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Gérôme Guibert, enseignant-chercheur de l'Institut de la Communication et des Médias

le 23 avril 2013
 

Docteur en sociologie, Gérôme Guibert est enseignant-chercheur au département : Institut de la Communication et des Médias. Il enseigne la sociologie de la culture et des médias et est directeur du M2 "Communication Interculturelle et Ingénierie des Projets"

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Après un bac scientifique, j’ai entamé mes études supérieures par un parcours en sciences économiques dans leur versant le plus théorique et analytique, ceci jusqu’à la maîtrise. J’ai ensuite bifurqué en sociologie où j’ai débuté  un parcours de recherche par un DEA (master 2 recherche) puis un doctorat. J’ai soutenu une thèse en sociologie économique de la musique en 2004 à l’université de Nantes. Mais dès le début de ma thèse en 1998, n’ayant pas de financement dédié, j’ai travaillé comme sociologue, chargé d’études ou de recherches pour des collectivités territoriales ou pour des organisations culturelles, le plus souvent associatives. Ce que je prenais au départ pour un inconvenient (devoir travailler « à côté »), s’est avéré un atout, notamment en termes de réseaux professionnels et d’opportunités de terrains de recherches. J’ai ainsi gagné ma vie pendant 10 ans, assurant des missions dans plusieurs régions de France. J’ai aussi obtenu un contrat d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) au cours des deux dernières années de ma thèse et j’ai signé un contrat de recherche post-doctoral d’un an en 2007 dans le cadre d’un programme interdisciplinaire en économie solidaire. Ayant notamment travaillé sur les dynamiques musicales associatives, j’avais en effet acquis une bonne connaissance de ce qu’on appelle parfois « le tiers secteur ». J’ai enfin obtenu un poste de maître de conférences à l’université Paris 3, en 2009, à l’UFR communication, aujourd’hui Institut de la communication et des médias intégré à l’UFR Arts & Médias. J’ai été recruté pour enseigner la sociologie de la culture et des médias (notamment du point de vue de leur(s) logique(s) de fonctionnement), mais aussi, je pense, parce qu’en Communication, de plus en plus d’étudiants étaient intéressés par le secteur de la musique à la fois en termes professionnels et de recherche.

Comme vous le savez peut-être, le métier de Maitre de conférences est très riche et se subdivise en une multiplicité de missions qui sont largement indépendantes les unes des autres, même si elles peuvent être appréhendées dans leur cohérence globale. Ainsi, à côté de la recherche et de l’enseignement, les enseignants-chercheurs se partagent de nombreuses tâches administratives. Parmi celles-ci on trouve notamment les directions de diplômes. Après avoir été recruté comme enseignant-chercheur à la Sorbonne Nouvelle , j’ai d’abord ajouté à mes activités la fonction de responsable Erasmus du département, puis j’ai été élu à la direction de la spécialité de Master 2 « Ingénierie des Echanges Interculturels » (qui deviendra en 2014 Master 2 « Communication Interculturelle et Ingénierie de Projets). Ce master forme des responsables de projets qui travaillent pour le dialogue entre les cultures dans divers contextes. Une bonne partie des étudiants part à l’international. Je travaille en partenariat avec Corinne Matheron, qui est PAST et qui favorise grandement les contacts avec le milieu professionnel, par exemple pour les projets étudiants. Je dois dire que mon expérience passée de sociologue indépendant me sert aussi pour cette activité, notamment parce que dans la définition de ce master, les expressions artistiques et créatives servent d’outils pour favoriser la communication interculturelles.

  • Vous êtes spécialiste des musiques populaires, quel est votre objet de recherche ?

Ma thèse de doctorat constitait en une analyse du fonctionnement économique du milieu des musiques populaires, et notamment dans ses spécificités françaises. Pourquoi le rock n’est-il pas né en France par exemple ? Il comprenait une partie socio-historique ainsi qu’une étude de plusieurs scènes musicales locales dans l’ouest de la France à partir d’enquêtes de terrains quantitatives et qualitatives. J’analysais notamment l’enchevêtrement des pratiques amateurs et professionnelles dans le cadre de projets artistiques liés à la musique.

Je dois dire que, au milieu des années 90, lorsque j’ai commencé à travailler sur la question des musiques populaires dans le cadre de mon mémoire, les travaux français sur le sujet étaient très peu nombreux. Il n’existait  pas, par exemple, de revue de recherche ou de laboratoires dédiées aux musiques populaires. C’est pourquoi, avec quelques amis doctorants, nous avons créé Volume! « la revue de recherche francophone sur les musiques populaires » qui existe maintenant depuis 2002 et qui est une publication semestrielle interdisciplinaire (http://www.cairn.info/revue-volume.htm). Outre les questions de sociologie économique liées à la musique, je travaille aussi aujourd’hui sur la question de la construction des genres musicaux et de leur retentissement dans la sphère publique, notamment concernant le heavy metal. J’ai d’ailleurs été impliqué en tant que chercheur dans les débats autour du festival Hellfest à partir de la fin 2007.

  • Vous venez d'être interviewé dans le Wall Street Journal à l'occasion de votre participation au colloque « Heavy metal and popular culture » qui avait lieu à l’université de Bowling Green (Ohio) du 4 au 9 avril 2013. Aux Etats-Unis est-ce plus facile d'étudier votre sujet aux Etats-Unis ?

Les recherches sur ce que le monde anglophone nomme « popular music » se sont développées à partir de la fin des années 70 et la communauté internationale des chercheurs travaillant sur le sujet est maintenant importante. Il existe également de nombreuses collections d’ouvrages et des revues de recherches en anglais. La France fait encore figure de « parent pauvre ». Cela s’explique notamment par des traditions de recherches différentes et une autre manière d’envisager les musiques populaires, cela a ses avantages mais aussi ses inconvénients… Au sein des musiques populaires, le heavy metal est intéressant car cette musique paraît hermétique et ceux qui s’y investissent se considèrent souvent comme des « proud pariahs » selon l’expression forgée par Deena Weinstein (une Professeur de sociologie américaine que j’ai côtoyé à Bowling Green). Etudiér le metal permet de comprendre beaucoup d’éléments de la société contemporaine, il suffit à cet égard de consulter le programme de cette conférence. Quoi qu’il en soit, les étudiants et plus largement, la société civile s’intéressent à ce genre de sujet, c’est pourquoi on ne peut qu’assister à moyen terme à un changement du contexte français. Il en va ainisi de la perception des cultures associées aux pratiques artistiques et médiatiques, sur lequels mes collègues et moi travaillons au sein de l’équipe MCPN (média, culture, pratiques numériques) du laboratoire CIM de la Sorbonne Nouvelle.

  • Vous venez de publier Musiques actuelles : ça part en live ?


Mon dernier livre, publié cette année et co-écrit avec Dominique Sagot Duvauroux, Professeur d’economie de la culture à l’université d’Angers prend son origine dans la réponse à une proposition de recherche du DEPS (Département des Etudes et de la Prospective du Ministère de la culture). Alors que, dans la seconde partie du XXe siècle, les musiques enregistrées concentraient la quasi-intégralité des préoccupations de la filière musicale et, du même coup, des recherches, la crise du disque a amené un retour des débats et de nombreux questionnements sur les mutations à l’œuvre. Dans cet ouvrage nous analysons la place du live au sein du secteur. Nous détaillons - entre l’artiste et le public - les acteurs impliqués dans la mise en place d’un spectacle ainsi que les variables qui modifient le rôle et l’importance de ces intermédiaires (comme la notoriété de l’artiste et le statut privé, public ou associatif des entreprises). Nous détaillons enfin les mutations aujourd’hui en cours dans la filière musiques actuelles, notamment le développement du numérique, afin de jauger son impact sur le spectacle vivant. 


Type :
Portrait
Contact :
Sous-Direction de la Communication
Lieu(x) :
 

mise à jour le 8 mars 2015