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International

Caroline Schneider, de retour d'une année aux Etats-Unis dans le cadre d'un bourse Fulbright

le 3 décembre 2012

Nous avions rencontré Caroline Schneider avant son départ pour les Etats-Unis dans le cadre d'une bourse Fulbright. De retour en France, après un an passé à Highland Park High School (Highland Park, Illinois), elle nous fait partager son expérience.

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Pourquoi aviez-vous fait le choix d'un échange Fulbright ?

J’ai choisi de postuler au programme d’échange Fulbright afin de faire l’expérience du système éducatif américain. Je voulais pouvoir l’observer tout en y prenant part. Mes objectifs étaient également d’améliorer ma maîtrise de la langue anglaise, de varier mes pratiques pédagogiques et de faire l’expérience de la culture et du mode de vie américains. Mes attentes n’ont pas été déçues. Bien au contraire. Etre boursier Fulbright m’a donné l’opportunité de travailler dans un établissement socialement et économiquement privilégié (Highland Park High School, Highland Park, Illinois).

J’ai également eu la chance de côtoyer des personnes (collègues et élèves) bienveillantes, à l’écoute et curieuses. Une de mes collègues a trouvé l’expression juste pour décrire mon statut. Un jour, elle m’a fait remarquée que j’étais « une invitée » (I was a guest). Une invitée dans le système éducatif américain, une invitée dans un lycée américain, une invitée dans les familles américaines que j’ai pu rencontrer. Etre (une) invitée, je l’ai été toute l’année – et ce qu’il y a de formidable dans cette aventure, c’est que l’on nous montre des choses jusqu’alors méconnues ou inconnues, et que l’on nous fait partager des moments inédits, riches et donc mémorables.  

Quel bilan tirez-vous de cette année académique ?

J’ai assuré un service à temps complet comme professeur de français. J’étais en charge de 5 classes de 3 niveaux différents : une classe de French 1 (13 élèves), 3 classes de French 2 Honors (une classe de 20, 23 et 25 élèves) et une classe de French 4 and 5 (12 élèves). Les élèves étaient évalués en contrôle continu comme en France mais plus fréquemment (devoirs, activités en labo multimédia, tests, quiz). Ils avaient également des partiels en fin de semestre.

J’ai été également responsable du French Club qui se réunissait tous les lundis matin. Nous avons accueilli au lycée Sophia Domancich, musicienne française de jazz en représentation à Chicago. Cette rencontre a été rendue possible grâce au consulat de France à Chicago et son attaché culturel adjoint au Service de coopération et d’action culturelle, Jean-François Rochard. En fin d’année, j’ai également emmené une classe à l’Alliance Française : les élèves ont participé à une activité cuisine et ont visionné le film documentaire Kinshasa Symphony (lien internet : http://www.kinshasa-symphony.com/index.php?id=8&L=2 ). Je n’ai rencontré aucune difficulté particulière, si ce n’est l’acclimatation du début d’année et la charge de travail.

 Quel regard portez-vous sur cette expérience en terme de valorisation ?

Cette année passée à Highland Park m’a permis de réfléchir à la didactique des langues de façon plus générale, au-delà des spécificités de l’enseignement de l’anglais ou du français. Si elle n’a pas « révolutionné » ma manière d’enseigner, cette année m’a conforté dans mes choix pédagogiques, à savoir privilégier les compétences orales, utiliser les TICE et s’appuyer sur un contenu culturel fort. Je me suis rendue compte de l’importance des activités orales pour entrainer les activités écrites. Pendant cette année, j’ai donc privilégié les activités de production orale avec un binôme (pair-work activities) et les activités de groupes.
Utiliser les ressources multimédia s’est révélé être également un plus dans l’enseignement du français. J’ai mis au point de nombreuses activités reposant sur la recherche d’informations sur internet à partir de supports authentiques (oraux et écrits). Avec l’aide du service informatique du lycée, nous avons crée un wiki, c’est-à-dire un espace virtuel de collaboration entre Highland Park et 3 écoles en France, dont le lycée Diderot. Elèves français et américains ont ainsi pu entrer en contact en écrivant des articles dans les deux langues et communiquer de façon plus spontanée par l’intermédiaire de commentaires postés sur les articles.
La motivation des élèves pour apprendre le français a reposé enfin sur un contenu culturel fort. J’ai donc essayé d’utiliser un maximum de documents récents et de favoriser les rencontres avec des natifs. Comme mentionné plus haut, mes élèves ont eu la chance de rencontrer Sophia Domancich mais aussi certains de mes amis et membres de ma famille de passage à Chicago. Pour donner un côté plus tangible aux échanges entre français et américains, une amie professeur d’anglais en France et moi-même avons décidé d’envoyer des colis (care package) dans nos établissements respectifs. A l’intérieur : des bonbons, des CDs gravés, des magasines, des livres de recettes, des lettres, des photos etc. Un vrai succès auprès des élèves !

D'un point de vue pratique, comment s'est déroulée votre intégration ?

Avant tout, mon séjour ici a été facilité par les très bonnes relations que j’ai eues avec ma partenaire d’échange. Nous avons beaucoup échangé en amont, avant le départ. Nous avons été moins en contact pendant l’année ; le temps nous a manqué et je crois que nous le déplorons toutes les deux. Ce sont mes collègues de HPHS qui ont pris le relais. Gentillesse et disponibilité sont les deux mots qui les caractérisent.
Le premier défi pour moi cette année a été les horaires. Pas facile en effet de changer de rythme. J’ai dû décaler mes horaires à peu près de 2 heures puisque je me levais à 5.30, dinais entre 18.30 et 19.00 et me couchais vers 21h00. Le second défi cette année aura été la densité de travail en général. J’ai pu remarquer que la somme de travail n’était pas toujours liée à des questions pédagogiques, mais souvent administratives. Le dernier défi et de taille a été de comprendre les règles qui régissent la communication « à l’américaine ». Chaque pays fonctionne différemment quand il s’agit de relations interpersonnelles. Cela m’a demandé un réel effort. J’ai vécu les malentendus et les quiproquos au début comme des échecs, mais j’ai aussi beaucoup appris sur moi-même et le pays. Le choc culturel pour moi se situait principalement à ce niveau là.
J’ai également eu de bonnes relations avec les élèves. Enseigner le français était nouveau pour moi. J’ai mis du temps à m’habituer aux méthodes proposées dans les manuels. J’ai vraiment aimé partager des moments « culturels » avec mes élèves ; et je crois que la réciproque est vraie.
Ce que je retire professionnellement de cette année, c’est que les stratégies et les méthodes que l’on utilise en classe pour faire communiquer les élèves sont transférables d’une langue à l’autre. Je reste avant tout un professeur d’anglais, et je suis ravie de rentrer en France et de partager tout ce que j’ai vu et entendu ici. Je rentre en France avec plus de 8000 photos, donc j’ai de quoi faire des cours avec un solide contenu culturel.

 

Et d'un point de vue personnel ?

D’un point de vue personnel, cette année aux Etats-Unis m’aura permis de faire l’expérience de toute une gamme de sentiments. Un échange Fulbright, c’est un peu comme un « yoyo » d’émotions. On peut se sentir abattus dans les moments difficiles, comme très heureux, enthousiastes et euphoriques. Il n’y a pas trop de place pour des sentiments « neutres » ou « neutralisés ». Tout se vit et tout est perçu de façon extrême, ou exagérée quand on vit à l’étranger et qu’on fait l’expérience d’un choc culturel. 

J’ai découvert que la solitude pouvait avoir du bon. J’ai appris que je pouvais être heureuse…tout en étant seule. Parce que je vivais à l’étranger, ma vie sociale a été profondément affectée : je ne suis pas sortie autant, et je n’ai pas côtoyé autant de monde que chez moi à Paris. C’est une évidence, mais ce fut aussi une prise de conscience pour moi. De là à conclure que je me suis noyée dans ma solitude, il ne faut quand même pas exagérer !
Ma famille et mes amis sont venus me voir en nombre.

Mes voyages resteront sans doute parmi mes meilleurs souvenirs. En un an, j’ai visité principalement des villes : Washington, Boston, Detroit, Cleveland, New York, New Orleans, Memphis, Nashville, Houston, San Francisco, Las Vegas, Seattle et Vancouver. Un beau palmarès quand on pense que je n’avais seulement que 3 jours de congés à poser dans l’année! Mes compagnons de route furent d’autres professeurs en échange. Si j’ai forgé des amitiés avec des américains, j’ai aussi rencontré des amis français parmi les professeurs Fulbright. Mon séjour aux Etats-Unis aura été – par ordre d’importance - architectural, musical et sportif. Architectural parce que j’ai pu vraiment me rendre compte de l’architecture des villes et des banlieues américaines. Musical parce qu’il n’y a pas eu une ville où je ne sois pas allée à un concert…de jazz, de blues, de country, de zydeco, de blue grass. Et sportif parce que le sport fait partie intégrante de la culture américaine, et qu’il est partout visible - bien plus qu’en France. Moment mémorable : un match de hockey avec les Red Wings de Detroit ! Et c’est en ça que je suis reconnaissante du programme Fulbright. J’espérais rencontrer des amis, vivre des moments forts et inédits ; et ce fut le cas.

Maintenant que le séjour est pratiquement terminé, je dirais que ma plus grande richesse est d’avoir partagé des moments en famille avec des américains. Avant de partir, je pensais connaitre la culture américaine – à travers mes lectures, des films, des séries TV, des tableaux etc. Et c’était le cas en un sens. Cette année m’aura permis de littéralement VIVRE la culture et les traditions américaines : Halloween, Thanksgiving, Noël, Pessa’h, Pâques, le Superbowl, les jours fériés (MLK Day, Veterans’Day, Memorial Day) et les fêtes locales (St Patrick’s Day, Groundhog Day). C’est toujours surprenant et touchant pour moi quand une famille ouvre sa porte, accueille une étrangère, et partage un peu de son temps, de sa culture, de ses traditions le temps d’un repas, d’une fête. Les gens ne sont pas obligés de le faire ; et beaucoup l’ont fait pour moi cette année, et je leur en suis redevable.

 A lire le portrait de Caroline avant son départ !

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Type :
Portrait, -
Contact :
Sous-Direction de la Communication

mise à jour le 6 mars 2013