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Du métier de danseur au travail de chorégraphe ...

le 5 avril 2011

Jose Martinez et Ghyslaine Reichert@Sandro_Oliveira

Du métier de danseur au travail de chorégraphe ...

Rencontre entre  Ghyslaine Reichert, danseuse du ballet de l'Opéra de Paris, José Martinez, danseur étoile à l'Opéra de Paris et chorégraphe et futur directeur des Ballets de Madrid et les étudiants étrangers du DULF et du DUEF (diplômes universitaires de langue et d'études française) à la Sorbonne Nouvelle.

Atmosphère fébrile, empreinte à la fois de curiosité et d'excitation parmi les étudiants du DFLE (département de français langue étrangère) de la Sorbonne Nouvelle mardi 29 mars dernier,  qui accueillaient avec enthousiasme la venue de José Martinez et de Ghyslaine Reichert à Censier.  Comme le souligne Eve-Marie Rollinat-Levasseur, responsable du DULF (diplôme universitaire de langue française), « cette rencontre est hautement symbolique : elle concilie non seulement art, culture et apprentissage du français langue étrangère et représente l'opportunité unique d'un dialogue entre des étudiants étrangers qui ont rêvé de venir étudier en France et des danseurs qui ont réalisé leurs rêves d'enfant »

José Martinez, danseur étoile, espagnol venu à l'apprentissage du français à l'âge de 14 ans, incarne un modèle de réussite, un espoir et un exemple pour tous les étudiants étrangers tandis que la ténacité et la détermination de Ghyslaine Reichert illustrent des qualités psychologiques et morales nécessaires à la réalisation d'un projet académique et professionnel.

Les questions sur le métier de danseur sont nombreuses : à quoi pensez-vous quand vous dansez ? A qui ? Peut-on parler dans l'univers de la danse de relations paradoxales de compétition et d'amitié ? Est-ce qu'il est difficile de se reconvertir après ce métier ? Avez-vous envisagé un jour de tout abandonner ? Quels sacrifices avez-vous dû faire ?...

Pour Ghyslaine Reichert et pour José Martinez, la danse a toujours été une évidence. Comme le dit José Martinez : « Il y a des moments de doute mais les moments sur scène sont tellement forts qu'on oublie tous les efforts impliqués. Mon premier spectacle sur scène m'a convaincu définitivement de faire ce métier ».  Il ajoute : « De toute façon, je n'ai pas choisi la danse. C'est elle qui m'a choisi ».

Pour Ghyslaine Reichert , « la scène surpasse toutes les impressions négatives. Elle donne une palpitation et un dynamisme. C'est un langage comme un autre, un don. On ne se pose pas de question ».

Quant à la compétition entre les danseurs, les deux invités partagent le même point de vue. « Il y a une concurrence qui crée l'émulation et tant qu'elle est saine, elle nous fait progresser. On est tous à la recherche de la perfection mais c'est surtout une compétition avec soi-même » explique José Martinez. Ghyslaine Reichert ajoute : « On cherche sans cesse à se dépasser. L'Opéra de Paris est la seule compagnie à mettre en œuvre des concours en interne et c'est ce qui fait que notre compagnie soit une des meilleures au monde ».

Sur scène, le danseur pense à la fois à la communion avec le public et avec les autres danseurs. Selon Ghyslaine Reichert, « C'est un moment pour soi qu'on donne au public. On fait totalement abstraction de sa vie extérieure pour être dans l'instant présent ».  Pour José Martinez, « le temps sur scène s'allonge. Quand il y a un mouvement de danse qui n'est pas bien fait, on a l'impression que cela dure très longtemps. La concentration sur soi-même est primordiale  pour la communion avec le public et avec les autres danseurs ».

Pour ce qui est de la reconversion après le départ à la retraite à l'âge de 42 ans, ils admettent tous deux que trouver une passion aussi forte que la danse est difficile, d'autant plus que leur vie est entièrement dédiée à cette vocation. « On vit au jour le jour » dit Ghyslaine Reichert  et « passer d'un planning surchargé de répétitions et de représentations » à un autre mode d'existence peut être angoissant et produire  un sentiment de vide chez de nombreux danseurs.

José Martinez, danseur étoile, se consacre également depuis dix ans au métier de chorégraphe. A la question posée par une étudiante américaine « Préférez-vous être danseur ou chorégraphe » ?, il répond : « Ce n'est pas la même chose. Comme je suis à la fois danseur et chorégraphe, j'ai évité jusqu'à présent de faire ce choix. Comme danseur, j'utilise mon corps. Comme chorégraphe, j'utilise celui des autres. La chorégraphie est une prolongation de la danse ». Il ajoute : « J'aime l'idée que le mouvement veut dire quelque chose. C'est comme un abécédaire. Ce qui m'intéresse, c'est l'organisation des mouvements  et le sens créé ». Pour la sélection de ses danseurs, il choisit surtout  des danseurs motivés, prêts à le suivre dans son aventure et privilégie l'envie du danseur à l'aspect technique. Ghyslaine Reichert qui a interprété  le rôle de Madame Hermine dans sa chorégraphie des Enfants du Paradis en 2008 ajoute : « José adapte sa chorégraphie aux danseurs. Du coup, on a envie de lui donner plus. Sur le plateau des répétitions, il crée une ambiance extraordinaire. Les danseurs se sentent à l'aise et une étincelle se produit ». 

 Pour José Martinez, le spectacle est un art vivant, une œuvre collective qu'on ne contrôle pas entièrement et qui peut émerveiller même le chorégraphe qui l'a mise en scène. Un étudiant coréen lui pose alors la question de la survie de l'œuvre. « Les peintures, les films, les textes restent mais qu'en est-il dans le cas où l'œuvre est votre corps » ?

Il répond : « Les œuvres dans le domaine de la danse perdurent mais elles ne restent pas telles qu'elles ont été créées. Elles évoluent avec le temps. Il y a plusieurs chorégraphes et donc plusieurs visions. C'est une question de sensibilité mais l'esprit, l'essence d'une œuvre subsiste ». François Van Oostuyse, responsable du DUEF (Diplôme universitaire de langue française) l'interroge sur la démarche qu'il a choisie pour son adaptation chorégraphique du film Les Enfants du Paradis qui sera reprise à Garnier dès le mois de juin. Il explique qu'il a mélangé des parties classiques et des mouvements contemporains pour en faire une œuvre d'aujourd'hui tout en restant fidèle aux grandes lignes du film et en s'attachant à la recherche de l'amour impossible montrée dans le film. Selon lui, ce film est un film « chorégraphique » car « il alterne des moments forts de scènes de foule et des duos et des solos ».

Enfin une étudiante mexicaine lui fait remarquer qu'elle est très impressionnée par son niveau de langue française. « Vous parlez comme vous dansez, avec autant d'élégance » et lui demande comment il est parvenu à un niveau de français aussi exceptionnel.

Il explique qu'il a utilisé « le système du perroquet ». Il a appris à répéter des mots qu'i ne connaissait pas et a acquis le rythme de la langue française comme celui de  pas de danse. « Au lieu de traduire, je me suis mis à utiliser des mots dont je ne connaissais pas le sens et je voyais si cela marchait et j'ai continué ainsi à apprendre des mots ». Une méthode innovante d'apprentissage du français.

A la question du trac et de la peur de l'échec posée par une étudiante chinoise  pianiste, Ghyslaine Reichert répond : « Le trac, c'est un piège que l'on se tend à soi-même mais on apprend à le contrôler. Ce n'est pas une question de vie ou de mort. Il y a des choses plus graves dans le monde surtout en ce moment. Il faut s'obliger à dompter le trac, à se concentrer sur sa respiration, à  ralentir son rythme cardiaque et à revoir dans sa tête tous les pas, tous les mouvements ; la concentration se met a la place de l'émotionnel ».

Savoir gérer le trac, vivre pleinement ses passions, trouver une forme d'épanouissement dans le processus de création, apprendre à se soumettre à des règles tout en gardant sa propre personnalité, tels semblent être les messages retenus par les étudiants du DFLE à l'issue de cette rencontre stimulante et féconde. 

Comme le confie une étudiante américaine : « Rencontrer José Martinez et Gigi Reichert me permet de croire plus en moi-même et  m'incite  à  être plus exigeante avec moi-même ». « Ce sont des modèles qui nous donnent envie de nous dépasser » dit une étudiante brésilienne. Les étudiants ont été aussi séduits par la simplicité et l'ouverture des deux artistes, qui ont trouvé le ton juste pour communiquer leur passion. Une étudiante polonaise souligne à la fois l'humour et l'élégance de José et de Ghyslaine. Plusieurs étudiants, peu familiers du ballet, manifestent le désir d'aller les découvrir sur scène après cette rencontre.

Un grand merci à José Martinez et à Ghyslaine Reichert non seulement pour leur présence à la Sorbonne Nouvelle mais pour l'envie qu'ils ont suscitée chez nos étudiants du monde entier de continuer à rêver et surtout  de croire en leur étoile. 

 

Nathalie Borgé et Donatienne Woerly

Enseignantes du  DFLE à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3

Ghyslaine Reichert@Marcelline_GuiffanJose Martinez @Marcelline_GuiffanJose Martinez  @Sandro_Oliveiraghyslaine Reichet et Nathalie Borgé @Sandro_OliveiroJose Martinez et Ghyslaine Reichert@Sandro_Oliveira


Type :
Portrait

mise à jour le 8 décembre 2011