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Karl Akiki, Vice-Doyen Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth

le 12 décembre 2022
 

Karl Akiki est professeur associé à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (Liban), chef du département de Lettres françaises et vice-doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines. Il est également directeur du Laboratoire de recherche « Littératures et Arts » et rédacteur en chef de la revue scientifique « InteraXXIons ». Il a soutenu une thèse à la Sorbonne Nouvelle portant sur « La Recette du roman populaire, façon Alexandre Dumas ".

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Quel est votre parcours universitaire ? 

Après une licence et un master à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (Liban), j’ai entrepris une thèse à la Sorbonne Nouvelle sur La Recette du roman-feuilleton, façon Alexandre Dumas, en 2008. J’avais choisi ce sujet puisque je crois à la démocratisation de la littérature, loin de l’élitisme habituel, à une littérature pour tous. Après la soutenance et mon retour au Liban, je me suis engagé dans un diplôme en Pédagogie universitaire. J’ai alors rejoint la Faculté des Sciences de l’éducation de l’USJ avant d’être nommé directeur du département de Lettres françaises en 2017 puis vice-doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines. Je suis également responsable du Laboratoire de recherche Littératures et Arts qui combine plusieurs disciplines (littérature, critique d’art, théâtre et cinéma). Depuis 2020, je suis rédacteur en chef de la revue scientifique InteraXXIons, une revue transdisciplinaire qui fait dialoguer les sciences humaines autour de thématiques communes (les révolutions, les catastrophes traumatiques, les séries télé…)

Vous avez reçu en 2021 le Prix Richelieu Senghor, quel est votre engagement envers la francophonie et que signifie ce prix ? 

Le 7 décembre 2021, le Cercle Richelieu Senghor m’a fait l’honneur de me décerner son Prix au Sénat. « Issu des Clubs Richelieu à vocation humanitaire et francophone du Canada, le Club Richelieu de Paris a été créé le 20 avril 1971. En 1984, le Président Léopold Sédar Senghor, académicien, a accepté de le parrainer. Le Cercle a ensuite pris le nom de Cercle Richelieu Senghor de Paris en 1989 (…) Le Cercle est accrédité depuis 2018 auprès de l’Organisation Internationale de la Francophonie en tant qu’ONG partenaire». Ce prix m’a été attribué pour récompenser mon action en faveur de la francophonie, au Liban et au Moyen-Orient.

Pour ma part, la francophonie est cet espace de partage, voulu et non imposé, par des pays qui croient aux valeurs, au système de pensée, au croisement des cultures que véhicule la langue française. Mon engagement est conforté par ma présence au Liban, un pays qui perd progressivement sa francophonie (donc l’un des marqueurs de son identité). Mes actions s’appuient certes sur la formation des enseignants de français et de littérature aux nouvelles pédagogies plus efficaces et plus attractives mais également sur des projets concrets qui ramènent la francophonie dans la rue, à la portée de tous (l’influence du roman populaire est toujours là). C’est dans ce sens que se lisent les différents projets que je porte : le Groupe des Ambassadeurs francophones du Liban, le Jardin de la Francophonie, Sur les bancs de la francophonie libanaise, etc. Le prix a permis de donner une aura nouvelle à mes activités, une sorte de caution institutionnelle qui fait que je suis connu aujourd’hui sous le nom de "Mister Francophonie".

Vous avez participé récemment à une rencontre internationale des professeurs de français ? Quels sont les enjeux pour l'enseignement du français aujourd'hui dans le monde ? Au Liban ?

Cette rencontre qui a eu lieu en Tunisie a permis à des enseignants de français issus principalement du monde arabe de se rencontrer et de partager leurs pratiques mais également leurs hantises communes. L’enseignement du français aujourd’hui dans le monde souffre d’un manque d’attractivité. Les causes sont multiples mais non irréversibles. Il peut s’agir des méthodes d’enseignement traditionnelles qui ne correspondent plus à la génération "Petite poucette" et à son implication numérique ; du choix des textes qui ne parlent plus aux élèves d’aujourd’hui plus intéressés par des problématiques autres que le lyrisme, l’adultère, le meurtre ou l’autobiographie ; de la difficulté d’une langue qui peine à s’imposer devant la facilité de l’anglais à une époque où on veut tout, tout de suite. Cette situation est assez étendue sur la planète, au Liban comme ailleurs. L’élitisme de la langue française avec ses règles (de prononciation, de ponctuation, de grammaire, d’orthographe, etc.) fait en sorte que la jeune génération se détourne d’elle. A mon humble avis, l’action des enseignants doit prendre appui sur ceci ; désacraliser cette langue, la démocratiser et en montrer l’intérêt en oubliant les clichés « langue de l’amour et de la culture ». Montrer surtout l’utilité de cette langue non seulement comme moyen de communication mais comme façon de penser, organisation réflexive face à un monde qui change un peu trop vite.

Quels sont vos projets professionnels ? 

Avec les différentes crises qui secouent le Liban, mes projets professionnels sont perturbés. Si je souhaite perpétuer mon activité au Liban, où je sais que je suis utile, je me dois de me rendre à l’évidence et de regarder ailleurs. Plusieurs voies s’ouvrent actuellement à moi : devant ce croisement qui peut me mener au Canada ou dans un pays francophone du monde arabe, il me faut faire un choix difficile. Toutefois, il ne faut pas oublier que l’un des éléments les plus importants qui me permet d’avoir ces différentes possibilités est le doctorat obtenu à la Sorbonne nouvelle qui constitue un gage de qualité certain. C’est d’ailleurs ce diplôme qui m’a permis de me présenter en tant que travailleur qualifié pour le Canada.

Quels souvenirs conservez-vous de vos années à la Sorbonne Nouvelle ? 

Surtout ceux d’une bureaucratie à suivre avec un labyrinthe de couloirs à traverser et de documents à tamponner. Mais cela est le cas pour toute administration. Ce que la Sorbonne Nouvelle m’a donné, c’est surtout cette ouverture d’esprit face à la littérature, c’est le courage d’oser, oser sortir des sentiers battus et d’embrasser la pluridisciplinarité.

Actuellement, même si mon intérêt porte sur la francophonie et la littérature libanaise francophone, mes activités de recherche prennent appui sur le roman populaire, sur Alexandre Dumas mais surtout sur les séries télévisées qui sont les héritières modernes du roman-feuilleton. La possibilité d’effectuer ce transfert transmédial, je sais que je le dois à ma formation à la Sorbonne Nouvelle.

Quels conseils donneriez-vous aux futur.es étudiant.es de la Sorbonne Nouvelle ?

N’hésitez surtout pas à rejoindre les bancs de la Sorbonne Nouvelle. Ils sont la première étape d’un passeport professionnel qui vous ouvrira des portes insoupçonnées. L’enseignement fortement moderne qui y est dispensé et l’équipe des enseignants chevronnés et qui sortent des sentiers battus vous permettront de donner un sens et une direction à votre parcours à venir. 


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mise à jour le 13 décembre 2022