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Charlotte Barcat, lauréate du Prix Aguirre-Basualdo en Lettres et Sciences Humaines de la Chancellerie des Universités de Paris

le 5 mars 2018

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Charlotte Barcat, lauréate du très prestigieux Prix Aguirre-Basualdo en lettres et sciences humaines de la Chancellerie des Universités de Paris - édition 2017 pour sa thèse intitulée  "Bloody Sunday et l'enquête Saville : vérité, justice et mémoire" sous la direction de Valérie Peyronel revient sur son parcours et nous explique ses projets.

  • Pouvez-vous vous présenter ?
J’ai 32 ans, je suis originaire de la ville de Tours en Indre-et-Loire. Je viens d’obtenir un poste de Maître de Conférences à l’Université de Nantes. J’ai fait tout mon cursus universitaire à Tours, avant de m’inscrire à Paris 3 pour le doctorat. Mon intérêt pour l’Irlande et l’histoire en général me vient de mes parents : ma mère a vécu en Irlande dans les années 1970, et mon père a repris des études d’histoire lorsque j’étais petite.

La présence de l’Irlande dans la culture populaire m’a aussi permis de développer mon intérêt pour ces questions (je pense à des films comme Au nom du père de Jim Sheridan, aux chansons de U2 et des Cranberries, ou encore au grand succès des spectacles comme Riverdance à la fin des années 1990).

  • Vous avez soutenu votre thèse sur le thème "Bloody Sunday et l'enquête Saville : vérité, justice et mémoire" à la Sorbonne Nouvelle, parlez-nous de votre travail :

Mon travail, dirigé par Mme Valérie Peyronel (Professeur des Universités à Paris 3), portait sur l’enquête Saville qui a examiné les événements du 30 janvier 1972 en Irlande du Nord, plus connus sous le nom de « Bloody Sunday ». Treize civils avaient alors été tués par balle dans la ville de Derry/Londonderry par des soldats britanniques lors d’une marche pour les droits civiques. Une première enquête publique, présidée par Lord Widgery, avait eu lieu immédiatement après les événements en 1972. Cependant, au lieu d’apaiser la controverse, celle-ci avait rendu des conclusions qui avaient scandalisé les familles des victimes et la communauté nationaliste d’Irlande du Nord.

L’enquête Saville a été créée par le parlement britannique, sous l’impulsion de Tony Blair, en janvier 1998 alors que les négociations du processus de paix étaient en cours. Cette décision était historique car jamais un événement n’avait fait l’objet de deux enquêtes publiques jusqu’alors. Il s’agissait de prouver à la communauté nationaliste que le gouvernement britannique était de bonne volonté, ainsi que de répondre à une campagne menée depuis 1992 par les familles des victimes pour réclamer une révision de la version officielle de l’événement.

Ma thèse examinait les questions soulevées par l’enquête Saville en termes de mémoire collective, de rapport à la justice et de rapport à la vérité, dans une société encore très divisée où les questions liées au passé restent extrêmement sensibles.

  • Vous venez de recevoir le Prix Aguirre-Basualdo en lettres et sciences humaines, qu'est-ce que ce dernier représente pour vous ?

Pour être tout à fait honnête, j’ai été très surprise d’avoir remporté ce prix, du fait de son caractère très prestigieux. J’étais consciente d’avoir réalisé, avec l’aide de ma directrice, un travail de qualité qui m’avait pris de nombreuses années, mais j’imagine que la même chose était vraie de nombreux autres candidats. Je suis honorée que mon travail ait été considéré comme suffisamment digne d’intérêt pour recevoir un prix de cette importance.

J’espère aussi qu’à travers moi, ce sont les études irlandaises qui recevront une plus grande visibilité. L’aspect financier n’est pas non plus négligeable, dans un contexte où les sciences humaines ne sont pas toujours les plus dotées. Enfin, dans un contexte où l’on cherche à limiter la durée des thèses et où l’on met de plus en plus de pression sur les doctorants, j’espère que mon exemple peut éventuellement susciter la réflexion, car il m’a fallu sept inscriptions pour mener à bien ce travail.

Je remercie l’école doctorale d’avoir bien voulu m’accorder les dernières réinscriptions, sans lesquelles j’aurais sans doute dû abandonner ou, du moins, livrer un travail de moindre qualité.

  • Quel a été votre parcours universitaire ?
J’ai fait toutes mes études jusqu’au doctorat à Tours, dont je suis originaire. Après un bac littéraire, j’ai suivi une formation d’abord en DEUG LEA (Anglais-Italien), puis j’ai bifurqué vers l’Anglais LLCE, notamment en raison de l’intérêt que je m’étais découvert pour la civilisation britannique. J’ai ensuite enchaîné avec un Master Mondes Anglophones, toujours à l’université François Rabelais de Tours, puis j’ai eu la chance de pouvoir passer mon année de Master 2 en tant qu’étudiante Erasmus à Trinity College, à Dublin. J’ai pu suivre là-bas des cours de littérature et d’histoire irlandaise qui m’ont permis de développer encore davantage mon intérêt pour ce pays.

Après être rentrée un an à Tours pour passer l’agrégation d’anglais, je suis repartie à nouveau un an, cette fois-ci en Irlande du Nord en tant que lectrice de Français, afin d’écrire mon mémoire de Master, que je n’avais pas réussi à faire pendant mon année Erasmus. Mon mémoire, dirigé par Martine Pelletier (Maître de Conférences à l’Université de Tours), portait déjà sur l’enquête Saville, qui était encore en cours à l’époque (le rapport a été publié en 2010). Etre sur place m’a permis de faire mes recherches dans de très bonnes conditions et j’ai ensuite souhaité continuer d’approfondir ce sujet avec un doctorat. J’ai financé ce doctorat en travaillant en tant qu’ATER puis en tant que PRAG.

Mon parcours entre 2009 et 2016 a été un peu chaotique, puisque j’ai dû changer d’université et de ville plusieurs fois au gré des suppressions de postes et des recrutements (j’ai enseigné d’abord à Rennes 2 – Haute Bretagne, puis à l’Université de Bretagne Occidentale à Brest, à nouveau à Rennes 2, et enfin à l’Université de Picardie Jules Verne à Amiens).

Ma progression a donc été lente, mais grâce au soutien de ma directrice de thèse, j’ai pu obtenir l’autorisation de me réinscrire pour une 7e année afin d’apporter les dernières modifications à mon travail et de soutenir en décembre 2016.

  • Quels sont vos projets futurs ?
J’ai eu la chance d’obtenir dès ma première campagne un poste de Maître de Conférences en civilisation britannique à l’Université de Nantes. Mon poste comprend également une dimension « études européennes », ce qui est particulièrement intéressant en ce moment, alors que la situation de l’Irlande du Nord se trouve au cœur des négociations du « Brexit » entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne.

J’ai donc pour projet de continuer mon travail sur les questions identitaires, la mémoire, et le processus de paix en Irlande du Nord, mais en me concentrant davantage sur le rôle joué par l’Europe (que ce soit l’Union Européenne, ou la Convention Européenne des Droits de l’Homme). J’envisage également de publier ma thèse, lorsque j’aurai eu le temps de m’installer dans mes nouvelles fonctions et que je pourrai la retravailler afin de la rendre plus accessible.
Type :
Distinction / prix, Portrait

mise à jour le 5 mars 2018