aujourd’hui la mise en lumière d’indices quant à la façon dont les identités individuelles et collectives s’actualisent relativement à un état contemporain des sociétés.
L’adaptation constante des langues vivantes aux ressources et besoins langagiers des locuteurs, par ailleurs contraints au respect de normes collectives, donne à voir, par exemple, ce qu’il en est des effets du contact des langues et des cultures dans un monde globalisé. Au-delà des représentations communes conditionnées par des idéologies plus ou moins conservatrices telles qu’elles peuvent être saisies dans les déclarations des locuteurs et dans les politiques linguistiques, l’étude des pratiques langagières ordinaires, matériau d’une sociolinguistique écologique, offre un point de vue privilégié sur la réalité de ces effets.
Alors que les discours légitimes semblent poser des frontières claires entre les langues et les cultures, permettant ainsi de motiver l’appartenance ou non des individus à un groupe, les pratiques langagières ordinaires font apparaitre la porosité des frontières.
Dès lors, on peut faire l’hypothèse que cette approche sociolinguistique constitue un apport en tout lieu où se confrontent les langues et les cultures. C’est pourquoi si la première partie de la journée rend compte d’un état contemporain du champ de la sociolinguistique et de ses applications, la deuxième partie est consacrée à la question de l’enseignement de la langue majoritaire. On cherche à montrer comment ce cadre institutionnalisé, articulé autour d’injonctions normatives, gagne à intégrer la connaissance de la réalité des individus et de leurs pratiques. D’une part, il s’agit de concevoir l’inévitable influence de cet enseignement sur la construction identitaire sans en passer par la violence de la dévalorisation voire du déni des particularismes qui, dans certains contextes, font pourtant la norme en fait. D’autre part, la prise d’appui sur les traits identitaires des élèves/apprenants, réels et non idéalisés, à des fins de simplification et la valorisation de compétence langagières non standard, hybrides, apparait comme un moyen de contribuer à la réflexion autour d’une « didactique de l’interculturel ».
La sociolinguistique a ainsi à voir avec les problématiques liées aux démarches pédagogiques et andragogiques et c’est pourquoi, cette journée se termine avec une table ronde autour de laquelle on questionne les rapports qu’elle entretient (devrait entretenir ?) avec la didactique de la/des langue/s en mettant notamment en discussion la pertinence du cloisonnement disciplinaire.

Programme
  • Matinée : “État d’une sociolinguistique contemporaine”
10 :00 - 11 :00
Comment la sociolinguistique participe de la compréhension des sociétés
Françoise Gadet, Professeur émérite, Université Paris Nanterre, laboratoire MoDyCo.

Dans le vaste champ de la sociolinguistique, le prisme de la langue peut donner accès à certains aspects de la complexité des rapports sociaux qui s’avèrent par ailleurs difficiles à observer. Nous montrerons comment un point de vue centré sur la langue et les locuteurs peut aider à identifier et comprendre le social, si l’on adopte une approche écologique des pratiques langagières grâce à des données authentiques. À partir de l’exemple des « parlers jeunes » et du corpus MPF recueilli en région parisienne, nous montrerons comment le cadre de la sociolinguistique permet d’affiner voire de redéfinir certaines frontières et catégories descriptives.

11:30 – 12 :30
Une approche sociolinguistique des "emprunts lexicaux » : ce qu’ils disent de l’actualité socioculturelle des locuteurs
Emmanuelle Guerin, Université Sorbonne Nouvelle, DILTEC
Rolf Kailuweit, Heinrich-Heine-Universität Institut für Romanistik

Les « emprunts lexicaux », ainsi nommés dans la littérature, sont issus des inévitables contacts de langue dans les territoires multiculturels urbains. À partir d’études menées d’une part sur le lunfardo, argot apparu dans les faubourgs de Buenos Aires au début du 19ème siècle, et, d’autre part, sur lesdits « parlers jeunes » dans l’Île de France contemporaine, nous montrons en quoi une étude sociolinguistique des « emprunts lexicaux » renseigne sur la réalité socioculturelle des locuteurs, déconstruisant parfois les repères catégoriels convenus.
 
  • Après-midi : “sociolinguistique et enseignement de la/les langue/s”
14 :00 – 15 :00
La rhétorique de l’expérimentation dans l’enseignement des langues dites régionales : un focus sur les Outre-mer français
Valelia Muni Toke, Chargée de recherche à l’IRD – Institut de recherche pour le développement | Département Sociétés et mondialisation, Laboratoire SeDyL

Si la recherche en linguistique a largement montré les bénéfices de l’acquisition plurilingue précoce, les politiques éducatives françaises n’intègrent que peu ce résultat aux cursus, en particulier lors que les langues concernées sont dites « régionales ». Dans ce contexte, la « rhétorique de l’expérimentation » (Muni Toke 2017) est fréquemment mobilisée par les chercheurs pour tenter néanmoins de mettre en œuvre divers dispositifs d’éducation plurilingue. Cette communication questionne les modalités et les significations de ces pratiques – condamnées à être menées à titre toujours provisoire, et à établir perpétuellement la même preuve d’une non-mise en danger de l’acquisition de la langue française par l’acquisition conjointe des langues dites régionales.

15 :00 – 16 :00
L’enseignement des langues à l’épreuve du plurilinguisme : le cas du français en Suisse
Roberto Paternostro, École de langue et de civilisation françaises (ELCF), Université de Genève

La prise en compte des dynamiques caractérisant les contextes plurilingues amène à interroger l’articulation entre un certain nombre de catégories et d’acquis tels que la norme locale et la norme internationale (en L2 mais aussi en L1) et leur incidence sur l’enseignement, les politiques linguistiques (notamment eu égard au principe de territorialisation des langues, compte tenu du contact de langues et du brassage de populations), les catégories-mêmes de L1 et L2, selon une perspective didactique intégrée. L’analyse de la situation du français (L1-L2) en Suisse sera l’occasion de montrer ce qu’une perspective sociolinguistique peut apporter à cette réflexion.

16 :30 – 17 :30
Table ronde autour du dialogue sociolinguistique – didactique avec des membres du DILTEC

Type :
Colloque / Journée d'étude
Contact :
Rima Amokrane (Doctorante, Paris 3 - DILTEC), Houria Ellouzi (Doctorante, Paris 3 - DILTEC) & Emmanuelle GUERIN (PU, Paris 3 - DILTEC)
Lieu(x) :
Maison de la Recherche : 3 rue des Irlandais, 75005 Paris
Partenaires :


mise à jour le 11 janvier 2021


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