EA 4398 PRISMES >> Axes de recherches >> Axe de recherches: Poésie

Axe de recherche : Poésie, traductions, ré-écritures

On a plaisir à rappeler que l'intérêt commun pour la poésie du monde anglophone, et pour la poétique, dans ses relations, notamment, avec la linguistique et la traduction, relève d'une longue tradition à la Sorbonne Nouvelle-Paris 3.

Aujourd'hui, la proposition de cet axe transversal part du constat évident qu'un grand nombre de chercheurs travaillent sur la poésie et les poétiques dans les quatre pôles de recherche de PRISMES que sont VORTEX, LILT, PEARL et le Groupe de Recherche en Études Irlandaises. Spécialistes de poésie métaphysique, romantique, moderniste ou contemporaine (des domaines britannique, irlandais et américain) ainsi que linguistes et spécialistes de traductologie pourront ainsi élaborer des actions de recherche fructueuses.

Au sein de PRISMES, le TRACT (au sein du Pôle Linguistique Langue Traduction) est tout entier dédié à la traduction et à la traductologie. Par ailleurs, des actions transversales aux pôles s'intéressent plus particulièrement à la dimension historique de la traduction ou des traductions.



Réflexion sur la pratique de la poésie dans le champ contemporain


Cette réflexion s'inscrira dans le champ des recherches actuelles, à la fois en Europe et aux États-Unis, autour de la nouvelle poétique (Bob Perelman, Lyn Hejinian, Marjorie Perloff, Robert Hampson, etc., pour le champ anglo-saxon, Yves Bonnefoy, Christian Doumet, Michel Deguy, pour le champ français).

Il s'agira de voir comment la poésie contemporaine intègre toutes ses marges critiques et conceptuelles, ainsi que les opérations dont elle fait l'objet (dont la traduction) dans son écriture même. Les poètes étudiés seront choisis dans l'ensemble du monde anglophone (de Seamus Heaney à  Medbh McGuckian, de Geoffrey Hill à Carol Ann Duffy ou de John Ashbery à Henrietta Mullen).

Parmi les effets majeurs de cette (nouvelle) pratique, on s'intéressera à l'impossibilité de la clôture du texte (qui conduit à reposer différemment la question de l'inachèvement), ou à la question de la délimitation des marges (la marge inclut-elle le contexte et si oui, comment le poème peut-il en tenir compte ?). À ce sujet, on pense par exemple à l'œuvre du poète irlandais Ciaran Carson, traducteur de Dante, et dont toute la poésie pose la question des marges du poème (y compris de manière plastique, la marge du poème sur la page).

Par ailleurs, le caractère réflexif d'une telle pratique inclusive implique une forme de travail philosophique de la poésie, qui fait du poème le " théâtre du sens " (Charles Bernstein) ainsi que la mesure de «l'idéologie du langage» (Jerome McGann). On s'interrogera sur la vision de la poésie comme une pratique de la pensée, ainsi que sur l'éventuel écueil de la surdétermination du poème.

Retour sur la poésie moderniste

L'une des incidentes les plus remarquables de cette approche de la pratique poétique est la relecture des grands corpus de la poésie moderniste.

C'est particulièrement vrai, par exemple, pour Gertrude Stein, dont la pratique inclusive de l'écriture et la manière radicale de repenser la grammaire commencent seulement à faire l'objet de recherches systématiques sur le plan international (Ulla Dydo). Une journée d'étude rassemblera, en juin 2012, linguistes, traducteurs et poéticiens autour de cette révision steinienne de la grammaire du poème et, notamment, son invention d'une forme de présent continu de l'écriture (cela s'inscrira dans la suite d'un travail collectif mené actuellement par linguistes et poéticiens dans le cadre d'un séminaire de l'École Doctorale ED 514).

Une telle réflexion sur la grammaire du poème rejoint un autre projet, portant sur la place de Wittgenstein dans la poésie irlandaise contemporaine  (à travers, notamment, la poésie de Muldoon et Carson). Il a donné lieu à une journée d'études, «Wittgenstein en Irlande», le 20 juin 2009 ; ce dernier projet s'inscrit dans le cadre de la programmation scientifique portant sur l'Irlande et l'Est impulsée par le Pôle «Irlande». Une autre grande œuvre moderniste dont la relecture s'avère très fructueuse est celle de T.S. Eliot : le Colloque international sur «T.S. Eliot et la Mémoire des oeuvres», organisé en septembre 2010 à Paris III, a permis, entre autres, de comprendre pourquoi Marjorie Perloff ouvre son livre 21st-Century Modernism, The "New" Poetics, par un texte sur "Avant-Garde Eliot", mais également pour quelle (bonne) raison il reste possible de voir en T.S. Eliot une sorte d'«Anti-moderne» (selon la terminologie d'Antoine Compagnon).  

Réflexion sur la traduction de la poésie

Dans une telle perspective, l'ambivalence ou la plurivalence du statut de la traduction fera l'objet de recherches et d'actions spécifiques. On s'est attaché à définir les modes de la " traduction-écriture "  (Maryvonne Boisseau) en tant qu' " opération " (au sens linguistique) " de séduction ", mais aussi en tant que mode de connaissance, ou encore comme espace et mode critique.


Des ateliers avec les doctorants seront organisés autour de poètes anglais, irlandais ou américains pratiquant eux-mêmes la traduction (il serait intéressant de travailler, par exemple, sur les traductions de Saint-John Perse par Devlin, Fitzgerald, Eliot et, plus récemment, Mahon). Un second type de recherche portera sur la pratique qui consiste pour le poète à mêler écriture et traduction de ses propres œuvres (Derek Mahon, Irl. ; Cole Swenson, US). Une autre journée d'étude avec les doctorants portera sur un travail de traduction " réfléchie " d'un choix de poèmes contemporains. 


Lire la poésie

A l'initiative de Cliona N'Riordain, des poètes irlandais de passage en France font le détour par l'Institut, pour lire leurs poèmes en public, pratique courante (voire inscrite dans une longue tradition) en Irlande, mais d'un usage moins établi en France.  A cette occasion, il sera ainsi possible de mesurer ce qu'apporte, ou retranche, la lecture à voix haute à la compréhension du poème conçu, a priori, « pour un œil-oreille » (J. Roubaud), plutôt que pour une « voix-oreille ». Tout en continuant à s'interroger sur ce qu'il faut entendre par « la voix du poème », en relation, incarnation oblige, avec la vocalisation spécifique et personnelle opérée par le poète-locuteur. C'est aussi l'occasion de travailler, en amont, à la traduction en français de certains de ces poèmes, de façon à ces textes traduits soient également lus, avant d'être publiés.
Un projet plus ample pourrait voir le jour, qui consisterait à élargir aux poètes de langue anglaise ce programme d'invitation à la lecture.


 

Filmer la poésie


 A la faveur de la sortie récente de films,tels Bright Star de Jane Campion, Poetry de Lee Chang-Dongou bien encore Howl de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, d'aprèsle poème d'Allen Ginsberg, la réflexion s'est engagée sur la façon dont la poésie peut s'envisager ou non comme objet cinématographique. Une première journée d'étude, en mars 2012, au Centre Culturel irlandais, s'intéressera à la mise en images d'un poème de Ian Duhig (réalisation : Paul Casey), en présence du poète et du cinéaste. Après quoi, on réfléchira à l'opportunité de théoriser cette pratique.


 



Histoire et pratique de la traduction

 
Au sein de PRISMES, le TRACT (au sein du Pôle Linguistique Langue Traduction) est tout entier dédié à la traduction et à la traductologie. Mais des actions transversales aux pôles s'intéressent plus particulièrement à la dimension historique de la traduction ou des traductions.

1. Base de données transversales: Textes Théoriques sur la Traduction (TTT) en langue anglaise

Le site est opérationnel depuis septembre 2011.

Ce projet vise à constituer un corpus de textes théoriques sur la traduction du XVIe au début du XXe siècles, qui pourraient être des extraits représentatifs d'œuvres longues ou des textes intégraux s'il ne sont pas trop longs. Il s'agit de rassembler des textes dispersés jusqu'ici, d'en offrir une édition scientifique en anglais (avec notes) et une traduction française annotée. Les textes sont précédés d'une introduction critique en français et en anglais destinée à mettre en évidence la pertinence et l'intérêt du texte édité, après l'avoir présenté et recontextualisé.

Le public potentiellement concerné serait la communauté anglophone, mais aussi les francophones (spécialistes et étudiants de lettres, de littérature comparée, d'histoire, d'autres langues et public plus large) qui pourraient ainsi accéder à des textes pour la plupart inédits en français et pour beaucoup difficiles d'accès en anglais.

Ce projet transversal fédère plusieurs chercheurs de l'équipe PRISMES, des collègues d'autres universités, ainsi des doctorants ou anciens doctorants. Le corpus s'enrichira au fil des années. On été choisis de préférence des textes inédits ou épuisés, ou ceux qui demandent à être retraduits. Ils  sont de longueur variable, selon qu'il s'agit de textes liminaires, comme c'est souvent le cas pour les périodes « anciennes », de chapitres ou de traités complets. Les textes longs sont présentés sous forme anthologique. La base de données permettra d'étudier l'avènement d'un discours théorique, voire scientifique, sur la traduction (mais aussi sur la littérature ou l'histoire littéraire) au fil des siècles, mais montrera également comment le statut du traducteur (et du commentateur de traduction) évolue avec le temps. La base de données croise la perspective diachronique et synchronique pour réfléchir au statut changeant de la traduction et du discours sur la traduction et sur la littérature. Elle fournit également des bibliographies détaillées qui seront utiles aux chercheurs.

Une journée d'étude sera organisée en 2013 pour confronter et exploiter les résultats des différents sous-groupes dans une perspective transversale et interdisciplinaire.

La base de données est appelée à s'enrichir au cours des années.   

2. Anthologie du baroque noir: 2010-2013.


 Dans le cadre de l'axe « Poésie et Traduction », un projet de publication interdisciplinaire est né au sein du Séminaire Epistémè (Pôle PEARL): une anthologie du baroque noir en Europe, qui inclurait des textes poétiques issus de la majorité des cultures et langues de l'Europe baroque en italien, espagnol, portugais, allemand, hollandais, dans les langues scandinaves et slaves, et bien sûr en français et en anglais pour la période qui se situe très grossièrement entre les années 1550 et les années 1650, cette périodisation restant à délimiter plus finement tant le bornage en est fluctuant selon les conditions historiques et géographiques d'expression du baroque en Europe, en particulier lorsqu'il se déplace d'Ouest en Est.

Si on peut citer nombre d'études sur le baroque européen, il ne semble pas que la pléthore d'anthologies de poésie baroque tant françaises qu'occitanes, espagnoles, allemandes, italiennes, portugaises, etc., toutes éditées séparément, ait à ce jour donné lieu à la publication d'une anthologie de poésie baroque spécifiquement européenne, mettant en évidence malgré la dispersion géographique des poètes l'unité des pratiques poétiques mises en œuvre sur un même « continent », l'Europe, dans un même « siècle », l'âge baroque. L'originalité de l'anthologie européenne pourrait donc être de regrouper des textes poétiques qui tous témoignent de l'émergence triomphante d'une langue nationale (et textes inspirés si souvent de cette émergence et de ce triomphe mêmes), mais dont l'unité stylistique, esthétique, apparaîtrait plus évidente s'ils étaient donnés à lire « d'un seul tenant », en un même volume : une poétique de l'unité du multiple en acte dans une Europe incontestablement tout entière baroque. Ce travail est le fruit d'un groupe de réflexion interdisciplinaire de spécialistes de la période dans des aires géographiques très diverses. Il prolonge les journées d'études et le colloque sur les différents aspects des "vanités" qui ont occupé le groupe de 2009 à 2011.

Remise du manuscrit à l'éditeur (Champion): printemps 2013.  Contacts : Anne-Marie Miller-Blaise, Gisèle Venet, Line Cottegnies

3. Traductions de textes du répertoire ancien

Edition-Traduction de pièces de Thomas Middleton 

  1. Chantal SchützA Mad World, my Masters de Thomas Middleton : présentation, édition critique, traduction et étude de mise en scène (Thèse de doctorat soutenue le 4 février 2011 à l'Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, traduction à paraître, Classiques Garnier)
  1. Pierre Kapitaniak, The Witch (édition-traduction à paraître, Classiques Garnier)


Editions-traductions d'autres textes anciens

Un corpus de pièces du XVIIe siècle sera également publié sur le site de la revue etudes-episteme.org 

  1. édition - traduction de "The Jovial Crew" de Richard Brome (1640) prévue pour  2012;
  1. édition-traduction de "The Convent of Pleasure" de Margaret Cavendish (1668) prévue pour 2013.  

Autres projets

  • atelier de traduction " réfléchie " sur un choix de poèmes contemporains anglais, irlandais et américains (sur la pratique auto-réflexive de la traduction par les poètes). Un premier Colloque international, piloté par Cliona Riordain, « Poètes traducteurs : Poètes traducteurs », a eu lieu les 21 et 22 novembre 2008 (organisé conjointement par l'EA 4398, Pôles LILT, Etudes Irlandaises et VORTEX, et l'ED 514).
  • Atelier avec les doctorants autour de la pratique de la traduction par les poètes (2010-2011). Une première journée doctorale, pilotée par Maryvonne Boisseau, « Les poèmes de Pearse Hutchinson : une traduction plurielle », a eu lieu le 28 mars 2009 (organisée conjointement par le Pôle d'Etudes Irlandaises et le Pôle TRACT).
  • Journées d'étude rassemblant linguistes, poéticiens et traductologues autour de la grammaire du poème (2011)
  1.  La révolution de Gertrude  Stein
  2.  L'importance de Wittgenstein pour l'ensemble de la poésie contemporaine de langue anglaise, et tout particulièrement dans la poésie irlandaise contemporaine, à travers Muldoon et Carson.

mise à jour le 16 décembre 2011