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Changer le monde : Les expérimentations urbaines au Royaume-Uni, 19e-21e siècles.

le 9 juin 2017

ENGLISH VERSION BELOW

Présentation

Le Royaume-Uni offre depuis longtemps un terreau fertile pour les utopies et expérimentations urbaines. De Utopia de Thomas More en 1516 aux New Towns des années 1950 et 1960 en passant par News from Nowhere de William Morris en 1890, la société britannique a fourni l’inspiration à nombre de visionnaires critiques de la société contemporaine afin de formuler des projets sociétaux autres.  Au 19è siècle, certains de ces pionniers ont tenté de mettre en œuvre leur vision dans un contexte marqué par l’urbanisation anarchique et l’industrialisation à marche forcée du pays. La société britannique leur offrait en effet non seulement un repoussoir mais aussi les outils nécessaires (capitaux, nouvelles technologies, organisation politique etc.) pour donner corps à leurs rêves urbains. C’est ainsi que sont nés d’abord des villages modèles bâtis par des industriels aux motivations ambiguës parfois, tels que New Lanark, Bournville, Port Sunlight ou Saltaire. Le 20è siècle fut quant à lui dominé par l’expérimentation des villes nouvelles, d’abord construites par un visionnaire isolé afin d’apporter une réponse aux maux urbains (Ebenezer Howard), puis pour le compte de l’Etat dans un contexte de reconstruction nationale. Au 21è, les gouvernements Blair mirent l’accent sur la renaissance urbaine (Urban Renaissance), tandis que Gordon Brown plaça sa politique de la ville sous le signe de l’écologie (Ecotowns). Par la suite, afin de répondre à la pénurie de logements, l’agenda local du gouvernement de coalition, puis conservateur, mit au goût du jour un nouvel avatar des villes nouvelles, les Locally-led garden cities.
À ces expérimentations dans le domaine de l’urbanisme sont venues s’ajouter diverses expérimentations sociales en milieu urbain motivées par le rejet du capitalisme, la volonté de lui faire pièce ou d’atténuer ses conséquences. C’est ainsi qu’au 19è siècle, les premiers socialistes, Owénistes et Chartistes en particulier, avaient tenté de redéfinir les espaces urbains à l’aide de magasins coopératifs et de modes de sociabilité collectifs, bien souvent pour se préparer à la vie au sein de communautés alternatives établies à la campagne comme en ville. Au 20e siècle, dans les années 1960, sous l’influence des Etats-Unis et dans un contexte de contestation du système social et économique dominant, des expériences de participation citoyenne virent le jour au niveau local, avec l’appui de certaines municipalités, afin de donner aux résidents une voix dans l’aménagement de leur quartier (community planning). Après la « redécouverte de la pauvreté » au Royaume-Uni au milieu des années 1960, les gouvernements Wilson mirent sur pied des Community Development Projects puis dans les années 1970 desComprehensive Community Programmes afin de lutter contre la pauvreté en encourageant résidents et collectivités locales à collaborer. Si les années Thatcher ne furent guère propices à la décentralisation, aux transferts de moyens financiers et pouvoirs politiques, paradoxalement, elles suscitèrent nombre d’expérimentations dans les municipalités tenues par le parti travailliste, voire par l’extrême gauche (Greater London Council) en réaction aux politiques nationales. De même, les années New Labour (1997-2010) furent marquées par de multiples initiatives pilotées par les collectivités locales mais financées par l’Etat dans le cadre des programmes New Deal for Communities et du National Strategy Action Plan pour lutter contre l’exclusion sociale.  Depuis 2010, les gouvernements au pouvoir sont unis dans leur défense du localisme, à savoir l’expérimentation de solutions locales aux problèmes locaux, avec l’aide financière du gouvernement.
Cette journée d’étude consacrée aux expérimentations urbaines au Royaume-Uni s’intéressera donc aux projets mis en œuvre en milieu urbain depuis le 19è siècle pour transformer celui-ci et parfois, au-delà, la société britannique dans son ensemble. Les communications pourront se pencher sur l’aspect urbanistique ou social de ces expérimentations, leur origine, leur influence sur la société plus généralement, les relations entre le niveau macro national et le niveau meso local, voire les organisations et acteurs derrière ces expérimentations.
  
Responsables scientifiques
David Fée, Professeur en Civilisation britannique, Université Paris 3-Sorbonne nouvelle (david.fee [at] univ-paris3.fr)
Ophélie Siméon, Maître de conférences en Civilisation britannique, Université Paris 3-Sorbonne nouvelle (ophelie.simeon [at] univ-paris3.fr)


ENGLISH VERSION
Changing the world: Urban experiments in the United Kingdom, 19th-21st centuries

 
Sorbonne Nouvelle University, Paris
June 9, 2017
 
The United Kingdom has long been a fertile ground for utopias and urban experiments. From Thomas More’s Utopia (1516) to the New Towns of the 1950s and 1960s and William Morris’s News from Nowhere (1890), British society has inspired the critical discourses of countless visionaries and their attempts to rethink society. In the 19thcentury, some of these pioneers tried to put their visions to the test while their country was being blighted by anarchic urban growth and forced-march industrialisation. The British society they lived in served as a foil to their urban dreams, while providing them with the necessary tools (whether capital, new techniques and political organisations) to make them come true. This rationale was to be found first in the model villages of New Lanark, Bourneville, Port Sunlight and Saltaire, built by industrialists with somewhat ambiguous motivations in mind. The 20th century was for its part dominated by “New Town” experiments, first designed by individual visionaries as a response to urban woes (Ebenezer Howard), and then by the state in the context of national reconstruction. In the 21st century, Tony Blair’s government focused on Urban Renaissance and Gordon Brown’s on Ecotowns, while the Coalition’s and the Conservative government’s local agenda put the “locally-led garden cities“ project to the forefront, bringing back this new incarnation of the “New Town“ to solve housing shortages.
 
In addition to these experiments in town planning, many urban social experiments have emerged in reaction to capitalism, whether to reject it, overthrow it or at least mitigate its effects. 19th century socialists - the Owenites and Chartists in particular - had tried to redefine urban spaces with the help of cooperative stores and collective modes of sociability, usually as preparation to future life in urban and rural alternative communities. In the 1960s, under the influence of American political trends and the dominance of contesting attitudes towards social and economic structures, experiments in citizen participation flourished at the local level, with the support of some town councils, in order to give city dwellers a voice in the planning of their communities. Following “the rediscovery of poverty” in the mid-1960s, the Wilson governments implemented Community Development Projects, as well as Comprehensive Community Programmes later in the 1970s, with the joint aim of reducing poverty and encouraging cooperation between citizens and local authorities. Even though the Thatcher years were not particularly favourable to political and economic decentralisation, they paradoxically fuelled numerous experiments in Labour and far-left controlled towns and cities (like the Greater London Council), in reaction to government national policies. Likewise, the New Labour years (1997-2010) were characterised by several initiatives conducted by local authorities but financed by the state in relation to both the New Deal for Communities and National Strategy Action Plan programmes against social exclusion. Since 2010, British governments have joined forces in defence of localism, that is, experimenting with local-scale solutions to local issues, with a financial help from central government.
 This workshop on urban experiments in Great Britain will therefore focus on the urban projects that have been implemented since the 19th century as a means to transform towns and cities, if not sometimes British society in its entirety. Papers may focus on the town planning and social aspects of such experiments, as well as their origins, their influence on society, and more generally speaking, on the interaction between macro-national and meso-local levels of action, including the organisations and actors behind the said experiments.
 

Type :
Colloque / Journée d'études

mise à jour le 28 février 2017