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Baptiste Bohet, enseignant à la Sorbonne nouvelle, vient de faire paraître Littérovision

le 28 juin 2023

Baptiste Bohet, enseignant à la Sorbonne nouvelle, vient de faire paraître Littérovision, ouvrage dans lequel il s’intéresse aux grands textes littéraires et nous en offre une vision originale et réjouissante.

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  • Baptiste Bohet, pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?
J’ai un parcours assez atypique. Curieux de tout, j’ai toujours aimé apprendre, et cela, parfois avec un peu d’excès… j’ai ainsi eu deux bac (l’un scientifique, l’autre littéraire) et suivi en parallèle des études de mathématiques, de philosophie et de littérature. Ce n’est finalement qu’au niveau du doctorat que je me suis spécialisé en littérature. Mais même à ce moment-là, j’ai constamment été attiré par la pluri/inter/transdisciplinarité, c’est pourquoi ma thèse proposait une analyse littéraire assistée par ordinateur (Corps et séduction dans Belle du Seigneur).
 
Dès lors, je n’ai cessé de développer mes champs de recherche, et j’enseigne actuellement la littérature et la culture numérique. Il me semble que la multiplication des points de vue et des outils est une richesse pour la recherche, mais aussi pour l’enseignement, que les concepts d’un domaine nourrissent et éclairent ceux d’un autre.
  • Plus précisément, sur quels domaines portent vos recherches ?
À dire vrai, elles portent sur plusieurs domaines. Pour ce qui concerne la littérature, mon objectif est de rendre accessible, d’analyser, comprendre les textes grâce à des approches innovantes. Parmi elles, les outils numériques, qui ne cessent de se multiplier, de se transformer et de s’améliorer, offrent une foultitude de nouvelles pistes. Ils permettent, notamment, d’offrir d’autres voies d’accès au texte : vision quantitative, lecture tabulaire, perspectives comparatives, données statistiques, etc.
Ces nouvelles approches modifient notre rapport aux textes, qui peuvent être appréhendés plus globalement grâce au traitement de très grands corpus (on parle ainsi de distant reading), mais dans le même temps, de les rendre accessibles jusqu’à leurs moindres détails. Si ces méthodes novatrices ne se substituent pas à l’analyse classique, subjective, du texte, elles permettent néanmoins de la faire reposer sur des bases objectives en utilisant des données exhaustives.
Nouvelles approches des textes donc, mais aussi, nouvelles pratiques induites par ces outils. Les bases de données textuelles, les outils statistiques, les recherches sémantiques, l’intelligence artificielle entraînent en effet un changement de paradigme qui interroge les limites de nos disciplines et renouvelle les questionnements épistémologiques sur des notions fondamentales :
qu’est-ce qu’un texte (quel est le statut d’un hypertexte que le lecteur n’est jamais certain d’avoir lu dans son intégralité) ? qu’est-ce que lire (la lecture numérique, qui estompe la notion de page, modifie-t-elle le rapport au texte) ? qu’est-ce qu’un livre (le support influe-t-il sur son contenu, les liseuses marquent-elles la fin de l’objet-livre) ? Autant de question qui orientent mes recherches.
Pour ce qui est plus particulièrement de la culture numérique, autre domaine de prédilection, je questionne la matérialité du numérique pour montrer qu’une vision duale, qui voudrait systématiquement opposer matériel/immatériel, analogique/numérique, réel/virtuel, est imparfaite à rendre compte de la complexité du réel. Il est parfois bon de remettre un peu de complexité dans
le débat…
  • Vous venez de sortir Littérovision. Un regard différent sur 100 grands romans de la littérature française (Editions Le Bord de l'eau, 2023) avec Michel Bernard, sur quoi porte cet ouvrage ?
Depuis longtemps, avec Michel Bernard qui est un collègue et un ami, nous essayons de proposer une approche différente des textes littéraires mêlant la statistique, la textométrie et la datavisualisation : Littérovision est le résultat de ce mélange des genres.
L’objectif de cet ouvrage atypique, publié aux éditions le Bord de l’eau, est d’offrir à voir les grands romans de la littérature française autrement, de découvrir les secrets de ces textes dont la postérité a fait des chefs-d’œuvre. Nous avons dans cette perspective apporté un soin tout particulier à la question de la représentation visuelle des phénomènes littéraires que nous avons mis en lumière pour permettre d’accéder à l’intimité des textes les plus emblématiques de notre littérature.
Si la démarche est scientifique – c’est le résultat de plus de dix années de travail et le traitement de million de données – le livre est presque ludique. Il permet, par exemple, de répondre à des questions telles que : les phrases de Proust sont-elles vraiment si longues ? Quel est le mot préféré de Marguerite Duras dans L’Amant ? Quand apparaît pour la première fois Emma dans Madame Bovary ? Quels sont les romans qui utilisent le plus de verbes au futur ? Le Petit Prince est-il davantage emprunté en bibliothèque que La Princesse de Clèves ? Peut-on écrire un roman sans point-virgule ? Quel est le verbe favori de Modiano ? Avec quels romans Le Voyage au bout de la nuit de Céline partage-t-il le plus de vocabulaire ? Boris Vian dans L’Écume des jours utilise-t-il plus de couleurs que Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte ?
L’ambition est de montrer comment ces textes, faits de mots et de phrases, ont été agencés pour aboutir à ces romans qui, depuis des siècles parfois, nous font rêver, agir, penser, aimer : en un mot, nous font vivre.
  • Ce n'est pas votre premier ouvrage sur cette question ?
Effectivement, malgré la diversité de mes recherches, il y a un bien un fil conducteur et, toujours avec Michel Bernard, nous avons fait paraître il y a quelques années Littérométrie, aux Presses de la Sorbonne nouvelle, qui se voulait être un manuel pour permettre aux amateurs éclairés, étudiants ou collègues, d’analyser les textes littéraires avec des outils numériques. Propédeutique, cet ouvrage pratique expliquait comment s’emparer des outils numériques, pour récupérer et préparer un corpus ; pour exploiter les nombreuses ressources des logiciels de textométrie ; pour proposer des
représentations visuelles de ses résultats, etc. L’objectif était déjà de donner envie d’utiliser des méthodes différentes pour accéder aux textes et les (re)découvrir.
  • Quels sont vos projets, vos travaux à venir ?
Après Littérométrie et Littérovision, je travaille actuellement avec des outils de deep learning (apprentissage profond en bon français) et d’IA pour créer un site web : Litteroscope. Cela fait plusieurs années que je m’intéresse à l’intelligence artificielle et que je me demande comment l’utiliser dans le cadre des études littéraires. L’ambition de ce site est de fournir automatiquement des informations sur des textes : permettre pour un texte inconnu de savoir (ou de vérifier) dans quelle langue il a nativement été écrit, à quel genre il appartient, obtenir des informations sur son auteur (âge, sexe), être capable de dater sa rédaction, etc. Pour tout vous dire, c’est un projet qui m’enthousiasme beaucoup, parce qu’il ne s’agit plus ici d’utiliser un outil, mais bien d’en créer un,
qui devrait, qui plus est, être potentiellement utile à tout le monde. J’espère que les étudiants et les collègues auront la curiosité d’aller le découvrir (https://www.litteroscope.fr, pour l’instant en construction mais normalement disponible en septembre).
  • Avez-vous des conseils à donner aux futur.es étudiant.es de la Sorbonne Nouvelle ?
Il est toujours périlleux de donner des conseils tant les parcours sont différents… si je devais néanmoins m’y aventurer je dirais qu’il faut oser s’intéresser à différents domaines et ne pas rester cantonner à un sujet trop précis. Nous vivons à une époque de spécialistes, qui ont du mal à discuter entre eux, et où la recherche est cloisonnée. Or, souvent, la réflexion a besoin de transversalité pour s’épanouir. L’interdisciplinarité – qui offre parfois une voie vers la sérendipité qui n’a de cesse de me réjouir – est plus que jamais une richesse. Lorsque j’ai commencé à utiliser des outils numériques
pour étudier des textes littéraires, j’ai rencontré beaucoup de résistance pour ne pas dire plus.
 
Aujourd’hui, tout le monde ne parle plus que d’humanités numériques… les plans de carrière sont toujours hasardeux car nul ne peut prévoir l’avenir, il faut donc s’autoriser à suivre ses envies !
 

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mise à jour le 30 octobre 2023