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ED267 2019/2020 Séminaire Paris-Montréal Printemps 2020

Séminaire doctoral conjoint en études cinématographiques et audiovisuelles


Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques (Université de Montréal) et Département Cinéma et audiovisuel & ED 267 (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3)

Coordination : Antonio Somaini - antonio.somaini@sorbonne-nouvelle.fr

Ouvert aux doctorant-e-s et étudiant-e-s de Master cinéma et audiovisuel.

Les séances auront lieu à Censier , 13 rue Santeuil, 75005 Paris ou à la Maison de la Recherche 4, rue des Irlandais 75005 Paris

Séminaire 1 : Joëlle Rouleau  (Professeure adjointe à l'Université de Montréal)



Jours : Mercredi 11, jeudi 12, vendredi 13 mars 2020

Horaires : 10h à 13h

Salle à venir

Titre : Recherche-création comme méthodologie queer

Résumé :
Ces séances auront comme objectif de réfléchir et d’explorer le développement tant méthodologique qu’épistémologique de la recherche-création en études cinématographiques, en études de genre et en études queer. La recherche-création devient, dans ce contexte, une façon de queerer la recherche, de transformer notre rapport aux savoirs et de déconstruire ce qui correspond à la réussite d’un projet de recherche (Boellstorff 2016, Halberstam 2011). Pour y arriver, je travaillerai à partir des questionnements épistémologiques sur l’autoethnographie comme méthode queer de production de savoirs articulée à la recherche-création dans ce que j’appelle un bricolage méthodologique (Rouleau 2016). Dans ce contexte, en remettant en question les relations de pouvoir intrinsèques à toute recherche, les approches méthodologiques de l’autoethnographie et de la recherche-création participent à une critique postmoderne de l’objectivité scientifique et permettent de subvertir le processus de recherche. Les questions sur les méthodologies et méthodes soulevées par Browne et Nash (2016) permettent de penser autrement la perspective de recherche et permettent la découverte de connaissances insoupçonnées (Rooke 2016).

Chacune des trois séances sera composée d’un exposé magistral théorique et méthodologique et d’un exercice pratique dans lequel les étudiant.e.s seront amené.e.s à explorer la recherche-création afin de sortir des cadres normatifs de la recherche. Dans le contexte de ce séminaire, mes séances seront données en alternance avec celles d’Emanuel Licha afin de réfléchir le lieu, l’espace et la cartographie d’un point de vue queer, à travers la recherche-création.




Séminaire 2 : Emmanuel Licha (Professeur adjoint à l' Université de Montréal)



Jours :
Mercredi 11, jeudi 12, vendredi 13 mars 2020

Horaires : 14h30 à 17h30

Salle: à venir

Titre : Cinéma topographique

Résumé :
Dans son acception la plus ancienne, le mot topographie signifie la description détaillée d’un lieu particulier, avant même de désigner l’art de représenter sur le papier la configuration d’un terrain. Quant au lieu, il en existe plusieurs définitions. L’une d’elles revient à dire que le lieu est parfaitement définissable en lui-même, indépendamment des choses. C’est le lieu des coordonnées cartésiennes du cartographe, dont la longitude, la latitude et l’altitude s’établissent dans l’espace absolu. L’autre conception est essentiellement relationnelle. Le lieu dépend des choses, les choses en dépendent, et ce rapport est en devenir. Le lieu est à la fois un objet et un processus, et la question qui nous intéressera sera de savoir comment ce processus définit et influence les événements et l’action collective. Le lieu est structuré par des habitudes et des rythmes, il a une histoire, des pratiques et un devenir. Et réciproquement et simultanément, le lieu structure et conditionne les relations humaines, et a par conséquent un rôle beaucoup plus important que celui d’un simple réceptacle des actions humaines. En langage cinématographique, ce lieu serait donc davantage un personnage avec un rôle que simplement un décor. Sa matérialité permet de le cerner (et de le filmer), et il devient une sorte d’outil anthropologique pour étudier les interactions entre les différentes composantes de la société ou les différent.e.s protagonistes d’un événement donné. Le lieu présente le grand avantage d’être pour le cinéma topographique à la fois le décor et l’objet d’étude, et de pouvoir être filmé tout en contenant ceux.celles qui le filment — ce qui s’avère être extrêmement intéressant pour aborder une série de questions d’ordre éthique liées au dispositif de filmage et à la position des corps qui filment.

Chacune des trois séances alternera un exposé théorique sur un aspect du cinéma topographique et un exercice pratique intégrant une démarche topographique de recherche-création en la queerisant, selon la proposition formulée par Joëlle Rouleau.




Séminaire 3 : Aurélie Pinto (Maître de conférence à l'Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle)



Jours : mardi 25, jeudi 27 février et mardi 3 mars 2020

Horaires : 9h30 12h30

Salle : à venir

Titre :  La notion d’indépendance dans les industries culturelle

Résumé :
Les trois séances proposées visent à analyser cette notion, omniprésente autant dans les discours des acteurs que dans les analyses des chercheur.es sur les industries culturelles. Elle reste à mon sens encore insuffisamment prise pour objet et pourrait donc à ce titre être utile à des doctorant.es. La combinaison de ces trois séances permettra de faire varier cette interrogation sur plusieurs échelles (de la comparaison internationale à l’étude de cas d’un programmateur de salles à Paris) et de donner à voir l’activité de chercheur.e (en présentant des publications collectives autant que des recherches personnelles).

Séance 1 : Qu’est-ce que l’indépendance ?

Il s’agira dans cette séance d’un cadrage global de la notion appliquée aux industries culturelles, pour en dévoiler les multiples dimensions, tant juridiques, qu’économiques, sociales, esthétiques et politiques. Elle s’appuiera sur la présentation de deux publications que j’ai codirigées : l’ouvrage Culture et (in)dépendance paru chez Peter Lang (2017) et le numéro de la revue Sociétés contemporaines intitulé « Indé vs. Mainstream, L’indépendance en pratiques dans les secteurs de production culturelle » (2018).

Séance 2 : L’indépendance : variations nationales

Cette séance sera consacrée à une comparaison de l’indépendance entre trois contextes nationaux, autour de l’enquête que j’ai menée dans des salles de cinéma « indépendantes » aux États-Unis, en France et au Québec. Elle permettra de montrer combien la définition d’une alternative est dépendante de l’histoire spécifique des champs cinématographiques nationaux. Plus précisément, elle fera apparaître que si des transferts culturels ont eu lieu, entre pays, dans la définition du cinéma comme art (comme l’importation de la « politique des auteurs » aux États-Unis, par le biais de différentes médiations), des éléments plus spécifiques marquent les histoires nationales, à l’image du DIY et de la série B aux Etats-Unis. On peut finalement trouver la trace d’une hybridation entre ces différents éléments à la fois dans des œuvres (indie cinema), dans des lieux (programmation et services offerts par des réseaux de salles indépendants) et même dans les prises de position médiatisées sur argentique/numérique ou encore sur le rôle de Netflix et Amazon dans l’industrie cinématographique.

Séance 3 : L’indépendance en actes

Afin de faire varier les échelles d’analyse de la notion d’indépendance, je m’attacherai à montrer comment elle peut être mise à l’épreuve également à un niveau « micro », en m’appuyant sur l’observation de l’activité de programmation d’un programmateur parisien, pris entre contraintes de marché et choix esthétiques autant que politiques.


Séminaire 4 : sébastien Layerle : (Maître de conférence à l'Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle)



Jours : jeudi 2 mardi 14 et jeudi 16 avril 2020

Horaires : 18h à 21h

salle : à venir  à Censier

Titre : Un « moment Super 8 ».
Modalités d’appropriation et usages militants d’un média léger (France, 1972-1982)

 

Résumé :
Commercialisé en 1965 par Kodak, le format Super 8 a contribué à démocratiser les pratiques cinématographiques amateurs. Avant l’essor de la vidéo, son développement a ouvert dans le cinéma français des années 1970 de nouvelles perspectives en termes d’accès privilégié aux techniques audiovisuelles et aux moyens d’expression. Ce cycle de conférences entend s’intéresser à ce « secteur original de l’expression cinématographique » (« Le Super 8 : instrument nouveau de l’action culturelle ? », rapport du colloque de Thonon-les-Bains ; 5, 6 et 7 octobre 1974, Centre national pour l’animation audiovisuelle, p. 1.) qu’a pu constituer le Super 8 dans l’après Mai 68 au travers de ses modes d’appropriation et de ses usages militants.

 Programme des séances :


 1. Amateurs et professionnels : une libération possible des moyens d’expression

Entre 1972 et 1974, le format Super 8 connaît une série de perfectionnements techniques qui en font un « outil audiovisuel complet » selon la presse spécialisée. En décembre 1973, le premier Festival international du film Super 8, organisé au Théâtre du Ranelagh à Paris, présente près de 250 films de durées et de genres différents, dont certains réalisés par des cinéastes professionnels. En octobre 1975, la Maison des Arts et Loisirs de Thonon-les-Bains accueille le Festival international du film 8 et 16 mm et l’un des tout premiers colloques consacré au Super 8, auquel sont associés des pionniers du cinéma direct. Les discours véhiculent, avec un optimisme certain, l’idée d’un cinéma libéré des contraintes de l’argent et des pouvoirs, propre à éveiller l’expression et la création.

 2. Appropriations : redéfinir de manière politique la notion d’amateurisme au cinéma

Le choix du Super 8 comme format de référence tient aux avantages qu’il présente en terme de légèreté et de maniabilité. En marge des circuits de production et de distribution commerciaux se développe une réflexion sur les conditions d’existence d’un cinéma authentiquement « populaire » dont se saisiraient militants et acteurs des luttes. « Pourquoi ne pas détourner le Super 8 de sa fonction de produit de consommation à laquelle la publicité le destinait, pour en faire un outil de communication et de contre-information ? ». Cette question formulée par les groupes de réalisation APIC et Torr e benn incite à soustraire le Super 8 d’une pratique familiale pour la mettre au service d’une pratique politique.

 3. Détournements : l’exemple des ateliers du fonds interministériel d’incitation au Super 8

Entre 1975 et 1982, une trentaine d’ateliers Super 8 est créée sur l’ensemble du territoire national, avec l’appui de différents ministères, au sein d’associations et d’organismes divers (centre culturel, maison des jeunes et de la culture, établissement scolaire, de formation ou de soin). Trois objectifs principaux leur sont assignés : offrir une formation technique aux non-professionnels ; promouvoir une nouvelle création cinématographique ; favoriser la « communication de groupes à groupes ». Certaines de ces structures accompagnent la production et la diffusion de films sur des thématiques sociales et politiques négligées par les grands médias. À travers elles se pose la question du détournement d’un outil institutionnel au profit de projets militants.

 

 

mise à jour le 23 juillet 2019