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Anaëlle Touboul, lauréate du Prix Louis Forest de la Chancellerie des Universités de Paris en Lettres

le 26 décembre 2017

Anaelle Touboul

Anaëlle Touboul, lauréate du très prestigieux Prix Louis Forest en lettres de la Chancellerie des Universités de Paris - édition 2017 pour sa thèse intitulée Histoires de fous. Approche de la folie dans le roman français du XXe siècle sous la direction d’Alain Schaffner revient sur son parcours et nous explique ses projets.

  • Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis actuellement professeure de français au lycée Gutenberg de Créteil et j’ai soutenu en décembre 2016 une thèse intitulée « Histoire de fous. Approche de la folie dans le roman français du XXe siècle » sous la direction d’Alain Schaffner.
Après un baccalauréat scientifique et suite à deux années de classes préparatoires littéraires, je suis venue poursuivre mes études à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, que je n’ai plus quittée jusqu’à l’obtention de mon doctorat.
À l’issue d’une licence de Lettres Modernes et d’une licence de Langue, Littérature et Civilisation Anglaises, j’ai découvert la recherche en M1 en travaillant sur la figure animale chez Claude Simon, déjà sous la direction d’Alain Schaffner. Une fois passée l’agrégation de Lettres Modernes, j’ai poursuivi mon parcours de recherche en commençant à m’intéresser au personnage romanesque du fou en M2.
En 2010, j’ai obtenu un contrat doctoral à Paris 3, grâce auquel j’ai pu prolonger mes travaux en thèse, tout en découvrant l’enseignement auprès d’un public étudiant. J’ai eu la chance de profiter, au milieu de ces trois années, d’un séjour d’enseignement et de recherche à l’université d’Oxford, qui fut une aventure très riche humainement et intellectuellement. À la fin de mon contrat doctoral, j’ai occupé pendant trois autres années un poste d’ATER, d’abord à la Sorbonne Nouvelle puis à l’université d’Angers, ce qui m’a permis de poursuivre mes activités de recherche et d’enseignement dans les meilleures conditions possibles.
 
  • Vous avez soutenu votre thèse sur le thème « Histoires de fous. Approche de la folie dans le roman français du XXe siècle » en décembre 2016 à la Sorbonne Nouvelle, parlez-nous de votre travail :
À travers une étude panoramique de la figure du fou dans le roman français du XXe siècle, cette thèse consiste en une enquête approfondie sur ce que la folie fait à la littérature (et réciproquement). À partir d’un vaste corpus romanesque couvrant l’ensemble du siècle, j’ai voulu explorer les divers enjeux soulevés par l’adoption de la figure du fou comme centre de perspective, en distinguant la démarche de mes auteurs des entreprises littéraires qui, du romantisme aux avant-gardes du début du XXe siècle, opéraient une mythification de la folie plutôt qu’une exploration de la conscience de l’individu aliéné. En d’autres termes, il m’importait de mettre en lumière l’émancipation de la figure du fou et son affirmation sur la scène romanesque comme sujet autonome – au sens de thème comme de subjectivité. Les visées de cette étude étaient donc multiples : établir la validité d’une catégorie littéraire nouvelle en mettant en évidence les caractéristiques thématiques et formelles qui lui donnent cohérence ; étudier la mise à l’épreuve des frontières, des moyens et des pouvoirs de la fiction romanesque que cette catégorie met en jeu ; interpréter enfin le reflet que ces œuvres offrent des connaissances, des mentalités et des angoisses contemporaines. Ce travail à la croisée des disciplines a été l’occasion d’allier ma passion pour la littérature à ma curiosité pour la psyché humaine.

  • Vous venez de recevoir le prix Louis Forest de la Chancellerie en Lettres, qu’est-ce que ce dernier représente pour vous ?
C’est bien sûr une récompense très gratifiante au terme de six années d’un travail, certes absorbant et enrichissant, mais au cours duquel il a fallu combattre le doute et le découragement. Mais ce prix ne vient pas uniquement saluer un travail personnel. Il est la preuve que lorsqu’on la dote des moyens qui lui manquent tant, l’université peut offrir la possibilité à ses étudiants de mener à bien des projets d’envergure. Je suis particulièrement reconnaissante aux universités de la Sorbonne-Nouvelle et d’Angers de m’avoir donné l’opportunité de travailler dans des conditions privilégiées, qui sont réservées à un trop petit nombre de jeunes chercheurs.
Dans le cadre des prix de la Chancellerie des Université de Paris, je suis également fière d’être une représentante de la recherche en littérature, à laquelle cette récompense donne une visibilité qu’on lui refuse souvent, à cause d’une utilité qui peut paraître moins immédiate que pour d’autres disciplines, mais qui n’en est pas moins précieuse.
Enfin, ce prix a d’autant plus de valeur à mes yeux qu’il est le signe de l’intérêt que porte la société contemporaine, dans le sillage des romanciers de mon corpus, à la maladie mentale, derrière l’écran du mythe et des lieux communs.
 
  • Quels sont vos projets futurs ?
Je suis convaincue que recherche et enseignement sont indissociables, et je souhaite pouvoir continuer à goûter au plaisir de la transmission, face à des élèves du secondaire ou des étudiants. J’ai été qualifiée par le CNU, ce qui me donne la possibilité de postuler à un poste de maître de conférence, mais ceux-ci étant rares et aucun ne correspondant pour le moment à mon profil et mes centres d’intérêt, je m’épanouis dans le lycée où j’enseigne actuellement. L’enseignement en classes préparatoires m’intéresserait également beaucoup, même si je sais que la charge de travail rend compliquée la poursuite de travaux de recherche.
J’ai par ailleurs eu la chance d’obtenir, à l’issue de ma soutenance, un contrat d’édition avec la maison Honoré Champion et je prépare cette année la version remaniée de ma thèse en vue de la publication. Je continue de participer à des manifestations scientifiques, en cherchant à explorer des territoires limitrophes de ceux parcourus durant ma thèse, sans pour autant quitter mon domaine de spécialité. Je me passionne notamment en ce moment pour le champ des humanités médicales, en pleine expansion. L’enseignement de la littérature à des futurs médecins, dont l’apport me paraît indiscutable, serait une perspective enthousiasmante. Le champ des possibles est donc largement ouvert !

Crédits photographiques © Chancellerie des Universités de Paris

Type :
Distinction / prix, Portrait

mise à jour le 29 janvier 2018