Information/communication
Le peintre Timanthe, rapporte Pline l'ancien, ne sachant rendre la douleur extrême d'Agamemnon au sacrifice d'Iphigénie eut l'ingéniosité de le voiler. Attitude de deuil : Agamemnon, le père, un homme, se sera voilé la face pour ne pas voir. Il semble, en effet, que le voilement féminin et masculin ne soient pas symétriques pour le regard : le premier dissimule, le second aveugle. Cette remarque d'ordre anthropologique, qui structure la vue en termes de genres, appelle pour être confirmée une enquête sur les pratiques masculines de voilement dans le monde méditerranéen, qui prenne en considération leurs échos dans l'iconographie classique. Ainsi, prêtres païens et juifs se reconnaissent, en dépit des objurgations de Saint Paul, à ce qu'ils sont voilés ; la tradition musulmane des hadiths évoque le voile (hijab) en plusieurs endroits à propos du prophète lui-même, et non seulement des femmes de sa maison ; la peinture orientaliste dévoile les femmes, mais enturbanne les hommes. Cependant, à la lettre du récit plinien, ce n'est pas Agamemnon qui se voile, mais l'ingéniosité de Timanthe qui met un voile sur une partie du tableau. Nouée à la voie anthropologique, l'hypothèse esthétique selon laquelle la peinture rendrait visible, ou sensible, en se montrant comme cache - en laissant transparaître sa puissance d'opacifier - doit être suivie simultanément jusqu'aux carrés suprématiste et, par delà, jusqu'au monochrome.
La fameuse anecdote noue un double champ d'investigation. L'un explore les pratiques masculines de voilement dans le monde méditerranéen et leurs échos dans l'iconographie classique.
Durée du séminaire : 6 h
mercredi 14 mars 2012, de 9h à 12h - salle E (Centre Bièvre)
et mercredi 21 mars 2012, de 9h à 12h - salle E (Centre Bièvre)
mise à jour le 5 mars 2012